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Les Québécois sous l’influence de la Lune

En novembre 2016, la super Lune avait eu un effet spectaculaire dans le ciel de Montréal.
Photo Martin Chevalier En novembre 2016, la super Lune avait eu un effet spectaculaire dans le ciel de Montréal.

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Malgré les conclusions plutôt négatives de plusieurs chercheurs qui ont scruté le phénomène, les Québécois croient toujours massivement à l’influence de la Lune dans nos vies. Le Journal déboulonne les mythes.

Au Québec, plus de 81% des infirmières sont persuadées du pouvoir de la pleine Lune sur le comportement de leurs patients, selon des recherches menées par la psychologue Geneviève Belleville de l’Université Laval.

Les médecins ne sont pas en reste. Les deux tiers qui travaillent en milieu psychiatrique pensent la même chose, d’après les conclusions de cette étude à laquelle l’Université de Montréal et l’Université du Québec à Montréal ont participé.

Malheureusement pour les adeptes des pouvoirs mystiques de la Lune, les conclusions de l’équipe de l’Université Laval ont jeté une ombre sur leurs prétentions.

«On n’a pas observé d’effets sur les troubles psychologiques», a conclu Mme Belleville.

Marée dans le corps ?

Pour le psychiatre Arnold Lieber de l’Université de Miami, l’explication se trouve dans l’attraction de la Lune sur les marées. Le corps humain étant composé d’eau à 80 %, tout ce liquide serait affecté par les forces gravitationnelles de la Lune. Le docteur Lieber a baptisé cet effet «marée biologique».

Mais, dans les milieux scientifiques, ces marées n’ont jamais fait de vagues.

«La force d’attraction de la Lune sur un humain est microscopique. Cette théorie est parfaitement ridicule», dit l’astronome bien connu Pierre Chastenay. Pour lui, les raisons expliquant l’attrait de cette croyance ont plus à voir avec la façon dont notre mémoire fonctionne qu’avec de pseudo influences gravitationnelles.

Il a été démontré que notre perception est un filtre et que dans nos rapports avec la réalité, nous sélectionnons les informations qui nous parlent.

«Les humains cherchent toujours des coïncidences. Ils imaginent souvent des relations de cause à effet qui n’existent pas », explique l’animateur de l’émission scientifique Le code Chastenay.

Force de la croyance

Selon les psychologues, ce n’est pas tant l’influence supposée de la Lune sur nos comportements qui est en cause que la croyance au phénomène.

Quand survient la pleine Lune, les infirmières, les policiers, les gardiens de prison, tous les intervenants de première ligne se conditionnent eux-mêmes à observer plus de changements dans leur entourage.

D’autres raisons aussi expliquent pourquoi la pleine lune capte autant l’attention, ajoute Pierre Chastenay.

«À l’œil nu, il est difficile de voir si la Lune est vraiment pleine, explique celui a travaillé 25 ans au Planétarium de Montréal. On a l’impression que la pleine lune dure des jours. Ce qui augmente les chances que le phénomène tombe la fin de semaine, où il y a plus de détresse psychologique.»

Dans tous ses états

En 2016, la Lune a fait parler d'elle alors que le Québec a été témoin d'événements astronomiques rares. Éclipse totale lunaire, super Lune, Lune de sang: jamais aucune pleine lune n'avait été si proche de la Terre depuis 1948. Plus brillante que d'habitude, la Lune apparaissait alors jusqu'à 14% plus grande selon la NASA. Le prochain rendez-vous semblable sera en 2033.

Nouvelle Lune

La Lune se trouve exactement entre le Soleil et la Terre. Sa face n'est pas éclairée du tout.

Pleine Lune

La Lune et le Soleil sont en opposition par rapport à la terre. Sa face visible est toute éclairée.

Super Lune

Pleine Lune se produisant au moment où la Lune est au plus près de la Terre.

Super Lune de sang

Combinaison d'une éclipse totale lunaire et d'une super Lune.

