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Nature et poésie en Islande

Ava Audur Olafsdottir
Photo courtoisie, Nemo Perrier Stefanovitch Audur Ava Olafsdottir

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Explorant avec finesse les hauts et les bas de la nature humaine dans ses romans, l’écrivaine islandaise Audur Ava Olafsdottir propose l’histoire d’une petite fille différente des autres, Agustina, dans un roman aux couleurs de mer, d’oiseaux et de petits villages de pêcheurs, Le rouge vif de la rhubarbe.

Le beau temps venu, malgré la faiblesse de ses jambes, la jeune Agustina grimpe sur les hauteurs du village pour s’étendre dans un petit jardin de rhubarbe sauvage. Là-haut, elle médite sur Dieu, se questionne sur le chaos du monde, pense à sa mère, partie au bout du monde étudier les oiseaux migrateurs. Agustina projette de gravir la «Montagne», avec ses béquilles, pour contempler le monde.

Audur Ava Olafsdottir, avec beaucoup d’élégance, de poésie et un grand talent de conteuse, dévoile la vie d’Agustina page après page, décrivant l’Islande des années 1970, des petits villages de pêcheurs où les femmes doivent tout faire puisque leurs hommes sont partis au loin pour vendre du poisson et ramener des cigarettes.

Le rouge vif de la rhubarbe est son premier roman. «J’avais 37 ans quand j’ai commencé à écrire ce roman. Depuis, j’ai écrit cinq romans, quatre pièces de théâtre, un livre de poésie», énumère-t-elle en entrevue, lors d’un récent séjour au Québec.

<b>Audur Ava Olafsdottir</b><br /><i>Le rouge vif de la rhubarbe</i><br />Éditions Zulma  - 156 pages
Audur Ava Olafsdottir
Le rouge vif de la rhubarbe
Éditions Zulma - 156 pages

Avec le recul, elle remarque que certains motifs, comme celui de la nature, sont revenus dans ses autres romans. «La nature est omniprésente en Islande. Elle est excentrique, capricieuse, chaotique. Elle forge notre caractère, c’est en nous», dit-elle dans un français magnifique – elle a fait ses études à Paris.

Pour un écrivain islandais, note-t-elle, afin de se lancer dans l’arène et écrire, il fallait passer par la nature, écrire sur la nature. La rhubarbe est un autre leitmotiv dans le roman. «Agustina a été conçue dans un jardin de rhubarbe, au mois d’août. Et le mois d’août, en islandais, c’est “agust”. [...] Je voulais créer un personnage statique, pour parler de petites choses qu’on ne remarque pas, de la poésie dans la vie quotidienne.»

Audur Ava Olafsdottir avait envie d’écrire sur la lenteur, mais aussi sur le désir de partir, symbolisé par les oiseaux. «En Islande, on a ce long hiver. On survit parce qu’on attend le printemps et le retour de la lumière. On vit cet été, où on a la lumière du jour pendant la nuit. La lumière est un peu l’image de l’éternité parce qu’il n’y a pas de coupure entre les jours. C’est le pluvier doré qui annonce le printemps, en Islande. C’est à la une des journaux et on en parle à la radio quand il arrive! Les oiseaux symbolisent le besoin de partir pour revenir.»

L’écrivaine précise qu’une forte tradition littéraire existe en Islande depuis le Moyen-Âge. «Autrefois, on était un pays pauvre, mais tout le monde savait lire. Pendant des siècles on a été très peu nombreux et notre seule richesse, c’était de raconter des histoires.»

Elle voit des affinités entre son pays et le Québec. «En Islande, on sent le Canada comme un voisin. On pense au Canada comme un pays nordique. Peut-être qu’il faudra plus de temps pour digérer tout ce que j’ai vu, ce que j’ai entendu et ce que j’ai appris, mais je me sens très bien ici. Le Canada nous intéresse d’autant plus que la première dame d’Islande est Canadienne. Elle parle très bien l’islandais et a organisé pendant des années le Iceland Writers Retreat.»

» Audur Ava Olafsdottir s’est vue mériter l’Islensku bokmenntaverdlaunin, le plus prestigieux prix littéraire d’Islande.

» Elle travaille sur un nouveau roman.