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Femmes de convictions, femmes d’émotions

Femmes de convictions, femmes d’émotions
Photo Simon Clark

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J’ai eu l’honneur et le plaisir de participer à deux soirées de reconnaissance pour des collègues, qui partaient à la retraite après avoir consacré une grande partie de leur vie au bien-être des autres, Micheline Barriault, une infirmière de la région de l’Est du Québec, et Jacinthe Côté, une enseignante de la région de St-Jean d’Iberville. Ces dernières ne se retrouveront probablement pas dans les livres d’histoire, bien que leur œuvre a été considérable après 25 ans et plus à la direction de leur syndicat respectif.

Les syndicats sont trop souvent l’objet de critiques qui font oublier leur important apport social et qui portent ombrage au dévouement des officiers syndicaux qui hypothèquent pourtant leur vie pour que celle des autres soit meilleure. Micheline et Jacinthe viennent en tête de liste pour leur abnégation et leur détermination dans les luttes menées au nom de leurs membres afin d’améliorer les conditions d’exercices de leur profession et, par conséquent, les services à la population. Ces femmes, plus qu’empathiques au sort de leurs proches, ont vécu toute la gamme des émotions dans leur parcours syndical, allant de la détresse à l’enchantement sans jamais renoncer à leurs objectifs. Elles auront définitivement fait la différence dans leur milieu et elles laisseront un héritage impérissable.

Le syndicat de Micheline s’étend du Bas-Saint-Laurent à la Gaspésie avec des membres infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes qui travaillent dans les centres hospitaliers, les CHSLD et les CLSC. Proche de ses membres, les tournées pour aller à leur rencontre et cueillir leurs besoins étaient continuelles. Si on y ajoute les voyages à Québec ou à Montréal pour participer aux rencontres nationales et transporter les préoccupations de sa région, on comprend rapidement que la dame avait bien peu de temps pour elle et que sa famille a été privée de sa personne. Avec une  détermination à toute épreuve et un charme redoutable, elle arrivait à convaincre les interlocuteurs les plus récalcitrants et à recueillir des gains pour ses ouailles.

Le syndicat de Jacinthe, bien qu’oeuvrant sur un territoire plus concentré en Montérégie, n’en était pas moins exigeant sur l’emploi du temps de sa présidente compte tenu d’une longue tradition combative. L’engagement syndical de Jacinthe découle de sa propre expérience malheureuse en début de carrière où elle s’est sentie bien seule et abandonnée en région éloignée. Elle s’est promise, après cette aventure, qu’elle n’abandonnerait jamais personne à son sort, ce qui fait d’elle, encore aujourd’hui, une véritable madame bonheur. On concevra qu’avec une telle mission, la dame s’est imposée une charge épouvantable tant sur le plan professionnel que familial. Heureusement, elle est douée d’une énergie sans borne qui lui permettait d’empiler les heures de travail sans fléchir, d’y ajouter de longues heures de trajet en voiture pour venir dorloter ses enfants et de repartir au milieu de la nuit pour participer aux réunions d’instances, sacrifiant au passage les rencontres sociales pour s’en tenir à l’essentiel, en l’occurrence ses enfants et son travail.

De tels engagements ne sont pas sans souffrances et j’ai vu ces femmes pleurer, rager, crier à l’injustice tout en trouvant l’espace pour rire, se réjouir d’une victoire et refuser toutes concessions dommageables pour leurs membres.

Je salue ces femmes d’émotions, qui avaient la raison du bonheur des autres pour susciter notre vive admiration. Espérons que longtemps après leur départ, leurs membres et leurs familles se souviendront que le monde n’aurait pas été le même si elles n’y avaient pas mis leur grain de sel.