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Une classe remplie de Valcour

Thierry Trudel Valcour, Jasmine Trudel Valcour et Zayane Valcour
Photo Dominique Scali Thierry Trudel Valcour, Jasmine Trudel Valcour et Zayane Valcour

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Ce n’est pas une coïncidence si trois personnes de la classe de 5e secondaire portent le même nom de famille. La statistique a de quoi faire rire: les Valcour représentent à eux seuls près de 20 % du groupe de français.

«Ça fait drôle. Quand il y a des remplaçants à l’école, il faut qu’on leur décrive tout notre arbre généalogique», raconte Thierry.

Il est passé 10 h 30. L’examen de math semble donner du fil à retordre aux élèves du programme enrichi. «Même les meilleurs sont encore dans la classe», remarque-t-il. Zayane et lui, qui sont dans le programme régulier, attendent patiemment que Jasmine apparaisse à la sortie de l’école. «Pauvre Jasmine, elle a travaillé tellement fort», soupire-t-il.

Quelques minutes plus tard, une élève du groupe passe devant nous, sort en trombe en nous faisant signe de la laisser tranquille. Plus de doute: l’examen a été pénible. Puis Jasmine arrive, la mine défaite, les yeux vitreux. «Viens ici», lui dit Zayane en lui ouvrant les bras.

Elles pourraient passer pour deux cousines. En fait, Jasmine et Thierry sont la tante et l’oncle de Zayane.

Deux générations, même âge

Le père de Jasmine et Thierry a eu un petit garçon d’une première union alors qu’il était au début de la vingtaine. Il a ensuite eu quatre enfants avec sa conjointe actuelle. Son plus vieux fils a eu Zayane à peu près en même temps que naissait sa cadette, Jasmine.

«Zayane et moi, on est comme deux sœurs. Quand on était petites, chaque fin de semaine, on se voyait. Elle venait souvent chez nous, qui est la maison de ses grands-parents», explique Jasmine. Zayane a grandi à Montréal, puis a commencé son secondaire dans le Bas-Saint-Laurent, avant de revenir à Montréal il y a deux ans. Elle a choisi l’école Pierre-Dupuy parce que son oncle et sa tante s’y trouvaient.

Les trois adolescents descendent tous de Pierre Valcour, l’acteur qui a incarné Guillaume dans le feuilleton La famille Plouffe. «C’était un peu le Roy Dupuis des années 1940», illustre Chantal Trudel, la mère de Jasmine et Thierry, qui travaille dans le domaine du montage vidéo avec son conjoint. Toute la famille Valcour a baigné dans le monde du cinéma, et l’influence de Pierre Valcour se fait encore sentir. C’est de lui que Thierry tient son amour de la forêt. Quant à Jasmine, elle étudiera en arts, lettres et communications, option médias au cégep. Sa mère la verrait notamment en scénarisation en raison de son «imagination débordante».

24 h sur 24

Le trio semble harmonieux, même si chacun a ses propres amis. Thierry avoue tout de même que la situation est plus facile cette année, maintenant qu’il a moins de cours en commun avec sa petite sœur. Ils sont tous les deux en 5e secondaire, car il a doublé une année au primaire. «C’est sûr qu’être avec quelqu’un 24 heures sur 24...», commence-t-il. «Rien que d’avoir une pause de quelques heures par jour, c’est parfait. Maintenant, on s’entend super bien.»

 

De la musique à la forêt

Thierry Trudel Valcour a longtemps cultivé de la rancœur envers l’école primaire spécialisée en musique qui l’a rejeté en raison de sa dyslexie.

Thierry Trudel Valcour, 18 ans, l’homme des bois. Dans 10 ans, il souhaite être technicien en foresterie et aimerait ouvrir une microbrasserie avec son grand frère. Il aimerait avoir minimum deux enfants avant 27 ans.

