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Fabricants de vodka en colère contre les délais de la SAQ

Les créateurs de la Blu Frog Vodka tentent depuis des mois d’entrer en succursale

​Romy Petit et Patrick Rochette, créateurs de la Blu Frog Vodka, se disent victimes de la bureaucratie de la SAQ.
Photo Catherine Montambeault ​Romy Petit et Patrick Rochette, créateurs de la Blu Frog Vodka, se disent victimes de la bureaucratie de la SAQ.

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Pas moins de 10 000 bouteilles d’une vodka québécoise dorment depuis trois mois dans un entrepôt montréalais tandis que ses créateurs tentent désespérément de faire entrer leur produit, déjà vendu aux États-Unis et au Japon, sur les tablettes de la SAQ.

Patrick Rochette, cofondateur de Blu Frog Vodka, a répondu en mars dernier à un appel d’offres de la Société des alcools du Québec (SAQ), qui invitait les producteurs de spiritueux à obtenir l'accréditation d'entrée dans les points de vente. Près de trois mois plus tard, l’entrepreneur de Saint-Eustache est toujours sans nouvelles et commence à s’impatienter.

Vodka québécoise de l’année

«Il y a plein de restaurateurs et d’organisateurs d’évènements qui nous appellent pour avoir notre vodka, mais on ne peut rien faire, déplore-t-il. C’est ridicule. On reçoit aussi de la pression de nos partenaires, qui se demandent pourquoi on n’est pas encore à la SAQ. On est en train de rater toute la saison estivale.»

Créée en janvier 2016 et fabriquée entièrement au Québec par la Maison des Futailles, la Blu Frog Vodka a déjà décroché plusieurs récompenses, dont le titre de vodka québécoise de l’année à la New York International Spirits Competition, en 2016.

La boisson alcoolisée se vend depuis quelques mois en Pennsylvanie par l’intermédiaire du Pennsylvania Liquor Control Board, l’équivalent de la SAQ dans cet État américain. Un camion de 53 pieds rempli de bouteilles de vodka est envoyé là-bas mensuellement, ce qui représente environ 17 000 bouteilles.

Patrick Rochette et son partenaire d’affaires, Romy Petit, ont également un client important au Japon, qui vient de leur commander 200 000 bouteilles pour l’année.

Délai normal, dit la SAQ

«Pour nous, ça n’a pas de sens d’être acceptés à l’extérieur, mais pas chez nous, souligne M. Rochette. On a investi beaucoup dans notre inventaire et on est incapable de rejoindre la SAQ. On leur a envoyé plusieurs courriels, on les a appelés.»

Du côté de la SAQ, Linda Bouchard, responsable des relations de presse, assure que «quelqu’un» chez Blu Frog Vodka a été contacté pas plus tard que la semaine dernière.

«On lui a dit que la démarche suivait son cours et qu’on évaluerait son produit en septembre, lors de l’analyse des vodkas», indique-t-elle en précisant qu’un délai d’environ six à neuf mois est normal dans ce genre de processus, puisque la SAQ doit analyser des centaines d’offres et évaluer si la demande est suffisante.

Mme Bouchard ajoute que, comme les produits québécois sont priorisés, les créateurs de la Blu Frog Vodka auraient mieux fait de déposer une offre spontanée à la SAQ, en présentant leur produit comme fabriqué au Québec, plutôt que de répondre à un appel d’offres général.

«Mais on veut que le processus soit plus rapide éventuellement, et on travaille beaucoup là-dessus», assure-t-elle.

D’autres producteurs québécois de produits de microdistillerie, Nicolas Duvernois (Pur Vodka) et JoAnne Gaudreau (Distilleries Cirka) confirment qu’il faut s’armer de patience.

«Je comprends que les entrepreneurs trouvent ça enrageant, parce que j’ai dû passer par là moi aussi, explique Nicolas Duvernois. Mais il faut comprendre que la SAQ, c’est une grosse machine, et tout le monde veut rentrer là. [...] Parfois, pour réussir, on n’a pas le choix d’accepter les règles du jeu.»