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Je voudrais te parler d'estime de soi

L'estime de soi: la base de tout
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Je t’écris pour te parler d’estime de soi. Ça fait des années que tu rushes pour apprendre à accepter le corps avec lequel t’es pognée, pis que t’as le cœur gros pas mal.

T’as le cœur gros parce que t’en as plein le (gros) derrière, de te faire dire de te déniaiser pis de te prendre en main. Tu sais plus trop quoi faire, pour arriver à maigrir, parce que t’es tannée de te faire regarder croche au restaurant. Si tu manges de la salade, tu te fais servir des regards condescendants, pis si t’as une envie de frites pis de pogo, là c’est de la déception. Comme si t’étais devenue obèse du jour au lendemain. Comme si y’avait juste à claquer des doigts pour soigner ça, l’obésité. Comme si t’étais à un casseau de frite de ton poids santé.

Parce que c’est sur qu’on devient grosse juste parce que ça nous tente, hein!

Je me permets d’inventer une genèse à ton gras, ok, veux-tu? Ça sera peut-être pas pile poil la même histoire que la tienne, mais ça fait une couple d’années que je me fends l’âme à essayer d’aider les filles comme nous du mieux que je peux, avec la seule médecine que je connaisse : mes mots. Pis je commence à bien connaître le processus qui nous mène à perdre le contrôle sur notre tour de taille.

T’étais probablement une petite fille comme les autres : souriante et joueuse. Mais j’ai l’impression que ben de bonne heure dans ta vie, t’as rushé avec ton image. Peut-être que le monde riait de toi, à l’école. Peut-être aussi que les autres faisaient juste comme si t’existais pas.

Je pense que t’as, du plus loin que tu te souviennes, l’impression que tu vaux rien. La dernière à se faire choisir, pour le ballon chasseur; celle avec qui personne veut jouer à la bouteille dans les partys. T’es pas laide, t’es juste quelconque pis le monde te le fait savoir.

En vieillissant, cette impression de transparence s’est métamorphosée en sensation étouffante, en stress, en anxiété, en complexes. Avec les années, les responsabilités, l’école, le travail, t’as commencé à moins bien manger pis à moins bouger, surtout. Tu t’es un peu oubliée, au fil du temps.

Pis à chaque fois que tu as une prise de conscience; à chaque fois que tu te regardes dans le miroir en te disant qu’il faudrait ben que tu te prennes en mains une bonne fois pour toute, le rideau de la honte te tombe dessus à bras raccourcis. «J’y arriverai pas», «Le monde vont rire de moi», «Ça sert à quoi de faire tout ça, ya personne qui va le remarquer», «Je m’y mets demain, la semaine prochaine, le mois prochain». La semaine des quatre jeudis, pourquoi pas?

Sans compter que si tu oses, tu t’exposes aux railleries. Comme la fois où un homme a envoyé son enfant me dire, sur la piste cyclable, que j’étais trop grosse pour courir en leggings serrés. Ou cette autre fois, avec mon amie, où un homme dans son pickup a crié : «Envoille, la grosse, cours!».

Ça te prend une confiance en soi et une détermination de béton pour pas t’écrouler, quand t’entends ça. Ou une paire d’écouteurs qui joue ben fort, dans tes oreilles.

Fait que tu finis par te sortir l’idée de la tête, et au fil des années, les couches de gras s’accumulent, inversement proportionnelles à ta fierté pis à ton estime de toi.

Tu te l’es dit souvent, que t’étais grosse pis laide. Tu te l’es FAIT DIRE, aussi. Vraiment souvent. Tellement souvent que t’en es venue à le croire. Pis que malgré les beaux mots de ton entourage, malgré les yeux pleins d’amour et de désir de ton chum, malgré le fait que tes amies tentent d’imiter ton look, c’est toujours ces mots de gens qui ne comptent pas vraiment pour toi qui résonnent en boucle dans ta tête : T’es grosse, t’es laite. T’as pas de valeur dans la société, parce que tes fesses sont plus grosses que les miennes.

Ça t’a peut-être traversé l’esprit, d’essayer les régimes miracles à base de poudre, de saran wrap pis d’oméga 3. Ça te promets de fitter dans le cadre vite, vite, vite. Mais ça te laisse le cœur en miettes, et le portefeuille vide en titi.

Tes bras portent peut-être les marques de ta honte, aussi, qui sait. T’as probablement essayé, des fois, de pas bouffer pour te consoler, un soir de grande déprime, mais c’était plus fort que toi, hein? Les mots qui tuent avaient encore fait une victime.

Je veux que tu saches que je le sais que t’es pas une lâche. Je veux te crier que t’es belle, que la beauté c’est pas mal plus qu’une couple de plis dans un ventre ou un double menton. Pis que le premier pas vers la guérison, c’est justement d’apprendre à l’accepter, ce corps imparfait qui raconte une histoire.

On ne change jamais rien, tant qu’on ne considère pas que le jeu en vaut la chandelle. Au contraire, on laisse dériver jusqu’à ce que tout s’abîme.

Alors je te propose de te dresser, fière et droite face à ceux que ton apparence dérange, et à t’aimer. Parce que tout part de soi, même le plus beau.