Il est doté de l’oreille absolue, capable de reconnaître les notes de la portée musicale sans avoir besoin de référence. Enfant, il a donc été accepté à l’école spécialisée Le Plateau. Il a joué du saxophone, du piano, du violon et du violoncelle. Il adorait ça, sauf que la matière était vue en accéléré. Avec sa difficulté à lire, il s’est mis à traîner de la patte. Il a donc dû retourner dans son école primaire de quartier pour refaire sa 4e année, un épisode pour lequel il a gardé de l’amertume jusqu’au milieu du secondaire.

«De ne plus faire de musique [aussi intensément], il a trouvé ça difficile», se souvient sa mère. Ironiquement, une fois de retour à son ancienne école, il pétait des «scores de fou».

Ayant ajouté la guitare à ses talents, il a d’ailleurs déjà rêvé de devenir musicien. De 9 à 13 ans, il écrivait ou improvisait des chansons dans le style de Dédé Fortin. «Je voulais sortir un album et dénoncer l’école», raconte-t-il. Et puis ses rêves de musicien ont fait place à ceux d’homme des bois.

«Mon grand-père [Pierre Valcour] me promenait dans les bois, me montrait les différents types d’arbres. C’est une petite passion à moi. Une forêt, ça peut durer des millénaires. Pas mal plus longtemps qu’une chanson», souligne-t-il.

Majeur

À 18 ans, il est un peu plus âgé que les autres élèves de sa classe. «J’ai hâte d’être avec du monde plus vieux», avoue-t-il. Par exemple, il va déjà veiller dans les bars, contrairement à ses pairs. «Mais là, rien qui nuit à mes études», assure-t-il.

Il a aussi été capitaine de l’équipe de robotique de l’école, qui épate la galerie lors des compétitions où les jeunes doivent fabriquer un robot. «C’est comme notre équipe de football», rigole-t-il.

«Je suis beaucoup plus manuel que du genre théorie», explique-t-il. C’est pourquoi il veut faire une technique en foresterie au cégep. «J’aime mieux faire ma technique et travailler sur le terrain que devenir ingénieur et travailler dans la paperasse.»

Il rêve aussi d’ouvrir sa propre microbrasserie avec un de ses grands frères un jour. Entre-temps, il devra terminer son cours d’anglais de secondaire à l’automne afin d’avoir son diplôme. Ensuite, il prendra quelques mois de sabbatique pour voyager en Europe avec son sac à dos et sa guitare. Une partie du voyage se fera en France avec sa famille. Pour le reste, il ne sait pas encore quels pays il ira découvrir. Un peu d’errance avant de se donner à la forêt.

 

Sur ses grands chevaux

Si ses enseignants la décrivent comme «une Alice au pays des merveilles» qui a «tout un caractère», c’est que Jasmine Trudel Valcour a des sautes d’humeur qui n’épargnent personne.

Jasmine Trudel Valcour, 17 ans, l’explosive. Dans 10 ans, elle aimerait avoir un métier stable qui la passionne, mais ne sait pas encore quoi.

«Mon humeur peut changer d’un seul coup. J’essaie de me contrôler, de me calmer, mais je suis encore comme une petite bombe des fois», avoue celle qui habite dans Ville-Marie, près du village gai, avec son frère Thierry et ses parents.

Née sans glande thyroïde, qui régule notamment le niveau d’énergie et l’humeur, elle devra prendre un médicament toute sa vie. L’adolescente avoue qu’il lui est arrivé de ne pas le prendre parce qu’elle voulait être normale, comme les autres. «Ce médicament, ça m’énerve. Et même si je le prends, j’ai quand même des sautes d’humeur.»

Elle a l’impression que le défi de sa vie est d’arrêter de tout prendre au premier degré. «Des fois, je vais péter ma coche pour une affaire qui ne fait aucun sens. Par exemple, mon frère va me demander: ‘‘rentres-tu direct à la maison après l’école?’’ Je vais être [susceptible] et dire: ‘‘ben oui, pourquoi?’’ Je monte sur mes grands chevaux.»

