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Un lac, un bois, un envoûtement

<i>En ces bois profonds</i></br>
François Lévesque</br>
Tête première,187 pages 2017
Photo courtoisie En ces bois profonds
François Lévesque
Tête première,187 pages 2017

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François Lévesque écrit des romans policiers (incidemment, il est aussi journaliste culturel au quotidien Le Devoir, spécialisé en cinéma) et il commence à avoir une jolie panoplie d’œuvres à son actif. D’où la pertinence de l’avant-propos qui ouvre En ces bois profonds, son tout récent roman: «Il s’agissait d’explorer un univers merveilleux, assez éloigné des régions tortueuses que je fréquente habituellement», explique-t-il.

L’inspiration est claire. D’abord, par le titre, la référence à un poème d’Anne Hébert: «N’allons pas en ces bois profonds/À cause des grandes fontaines/Qui dorment au fond». Et Salem, de Stephen King, roman d’effroi où les vampires grattent aux fenêtres, ­rappelle Lévesque. «J’ai finalement décidé d’ouvrir la fenêtre», écrit-il. Et de fait, dès la première page de son récit, l’esprit entre, s’installe et ne partira plus: «Tapi sous la brume, tapi sous l’eau dormante... quelque chose...»

L’histoire nous est racontée par une adolescente complexe et tourmentée qui vit avec Isabelle-Marie, sa mère, «ni vraiment danseuse, ni vraiment serveuse», inattentive à sa progéniture. Une mère par ailleurs associée à un drame célèbre qui a frappé, il y a des années, un village du nord du Québec où les légendes autochtones ont encore une portée. Neuf pendus retrouvés dans la maison au bord du lac où Isabelle-Marie vivait avec sa mère et un gourou, qui mourra à son tour, assassiné à coups de hache.

Isabelle-Marie a dès lors fui en ville. Sauf qu’un appel vient maintenant bouleverser sa vie: sa mère est morte et il faut rentrer tant pour les funérailles que pour voir aux dispositions testamentaires. Isabelle-Marie et son ado prennent donc la route, au bout de laquelle les attend un curieux testament.

On aura compris, il y a ici tous les ingrédients classiques pour faire ­frissonner. Encore faut-il, pour sortir de la recette, y ajouter un supplément d’âme. François Lévesque y arrive à merveille.

D’abord parce qu’il sait rendre les tourments de l’adolescence, thème récurrent dans ses romans. Nous sommes dans la peau de cette jeune fille à part des autres, laide, épileptique et rejetée. Ensuite parce qu’il a le regard pour planter un décor: la maison de campagne du roman, c’est celle que vous avez déjà fréquentée à la faveur d’un séjour dans un chalet du Québec. Pas trop d’efforts à faire pour imaginer l’ambiance qui peut y régner sous les ombres de la nuit et celles, macabres, du passé.

Surtout, l’écriture est maîtrisée, ­collant aux désarrois de la narratrice. Les mots sont choisis avec soin et les paragraphes tiennent souvent en une seule phrase, nous laissant en ­suspens. Où nous mène-t-elle, cette adolescente rebelle, intelligente, aux sens aiguisés? Vers un drame, c’est sûr, mais lequel? Comment? Pourquoi?

On avance donc avec curiosité, envoûté par ce récit qui se révèle à petites touches, porté par le mal-être d’une jeune femme en quête de repères. La fenêtre ouverte par ­François Lévesque ne se laisse pas facilement refermer.

À lire aussi cette semaine

Idées noires

François Gravel</br>
Québec Amérique, 136 pages 2017
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François Gravel
Québec Amérique, 136 pages 2017

Qu’il écrive pour les jeunes ou pour les adultes, François Gravel est un auteur prolifique (plus de 100 livres!) et ­facétieux. Son recueil de nouvelles, Idées noires, ne pouvait donc être si sombre et, quoique paru en début ­d’année, il est tout désigné pour la ­légèreté de l’été. C’est avec un large sourire qu’on y croise un cambrioleur accro à une curieuse substance, un luthier qui sait si bien mentir, un veuf amoureux de la fille d’un ­dictateur ­africain, des parents qui ­marchandent des chakras... Quelle galerie de personnages et quel sens du punch!

Un parc pour les vivants

Sébastien La Rocque</br>
Le Cheval d’août, 168 pages 2017
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Sébastien La Rocque
Le Cheval d’août, 168 pages 2017

La lancée est intéressante: les univers d’une fratrie pourtant complice s’entrechoquent. Marie, asservie au confort vanté par les magazines et tout en contrôle; Michel l’enseignant qui s’enferme dans ses possessions de prix et ses piles de livres dont il ne viendra jamais à bout; Thomas, qui n’a rien et va tout quitter. Mais s’ajoutent un antiquaire qui a du mal à fermer boutique et Mathieu, un ami de la famille, aux prises avec des tourments professionnels et conjugaux. Ça fait ­beaucoup de prisonniers pour un si court ouvrage... On en sort un peu perdu.

La mort est ma maison

Florence MeneyLibre</br>
Expression, 195 pages 2017
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Florence MeneyLibre
Expression, 195 pages 2017

Auteure de romans noirs et de nouvelles, Florence Meney signe son premier recueil en solo, où le crime se glisse en douce dans des histoires très différentes. ­L’ensemble est inégal, mais des récits se démarquent, notamment quand ils évoquent le journalisme, que Meney a ­pratiqué. Ainsi, dès la première nouvelle, portrait réussi d’une reporter d’expérience en mission à l’étranger mais qui sent le poids de l’âge. La cruauté de la vie de couple donne aussi d’excellentes histoires. Et coup de cœur pour Le dernier jour: à chaque jour de la vie humaine l’auteure attribue une sorte d’ange gardien. Touchant!

Voyage en Irlande avec un parapluie

Louis Gauthier</br>
Bibliothèque québécoise, 100 pages
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Louis Gauthier
Bibliothèque québécoise, 100 pages

Le prix Hervé-Foulon a été créé en 2003 pour mettre en valeur un livre qui mérite d’être ­revisité. Le lauréat de 2017 n’est nul autre que le livre de Louis Gauthier, Voyage en Irlande avec un parapluie. D’abord paru en 1984, il a ensuite été réédité par Bibliothèque québécoise. On y suit un jeune homme qui, non sans humour, part pour voir où il en est: «L’univers est en dedans de moi et c’est là que je n’arrive pas.» Un récit d’un «charme indéniable» a dit le jury. Avec ­raison. Et comme il s’agissait du premier titre d’une trilogie, pourquoi ne pas relire tout le cycle des voyages de Gauthier?