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Succulente salade de bord de trottoir

Récolte de plantes sauvages comestibles dans les rues de la métropole avec l'experte cueilleuse Élisabeth Cardin

Succulente salade de bord de trottoir
Photo Louis-Philippe Messier

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La savoureuse verdure que je mange pour cette chronique a poussé sur le bord du trottoir, d’une ruelle et d’une piste cyclable près de la rue des Carrières et du boulevard Saint-Laurent. Vous et moi déambulons parmi une vaste quantité de nourriture sans en avoir conscience parce que nous y voyons, sans discernement, de la mauvaise herbe ; or, celle-ci regorge d’espèces comestibles, certaines savoureuses.

Cofondatrice du restaurant Manitoba spécialisé dans la « gastronomie sauvage », Élisabeth Cardin m’accompagne pour une récolte urbaine gratuite et d’une qualité nettement supérieure à ce que je me procure au supermarché. « Question de salubrité, mon resto ne récolte rien en ville sauf pour les décorations, par exemple du cèdre sur lequel on dispose un mets, explique Mme Cardin. Pour ma propre consommation, je ne me gêne pas pour cueillir à peu près tout ce qui se mange, surtout dans les parcs loin de la circulation. »

Succulente salade de bord de trottoir
Photo Louis-Philippe Messier

 

Ses fournisseurs œuvrent un peu partout : Laurentides, Lanaudière, Outaouais, Gaspésie, Côte-Nord, etc. Quant à la viande au menu, c’est de la venaison. « À la fin de l’été, nous cueillons des vesses-de-loup (champignons) sur le Mont-Royal. Au cimetière Côte-des-Neiges, de nombreux pommiers portent du bon fruit. »

Champignon payant

Après un DEP en horticulture, Élisabeth Cardin a travaillé à désherber chez de riches particuliers de Westmount. Ceux-ci ne se doutaient pas qu’ils la payaient pour « récolter » plusieurs plantes comestibles qu’elle revendait ensuite au marché.

« Un énorme polypore soufré sur le tronc d’un vieux chêne m’a déjà rapporté 300 $. Les gens n’ont aucune conscience de la valeur de ce qui pousse sur leur terrain. »

Succulente salade de bord de trottoir
Photo Louis-Philippe Messier

 

Scandaleuse ignorance

Quelques minutes avec Élisabeth suffisent à la récolte. Un sac de lierre terrestre (trouvé devant une église), de menthe (dans une ruelle), de pétales de vesce jargeau (près d’un stationnement), de chou gras (près d’un viaduc), de feuilles de marguerite (sur un terrain vague) avec de l’oxalis, de la livèche, des fleurs de trèfle, des feuilles de moutarde et d’alliaire. Le chef Simon Mathys nous les sert sur un lit de tomates-cerises avec crème fraîche maison et vinaigrette aux fleurs de sureau. Un délice.

Je suis déçu en rentrant chez moi à BIXI. Sur ma route s’étale un gigantesque garde-manger que je suis inapte à reconnaître. Payer 5 $ pour de la roquette dans un plat de plastique me semble aberrant. Bref, mon inculture horticole me scandalise.