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Éducation : retour vers le futur

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Depuis toujours, le ministère de l’Éducation fait ses annonces après la session parlementaire et le plus tard possible en juin s’il souhaite les voir passer sous l’écran radar. En ce sens, la présentation, par le ministre Proulx, de la politique du gouvernement sur la réussite éducative, à un tel moment de l’année, incite à croire que l’affichage de bonnes intentions, saluées par la galerie, tardera à se matérialiser et que l’équipe Couillard souhaite ne pas être embêtée en période pré-électorale sur les moyens concrets à développer pour matérialiser ses belles intentions.

Bien que peu impressionné par les présentations du premier ministre et de son ministre de l’Éducation, je dois admettre que le gouvernement a été particulièrement habile dans l’élaboration de cette politique en servant un peu à tous le discours qu’ils voulaient entendre et en remettant aux calendes grecques la réalisation de si belles ambitions énoncées depuis 20 ans. À l’exception des partis d’opposition et de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), l’ensemble des acteurs du monde de l’éducation a salué cette politique même si elle sera sans effet à court terme, ce que la plupart des journalistes n’ont pas manqué d’exprimer.

La présentation d’hier était soigneusement préparée dans un décor scolaire et avec la présence du premier ministre pour introduire son lieutenant auprès d’un auditoire de plus 200 personnes. Le long préambule du premier ministre pour préciser trois piliers de cette nouvelle politique, alors qu’il aurait pu les énoncer en quelques secondes, servait surtout les apparences d’un gouvernement qui veut se montrer soucieux de l’éducation tout en n’offrant que peu de moyens. Le plus ridicule revient à monsieur Couillard qui annonçait que Sébastien Proulx avait introduit, au-delà de l’instruction pour tous, le concept de la réussite pour tous dans son schème de pensée. Pourtant, ce concept est dans l’environnement éducatif depuis les États généraux de 1995-1996 et s’est avéré le thème porteur de la réforme scolaire. Notre premier ministre souffre d’un sérieux retard d’apprentissage.

Encore plus risible, le gouvernement vise un taux de diplomation de 85% pour 2030 alors que cet objectif était visé pour 2010 avec les États généraux. En 2009, le gouvernement Charest, sur la base du rapport Ménard, avait révisé cet objectif à la baisse avec le plan d’action sur la réussite éducative dévoilé par la ministre Michelle Courchesne qui visait un taux de 80% pour 2020. J’écrivais ironiquement à l’époque que le Québec finirait par atteindre son objectif de diplomation en l’abaissant dans un nouveau plan, mais monsieur Couillard préfère, aujourd’hui, un taux ambitieux dans un échéancier où il ne sera plus là pour en répondre.

Comble d’ahurissement en cette fin d’année scolaire le ministre Proulx a attendu le 17 juin pour autoriser l’ouverture de 100 classes de préscolaire 4 ans en milieu défavorisé avec toutes les contraintes d’organisation que cela entrainera et il a le culot de faire figurer l’intervention précoce parmi les priorités de sa politique. Or, il ajoute à son incohérence en n’offrant que trois classes à la Commission scolaire de Montréal (CSDM), un territoire parmi les plus hauts taux de défavorisation au Québec alors qu’il se montre plus généreux pour des commissions scolaires plus favorisées au plan socioéconomique. Il devrait au moins avoir la décence d’octroyer à la CSDM les dix classes qu’elle réclamait pour montrer qu’il se prend lui-même au sérieux.