En tant que parent, il n’y a pas grand-chose à faire, explique Mme Trudel. «On lui dit: tu ne trouves pas que tu exagères un peu, Jasmine? [...] Elle s’en rend compte. Avec l’âge, elle est plus consciente des conséquences quand elle envoie promener quelqu’un.»

Directe

Car Jasmine n’est pas du genre à enrober la réalité, même si lors du bal des finissants, elle aurait pu sortir d’un conte de fées avec sa robe rose et son diadème. «Mon secondaire n’aura pas été trop pénible. Mais est-ce que je vais m’en rappeler toute ma vie? Bof. Les moments passés au secondaire ne m’ont pas tant marquée.» Ni les garçons, d’ailleurs. «On est tellement peu nombreux à Pierre-Dupuy que c’est quasiment consanguin. Je ne me verrais [en couple] avec personne», décrète-t-elle.

Pas question non plus de se faire passer pour une adolescente modèle. Elle se dit paresseuse. Elle a une moyenne dans les 70 % et des notes en montagnes russes, estime-t-elle. Elle a beau jouer du piano et prendre des photos, ses principaux loisirs sont la télévision et les réseaux sociaux. «Je n’ai pas encore trouvé ce qui me passionne.»

 

Revenir à montréal

Zayane Valcour en avait assez des conversations superficielles de ses pairs quand elle habitait en région.

Zayane Valcour, 16 ans, la Montréalaise. Dans 10 ans, elle se voit enseignante au primaire avec un ou deux enfants. Elle souhaite rester à Montréal.

«Je sais que c’est vraiment cliché, mais les gars ne parlaient que de Ski-Doo et les filles étaient un peu superficielles. Surtout les filles cool», raconte-t-elle en roulant des yeux.

Née à Montréal, elle a fait ses trois premières années de secondaire à La Pocatière, dans le Bas-Saint-Laurent, où elle n’a pas aimé son expérience sociale. «Les gens se tenaient en gang. Les cool ne parlent pas aux autres. Ici, ça se mélange plus. Il y a plus de diversité», dit-elle, satisfaite.

Elle est donc arrivée à Pierre-Dupuy en 4e secondaire, quand sa famille a décidé de revenir vivre à Montréal. Aînée de la famille, elle habite maintenant sur le Plateau-Mont-Royal avec sa mère, son beau-père médecin, son frère de quatre ans et sa sœur de six mois. Même s’il s’agit de son demi-frère et sa demi-sœur, elle les considère comme sa fratrie en bonne et due forme.

«Je trouve qu’elle est équilibrée et mature pour son âge. Elle est très empathique et a une bonne écoute», se réjouit sa mère, Françoise Lafortune. «Ma mère dit que je donne de bons conseils», abonde Zayane, qui a songé à devenir psychologue.

En même temps, elle aussi très introvertie. «Mais elle est aussi très concentrée sur ses études», ajoute sa mère.

Aura-t-elle sa poutine ?

Zayane raconte avoir parié une poutine avec une camarade: son amie a gagé qu’elle allait se faire un copain d’ici la fin de l’année. Elle a gagé le contraire. Celle qui aura raison remportera la poutine. «Je vais probablement avoir ma poutine [donc pas de copain], mais ça ne me dérange vraiment pas. Il n’y a pas d’urgence d’être en couple», dédramatise-t-elle.

L’automne prochain, elle étudiera en sciences humaines profil individu au cégep. Elle rêve de devenir enseignante au primaire, comme sa mère. «C’est mon modèle», dit-elle de celle qui lui a donné naissance à seulement 19 ans.

«À cet âge-là, ce n’était pas une décision évidente [de garder ou non un enfant]», avoue Mme Lafortune. «Mais c’est la meilleure décision que j’ai prise de ma vie», conclut-elle.