Références: «Impact of seasonal and lunar cycles on psychological symptoms in the end: an empirical investgation of widely spread beliefs, General Hospital Psychiatry 35 (2013) 192-194, Météomédia.

Une étude qui avait soulevé les passions

Le phénomène de la super Lune comme celui de novembre dernier procure toujours aux photographes l'occasion de croquer des scènes uniques.
Photo Martin Chevalier
Le phénomène de la super Lune comme celui de novembre dernier procure toujours aux photographes l'occasion de croquer des scènes uniques.

L’étude d’une psychologue spécialisée en troubles anxieux sur la pleine Lune lui a valu en 2013 de nombreuses critiques qu’elle n’est pas prête d’oublier.

«C’était plus à des fins ludiques qu’on a analysé le phénomène», raconte Geneviève Belleville, psychologue de l’Université Laval. Nous étions en train d’étudier les symptômes de panique et d’anxiété dans des cas d’admissions hospitalières. On avait les chiffres. On a vérifié en passant.»

La publication officielle des résultats, il y a environ quatre ans, avait pris l’auteure et son équipe par surprise.

«Jamais je n’avais eu autant d’impacts avec tous mes travaux antérieurs», confie celle qui a chapeauté l’équipe interuniversitaire qui regroupait aussi des chercheurs de l’Université de Montréal et de l’Université du Québec à Montréal.

Partout sur la planète

L’histoire avait fait le tour du monde à l’époque.

Plus de 250 médias partout sur la planète ont parlé de l’étude québécoise. Ce qui traduit l’emprise universelle de cette croyance millénaire.

Pendant cette étude sur le terrain qui a duré trois ans, de 2005 à 2008, plus de 771 personnes se sont présentées à l’hôpital Sacré-Cœur de Montréal et à l’Hôtel Dieu de Québec pour des problèmes d’anxiété, de panique, d’idées suicidaires ou pour un mal imaginaire.

Après avoir comparé les admissions avec les phases de la Lune, le verdict est tombé. Les relations étaient inexistantes.

Par contre, l’étude a valu à son auteure une volé de bois vert de la part de ceux qui continuent à croire contre vents et marées que la Lune gouverne nos vies.

«J’ai reçu des menaces, confie la psychologue qui s’intéresse aussi aux problèmes de sommeil. Le sujet déclenche les passions. La Lune a un pouvoir incontestable sur les gens. «Mais pas celui qu’on lui prête», dit-elle.

Vrai ou faux ?

En novembre 2016, la super Lune avait eu un effet spectaculaire dans le ciel de Montréal.
Photo Agence QMI, Joel Lemay

Depuis des millénaires, la Lune a influencé toutes les civilisations, tous les arts, toutes les cultures. Même dans le monde judiciaire, l’astre de la nuit a réussi à faire sa place. Mais qu’en est-il du point de vue scientifique?

La loi anglaise au XIXe siècle permettait aux avocats de la défense de plaider la lunacy, une sorte de pseudo maladie associée aux phases de la Lune.

Le terme «lunatique» est un héritage de ce passé. Aujourd’hui, de 60 à 70 % de la population dans les pays modernes est persuadée que la Lune a de l’influence sur les humains, selon les sondages faits sur la question.

Natalité, kidnappings, bagarres au hockey, alcoolisme, vampirisme, tous les comportements ont été comparés aux phases de la Lune au fil de centaines d’études et de communications scientifiques.

Tout ce qui a été découvert en 100 ans de recherches sur la question, ce sont des erreurs dans les méthodes utilisées par les gens qui prétendent avoir découvert des relations.

Chez les Sceptiques du Québec, la pleine Lune est un sujet qui revient comme la pluie. Suffit d’avoir une super Lune comme le Québec en a connu une en novembre dernier, et la superstition revient à la charge, explique Pierre Cloutier, membre fondateur des Sceptiques. La pleine Lune fascine les gens. Mais c’est juste une question d’éclairage. La Lune est toujours pleine!»


