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L’idéologie cisgenre

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Dans son billet du 5 juillet dans Le Journal de Montréal, Mathieu Bock-Côté nous avertit contre l’imposition de l’idéologie trans sur la société. Déjà au niveau factuel, il fait erreur : Kori Doty, personne à laquelle il se réfère, ne tente pas d’imposer une idéologie trans sur la société. L’objectif, tout simplement, est d’avoir le droit en tant que parent d’élever son enfant de la façon de son choix, tant que celle-ci n’est pas abusive. En l’occurrence, cette façon d’élever son enfant comprend un refus d’imposer un genre à son enfant, laissant à celui-ci la liberté du choix.

Aucun désir d’imposer cette façon de faire aux autres! Kori Doty se satisfait d’y avoir droit.

Ce que Bock-Côté appelle l’idéologie trans se résume à prendre au sérieux les enseignements des féministes qui, depuis les années 1960, nous disent que le genre est une construction sociale et rejettent l’imposition des normes de genre qu’il emporte. Une construction sociale, c’est bien réel. La race en est une autre, et l’omniprésence du racisme tant au Québec qu’ailleurs nous rappelle au fait que, construction sociale ou non, l’impact est concret.

Ne nous trompons pas. Quand quelqu’un de la trempe de Mathieu Bock-Côté nous dit qu’il ne faut pas prendre la marge pour la norme, ce que ça veut dire c’est qu’il préfère une société qui continue d’acheter des robes qu’à ses enfants assignés filles et qui ne prendra pas le temps de s’assurer que c’est bien le genre et l’habillement qui sied le mieux ceux-ci. Je ne pensais pas qu’au Québec en 2017 j’aurais besoin de rappeler aux gens que la nature humaine n’est pas sexuée, et que cette conception de la nature humaine n’est que conservatisme et sexisme emballés dans une théorie naturaliste désuète.

Si c’est vrai que les enfants trans demeurent l’exception, combien d’enfants nient être trans et ou se forcent à se conformer aux normes de genre parce qu’ils ont appris qu’ils doivent s’identifier et se comporter d’une certaine façon pour ne pas être perçus comme anormaux? Comment se surprendre du fait que tant d’enfants craignent exprimer leurs souhaits à leurs parents quand ces parents-mêmes leurs apprennent qu’à la base leurs souhaits sont secondaires et l’imposition des normes sociales priment?

Les normes sociales sont partout et la majorité des enfants élevés de cette façon sera vraisemblablement cisgenre. Si la peur est qu’on mettra des enfants à risque de marginalisation en milieu scolaire même si ceux-ci ne sont pas trans, nous pouvons apaiser celle-ci. L’identité de genre se formant habituellement vers 4 ans, celle-ci sera définie, à quelques exceptions près, avant le début de la maternelle.

Même pour les enfants qui ne sont pas trans, cette approche apporte des bénéfices importants. Elle communique à l’enfant que son bien-être et son autonomie sont suffisamment importants pour ne pas subordonner ceux-ci à une probabilité. C’est aussi communiquer qu’il est véritablement acceptable de ne pas se conformer aux normes de genre, et non pas seulement toléré à contrecœur.

Je ne suis pas parent. Pas encore. Mais je compte bien avoir un enfant dans le futur, et j’ai bien l’intention d’élever mon enfant de façon neutre dans le genre. En tant que personne trans, je sais trop bien à quel point il peut être difficile de rejeter le genre qui nous fut assigné, même avec des parents ouverts d’esprit. Ce n’est pas un vécu que j’accepte d’imposer à mon enfant. Tout ce que je veux, c’est que l’État ne l’impose pas à ma place.