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Un médicament pour guérir d’une trahison amoureuse

Des centaines de personnes ont voulu participer à la recherche

Michelle Lonergan
Photo Dominique Scali La thèse de doctorat de Michelle Lonergan, qui concerne les trahisons amoureuses, est supervisée par Alain Brunet, de l’Institut Douglas. Celui-ci travaille sur le traumatisme de survivants des attentats de Paris de 2015.

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Une chercheuse montréalaise a reçu des centaines d’appels de gens qui voulaient participer à son étude qui aide à guérir d’une trahison amoureuse avec un médicament utilisé pour les gens souffrant de stress post-traumatique.

« Je trouve ça énorme », dit Michelle Lonergan à propos des 350 personnes qui l’ont contactée depuis deux ans.

« Et ça, c’est juste ceux qui ont pris le temps de m’appeler. Ça montre que [la trahison amoureuse], c’est quelque chose qui atteint beaucoup de monde », explique cette doctorante de l’Université McGill.

Infidélités

L’étude teste l’efficacité d’un protocole thérapeutique inspiré d’un traitement qui a fait ses preuves chez les personnes souffrant de stress post-traumatique. Son directeur de recherche travaille notamment avec des survivants des attentats de Paris.

Le laboratoire a donc élargi son traitement à des gens qui n’ont pas vécu de guerre ou d’agression, mais qui présentent des symptômes de détresse après un événement troublant de leur vie amoureuse. Par exemple, beaucoup ont subi des infidélités. Certains ont été abandonnés soudainement après un long mariage. D’autres ont vu leur partenaire s’enfuir avec leur argent.

Pas de miracle

Au total, une quarantaine de sujets répondant aux critères de l’étude auront été retenus. Le traitement consiste à les rencontrer une fois par semaine pendant six semaines.

Une heure avant la rencontre, le sujet prend un médicament appelé propranolol, qui sert essentiellement à réduire l’hypertension. Ensuite, le sujet rédige un récit de l’événement traumatisant, c’est-à-dire la découverte de la trahison, puis le relit chaque semaine.

Dans la majorité des cas, le traitement entraîne une réduction de 50 à 55 % de la réaction émotionnelle au rappel de l’événement, indique Mme Lonergan.

« Mais non, ce n’est pas une pilule pour guérir d’une émotion », avertit-elle toutefois. Il ne s’agit pas non plus d’un traitement applicable à tous les chagrins d’amour. « Il doit y avoir un seuil minimal de détresse. »

Dépression

Normalement, la douleur d’une rupture ou d’une trahison s’estompe avec le temps, aussi pénible soit-elle au départ. Or, il y a des gens pour qui le temps ne fait pas son travail et qui continuent de revivre sans cesse la douleur comme si l’événement avait eu lieu la veille, explique-t-elle.

Après plus de trois ans, voire dix, certains continuent de faire des cauchemars et d’éviter tout ce qui pourrait leur rappeler le moment où ils ont découvert la trahison de leur partenaire.

« Ce sont des gens qui se retrouveraient sur des antidépresseurs ou en thérapie pendant des années de toute façon. On peut les aider en six semaines », résume-t-elle.

♦ Le recrutement de sujets pour l’étude se terminera cet été. Pour contacter la chercheuse : 514 761-6131, poste 3491.