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Terrorisme: Un premier Québécois coupable d’avoir voulu rejoindre l’ÉI

La version « abracadabrante » de l’accusé n’a pas convaincu le juge de l’acquitter

Ismaël Habib est devenu hier le premier adulte québécois coupable d’avoir tenté de quitter le pays afin de participer à une activité terroriste à l’étranger.
Photo d’archives Ismaël Habib est devenu hier le premier adulte québécois coupable d’avoir tenté de quitter le pays afin de participer à une activité terroriste à l’étranger.

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Un juge a balayé du revers de la main la version «abracadabrante» d’un jeune homme de Gatineau, qui se défendait d’avoir voulu rejoindre l’État islamique en Syrie, et l’a déclaré coupable de terrorisme.

Ismaël Habib, 29 ans, est ainsi devenu lundi le premier adulte québécois à être reconnu coupable de cette grave accusation, passible de 10 ans de pénitencier.

«Son récit [est] anéanti par les contradictions et plombé par des éléments de malhonnêteté et de mensonge», a dit le juge Serge Delisle lundi au palais de justice de Montréal.

Durant le procès, Habib avait admis qu’il voulait se rendre en Syrie, mais il avait juré que c’était pour rejoindre sa femme et ses enfants, et non pour combattre aux côtés du groupe terroriste.

Le magistrat n’a toutefois pas été dupe, d’autant plus que Habib avait fait des aveux à des agents de la Gendarmerie royale du Canada qui s’étaient fait passer pour des criminels.

Dans un entretien avec le «patron» de ces faux gangsters, Habib avait alors affirmé qu’il voulait partir faire le djihad. Cela lui permettrait de mourir en martyr et d’obtenir 72 vierges, tel que le promettent ses croyances. Il avait tout avoué en espérant que ce groupe puisse l’aider à se rendre en Europe illégalement, puisqu’il ne pouvait pas avoir de passeport.

«Il affirme que même si ses enfants étaient au Canada et qu’il était en sécurité, il voulait quitter pour vivre dans un État où la Charia est appliquée», a noté le magistrat.

« Rocambolesque »

Dans son témoignage, Habib avait prétendu avoir fait des aveux pour se rendre intéressant, mais le juge ne l’a pas cru.

«Son témoignage est conditionné et modulé de manière à expliquer et à minimiser toutes les affirmations accablantes faites dans sa déclaration [aux faux criminels]», a tranché le juge.

Pire, le magistrat a qualifié de «rocambolesque, abracadabrant» le récit extrêmement détaillé de l’accusé, mais aussi rempli de contradictions et d’invraisemblances. À un autre moment, le juge a mentionné la crédibilité «annihilée» de Habib lorsqu’il parlait des différents groupes combattants qu’il avait côtoyés durant un séjour en Syrie, en 2013.

Habib a aussi tenté, en vain, de convaincre le juge qu’il avait agi sous le coup de la panique, car il était inquiet pour la sécurité de sa femme et de ses enfants déjà en Syrie.

«Cet état d’esprit est incompatible avec celui de quelqu’un qui recherche une nouvelle femme sur internet, la fréquente, la marie et habite avec elle», a toutefois noté le juge, tout en rappelant que l’accusé avait fait croire à sa seconde épouse qu’il était divorcé.

Et même si Habib voulait rejoindre sa première femme en Syrie, rien ne l’empêchait de vouloir aussi faire le djihad. Sa deuxième épouse a par ailleurs été sans équivoque sur ce fait.

«Il n’y avait pas d’amateurisme de sa part, son but était de combattre avec l’ÉI, c’est en toute connaissance de cause qu’il voulait quitter le Canada», a conclut le magistrat.

Au fil des années, Habib a souvent menti, entre autres pour frauder le programme prêts-bourses du gouvernement. À un agent double, Habib s’était vanté de pouvoir remplir ses poches de 9000 $ annuellement.

Très rare

Notons que les accusations de terrorisme sont relativement rares au Québec. Avant Habib, un adolescent de Montréal avait été condamné à une garde fermée après avoir été reconnu coupable du même chef d’accusation. Et en Ontario, un homme a plaidé coupable d’avoir tenté de quitter le pays pour s’adonner à des activités terroristes.

Habib reviendra à la cour en août, pour les plaidoiries sur la peine à lui imposer. D’ici là, il restera en détention préventive. Il est défendu par Me Charles Montpetit, tandis que Me Lyne Décarie officie pour la Couronne fédérale.