Les accouchements

Si le cycle lunaire ne semble pas jouer de rôle particulier dans les admissions hospitalières, les suicides et la mortalité, peut-on en dire autant pour les accouchements? Une équipe de la Cité de la Santé de Laval, de l’Université de Montréal et de l’Hôpital Sainte-Justine est partie à la chasse aux superstitions pour le savoir. L’étude remonte aux années 90. Pendant deux ans, on a étudié les effets attribués à la Lune sur les accouchements. Plus de 4422 naissances à l’Hôpital de la Santé de Laval ont été scrutées à la loupe, et non, les chercheurs n’ont rien trouvé de concluant.

Faux


Les meurtres

En 1972, un médecin américain s’est basé sur 2000 meurtres commis en Floride pour affirmer que les meurtres augmentent les jours de pleine Lune.

Or, pendant ses études de maîtrise en criminologie, au cours des années 1980, Georges-André Parent s’est amusé à vérifier l’effet de la pleine Lune sur les meurtres au Québec.

Retraité du Service de police de la Ville de Montréal, l’ancien conseiller au Service de la planification stratégique et budgétaire a passé au crible tous les meurtres commis à Montréal entre 1950 et 1980. A-t-il trouvé une corrélation? «Pas du tout.»

Ils y croient quand même

Ce qui n’empêche pas, selon lui, beaucoup de gens de continuer à croire le contraire, surtout dans le milieu judiciaire.

«Il y a encore des juges, des procureurs et des policiers qui croient au phénomène dur comme fer. C’est très gênant, dit Georges-André Parent. Malgré les études qui prouvent que la Lune n’a pas d’effets mesurables, des personnes très crédibles, comme des médecins légistes, restent convaincues qu’il y a un lien entre la Lune et les meurtres. On a l’impression que la Lune influence les choses, mais ce n’est pas le cas.»

Faux


Plus de pluie

La pluviosité est également influencée par la Lune. L’activité orageuse et les pluies atteignent généralement leur maximum deux jours après la pleine Lune. La publication d’études climatologiques en 2010, démontrant un effet de la pleine Lune sur la pluie, a apporté de l’eau au moulin des amateurs de dictons météo sur la lune.

C’est en comparant les phases de la Lune avec les données de précipitations de 1200 stations météorologiques aux États-Unis que des climatologues de l’Université d’Arizona ont démontré que la pluie a tendance à augmenter après la nouvelle lune. L’effet n’est pas énorme (moins de 3 %), mais c’est un effet réel et mesurable. Certaines hypothèses suggèrent que cette influence de la lune sur les pluies serait due aux variations dans le vent solaire, ou en raison de quantités supérieures de poussière météorique atteignant la Terre à ce moment.

Vrai


Réchauffer l’atmosphère

La Lune a aussi un effet de chaufferette pour la planète. Plus la Lune est pleine, plus elle renvoie du rayonnement solaire à la surface de la Terre durant la nuit. Le thermomètre gagnerait ainsi 3 centièmes de degré Celsius à la pleine lune.

Vrai


Le va-et-vient des océans

La Lune n’a peut-être pas d’effets prouvés rigoureusement sur l’humain, mais elle en a sur la Terre. En attirant les océans du globe quand elle est à son apogée, la Lune cause les marées, faisant grimper et baisser inlassablement le niveau des mers de 40 cm tous les jours.

Vrai


Évanouissement

Pour l’infirmière Gabrielle Gaumond, qui travaille dans une clinique de chirurgie plastique à Laval, le pouvoir de la Lune sur les patients est évident.

«On a 4 à 5 chocs vagals (perte de conscience) les jours de pleine lune alors qu’on n’en a presque pas les autres jours».

Celle qui a travaillé dans le milieu des CHSLD se souvient d’avoir observé souvent les mêmes réactions nerveuses chez les personnes âgées. «Les patients devenaient plus agités dans le temps de la pleine Lune», dit-elle.

Peut-être