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Les géants américains du pot inquiètent au Québec

Des experts se penchent sur la réglementation à mettre en place dans la province

Marijuana Grow Near Albany For State's Legal Medical Marijuana Dispensaries
AFP

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Les grosses compagnies américaines pourraient s’approprier le marché du cannabis si le Québec ne met pas au point un cadre réglementaire suffisamment serré, font valoir plusieurs experts.

Les firmes GW Pharmaceuticals, Canopy Growth ou encore Aurora Cannabis font fortune dans les États américains, comme le Colorado ou Washington, autorisant la consommation de cannabis. Ces géants du pot lorgnent le marché canadien – évalué à 5 milliards $ – qui devrait s’ouvrir avec la légalisation prévue en 2018.

«La surprise pour certains, c’est de se rendre compte qu’il y a des compagnies avec de gros moyens qui peuvent contrôler l’information sur le cannabis, s’inquiète la criminologue Line Beauchesne de l’Université d’Ottawa. Ils ont leurs laboratoires de tests et ils ont des sites web très attrayants pour convaincre les utilisateurs potentiels.»

Elle fait partie de la vingtaine d’experts nationaux et internationaux venus à Montréal livrer leurs réflexions dans le cadre du Forum sur l’encadrement du cannabis au Québec, qui se tient jusqu’à ce soir.

«La légalisation ne veut pas dire que la marijuana devient une substance inoffensive ou que l’on doit banaliser son utilisation», rappelle la ministre déléguée à la Santé publique, Lucie Charlebois.

Les inquiétudes au sujet de la mesure phare du gouvernement de Justin Trudeau sont réelles. Selon un sondage rendu public hier par l’Association pour la santé publique du Québec, 60 % des Québécois craignent la légalisation et ses effets sur la santé.

Hausse de consommation

«Les études menées dans d’autres pays montrent que la commercialisation fait grimper la consommation, insiste François Gagnon, de l’Institut national de la santé publique du Québec. Il faut donc faire attention aux moyens de promotion et éviter les cartes de fidélité, par exemple.»

Lieux de vente, prix, taxes, âge légal... rien n’est pour le moment défini au Québec, affirme Lucie Charlebois.

«C’est magnifique, vous partez de zéro. Vous avez la possibilité de ne pas reproduire les erreurs faites avec l’alcool et le tabac en ayant une politique trop laxiste», s’enthousiasme l’analyste britannique Steve Rolles, prenant pour exemples les vieilles publicités vantant les bienfaits du tabac pour la santé. «Il vaut mieux un cadre contraignant au début et l’assouplir par la suite si besoin», ajoute-t-il.

Amazon du pot

Pour Line Beauchesne, Québec doit également proposer un mode de commercialisation adapté. «Le gouvernement doit se donner les moyens de contrôler le marché en mettant en place un bon site web pour contrer les grosses compagnies, une sorte d’Amazon du pot», soutient celle qui estime que la majorité du commerce de la marijuana se fera sur le web.

Pour la vente en main propre, Couche-Tard s’est dit intéressé, mais des organismes communautaires se positionnent également. «Nous avons ouvert ce matin le premier centre d’injection supervisée à Montréal et nous croyons pouvoir être de bons lieux pour vendre du cannabis, à condition qu’on nous en donne les moyens», affirme le président de Cactus Montréal, Louis Letellier de St-Just.

► Ces discussions sont un prélude à une large consultation partout au Québec qui aboutira à l’automne à un projet de loi.