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L’après-État islamique

L’après-État islamique
Photo AFP

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Dimanche un avion de la coalition américaine a abattu un avion syrien à environ 40 km au sud-ouest de Raqa. La Russie n’a pas tardé à réagir.

Elle déchire le mémorandum de prévention des incidents dans le ciel syrien qu’elle avait signé avec les États-Unis. Et Moscou, qui dispose de systèmes de défense aériens avancés en Syrie, avertit que désormais tous les avions de la coalition américaine seront considérés comme des cibles potentielles.

1. Pourquoi l’avion de l’armée syrienne a-t-il été abattu ?

Selon les Américains, l’avion syrien a été abattu parce qu’il a attaqué des positions tenues par les alliés des États-Unis. La véritable raison de l’attaque pourrait être différente. C’est que les troupes de Bachar al-Assad s’approchent dangereusement des positions de la coalition américaine. Bien plus, selon des sources russes, les États-Unis tenteraient de prendre le contrôle de la frontière entre l’Irak et la Syrie de manière à isoler le régime de Damas sur son flanc est.

2. Quels sont les plans pour la suite ?

Au fond, deux projets de l’après-État islamique sont en compétition. Le premier projet, russe, vise à redonner le plus possible à la Syrie de Bachar al-Assad le territoire qu’elle occupait avant la guerre, avec probablement des aménagements pour les Kurdes. Le second projet, américain, semble faire la promotion d’une Syrie divisée. Le régime Assad y serait en sursis. De larges pans du territoire syrien seraient sous la gouverne effective de plusieurs forces de la coalition américaine. Une fois l’État islamique détruit, la guerre risque de se poursuivre en Syrie.

3. Où est le nouveau danger ?

Vladimir Poutine qui a récemment révélé l’aspect le plus inquiétant de l’après-État islamique. Selon lui, l’État islamique compte 80 000 combattants, dont 30 000 étrangers. Ces nombres sont plus élevés que ceux généralement admis par la coalition américaine. Il est facile de comprendre qu’une fois les villes de Raqa et de Mossoul tombées, une bonne partie de ces combattants va tenter de se recycler ailleurs. Ils iront allumer de nouveaux foyers de combat islamistes à travers le monde ou en attiseront d’anciens, comme on le voit aux Philippines ces dernières semaines.

4. Pourquoi refuser la coopération avec les Russes ?

Le plus curieux dans cette lutte contre le cancer islamiste est que la majorité des élus américains persiste à refuser la main tendue de Moscou. Pire, le Pentagone donne l’impression de mener des actions qui vont à contresens de celles que propose le Département d’État. En effet, Rex Tillerson multiplie les discussions de coopération avec ses homologues russes. Les islamistes devraient se réjouir. Plus l’Occident sera divisé contre eux, plus ils prospéreront. Mais allez donc expliquer cela aux Américains qui sont encore en train de compter l’argent de leurs derniers mégas contrats d’armements avec l’Arabie saoudite et le Qatar.