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Donald Trump complétera-t-il son mandat?

Bill Cosby Trial
AFP

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Que nous réserve l’avenir en politique américaine? Si la prudence commande de ne pas s’aventurer à faire des prédictions trop confiantes, la tentation est forte. Les chances d’une destitution de Trump sont encore faibles mais la tendance ne lui est pas favorable Quels sont les indicateurs à surveiller pour évaluer ses chances?

Une autre semaine catastrophique se termine pour le président Trump et les spéculations sur sa capacité de se maintenir en poste jusqu'à la fin de son mandat vont bon train. Petit à petit, les éléments s’assemblent pour rendre la destitution du président non seulement possible, mais de moins en moins improbable. Il est encore tôt, mais les signes d’un retour de Donald Trump dans sa tour dorée avant novembre 2020 s’accumulent.

Même si Loto-Québec a renoncé à laisser les Québécois parier officiellement sur le maintien en poste de Trump, les paris privés ne doivent pas manquer. À mon avis, la probabilité qu’un processus d’impeachment soit déclenché reste faible tant que les républicains sont majoritaires à la Chambre des représentants, mais un renversement de la majorité à la Chambre en novembre 2018 aurait de fortes chances d’exposer le président à des accusations formelles qui pourraient mener à sa destitution. On n’en est pas là, mais voici quelques éléments à surveiller pour se faire une idée des chances d’un départ prématuré du président Trump.

L’accumulation des preuves

Tant que les enquêtes et les commissions du Congrès sur la filière russe continuent d’ajouter des pièces au puzzle de la possible collusion entre la campagne de Donald Trump et l’intervention russe dans la campagne de 2016, les bases factuelles de l’acte d’accusation contre le président deviendront plus solides. Pour l’instant, l’enquête sur la collusion est enveloppée dans le secret, mais les tentatives de Donald Trump de dissimuler les traces réelles ou potentielles d’une telle collusion deviennent de plus en plus évidentes. L’accumulation des preuves peut bien sûr entraîner la balance de la justice dans un sens ou dans l’autre mais, pour le moment, le plateau de l’accusation semble se remplir plus vite que celui de la défense.

L’appui du public à Donald Trump

Quand une firme de sondage républicaine a récemment publié un taux d’approbation de 50% pour Donald Trump, celui-ci s’est empressé de le diffuser sur Twitter. Il est cependant plus sage de se fier aux moyennes de sondages (RealClearPolitics,  FiveThirtyEight, HuffPost Pollster), qui montrent systématiquement un taux d’approbation sous les 40% et un taux de désapprobation supérieur à 55%. Plus Trump est impopulaire, moins les législateurs qui décideraient d’un éventuel impeachment se sentiront contraints de l’appuyer. Ces chiffres ne disent pas tout, cependant. Les républicains se souviennent que les perceptions de Trump pendant la campagne de 2016 étaient assez négatives, mais ils ont malgré tout choisi de l’endosser parce que les supporters les plus enthousiastes de Trump pourraient se retourner contre des républicains qu’ils jugent déloyaux. Il faut donc accorder une attention particulière à la proportion des répondants aux sondages qui disent approuver fortement la performance de Trump. Sur ce plan, les nouvelles ne sont pas bonnes pour le président: si la tendance de son taux d’approbation est à la baisse depuis janvier, la tendance est plus marquée si on observe seulement la proportion des appuis les plus forts. Pour les républicains, un appui plus mou à Trump signifie un coût politique moins élevé dans l’éventualité où ils sont contraints de le larguer.

Les intentions de vote au Congrès

Les sondages d’intentions de vote qui mentionnent seulement le parti sont depuis quelques mois favorables aux démocrates, mais ils sont assez stables. Il est normal qu’un parti gagne des points lors que le président est du parti opposé et qu’il est impopulaire, mais l’écart actuel, qui oscille autour de cinq points, n’est pas suffisant pour déclencher la panique chez les républicains. Si l’écart augmente, toutefois, on pourra conclure que les chances que les législateurs républicains abandonnent Trump augmenteront encore plus.

Les élections partielles et les votes dans les États

Les élections partielles qui ont eu lieu au Congrès à ce jour (au Kansas et au Montana) ont vu les démocrates progresser considérablement par rapport au résultat de Trump dans ces mêmes districts, mais les républicains ont malgré tout sauvé la face en gagnant par quelques points. Là où les choses pourraient tourner au vinaigre pour eux, c’est dans le 6e district de Géorgie, où le deuxième tour de l’élection pour remplacer David Price (nommé secrétaire à la Santé) aura lieu ce mardi. Dans ce bastion républicain depuis 1969, le candidat démocrate Jon Ossoff a obtenu 48% des voix au premier tour et il mène dans les sondages par environ trois points (moyenne RealClearPolitics). David Price avait emporté ce district par 23 points en novembre dernier mais Trump avait prévalu par un point seulement. Une défaite républicaine mardi pourrait convaincre plusieurs républicains dans le même genre de district qu’il est temps de prendre leurs distances de Trump (et aussi des politiques les plus controversées de leur propre parti). Plusieurs élections à d’autres niveaux à travers le pays semblent aussi indiquer un ramollissement des appuis au Parti républicain. Si les élus républicains au Congrès, dans les États et dans les municipalités jugent que leur association avec Donald Trump est un fardeau politique, ses chances de survie s’amenuiseront.

Le comportement de Trump

Les signes avant-coureurs d’une détérioration des chances de survie de Trump peuvent avant tout être perçus dans les actions du président et de son entourage. Chaque sortie publique et chaque déclaration contradictoire de Trump dans cette affaire augmente dans l’esprit du public la suspicion qu’il y a anguille sous roche et donne des munitions à ceux qui se préparent à monter une poursuite contre lui pour parjure et entrave à la justice. Évidemment, si Trump congédie encore des responsables  de l’enquête, les perceptions d’entrave à la justice augmenteront. La même chose est vraie, dans une moindre mesure, lorsqu’il s’agit de déclarations intempestives contre le processus ou contre les responsables de l’enquête, qui ne font qu’ajouter du poids aux allégations d’entrave à la justice. Finalement, la multiplication des contradictions flagrantes et des faussetés dans les déclarations publiques de Trump alimentent les possibles accusations de parjure dont il pourrait être l’objet. Si Donald Trump en vient à témoigner sous serment dans cette affaire, ses opposants vont s’en donner à cœur joie, mais ce jour me semble encore assez éloigné. Il faut noter finalement que le comportement de Trump est fortement influencé par le cours de l’opinion à son sujet. Plus les chiffres sont mauvais pour lui, plus les chances d’une perte de contrôle augmentent.

En somme...

Quelles sont les chances d’une destitution de Donald Trump? À mon avis, tant que les républicains sont en majorité, elles sont faibles. Une victoire démocrate à la Chambre des représentants en novembre 2018 viendrait changer le portrait, mais celle-ci demeure à ce stade très hypothétique. Étant donné l’avantage dont bénéficient les républicains par le découpage de la carte électorale, les conditions d’une majorité démocrates ne sont pas encore réunies. Il faut dire que l’économie va très bien en ce moment, ce qui donne un sens particulier aux déboires apparents des républicains. En effet, si les indicateurs économiques montrent des signes de faiblesse, il ne serait pas du tout étonnant de voir les appuis aux républicains plonger à des niveaux qui rendraient les scénarios de destitution beaucoup plus plausibles.

Attachez votre tuque. Le spectacle désolant d’une présidence en état permanent de crise est loin d’être terminé.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM