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Agnès Ledig – De tes nouvelles: reconstruire l’amour et la famille

Agnès Ledig
Photo courtoisie Guillaume Mouchet

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Après avoir conquis des milliers de lecteurs avec Juste avant le bonheur, Pars avec lui et On le regrettera plus tard, l’émouvante romancière alsacienne Agnès Ledig raconte comment Éric et Valentine vont petit à petit tisser leur nouvelle vie de couple et créer un nouveau noyau familial avec De tes nouvelles.

Roman chaleureux, sensible, bienveillant, rempli d’ondes positives, De tes nouvelles décrit le quotidien d’Éric et Valentine dans leur petit domaine de campagne. Éric, veuf, papa d’Anna-Nina, s’y était retrouvé par hasard lors d’une nuit d’orage. Valentine leur avait ouvert la porte. Et la petite étincelle de l’amour les attendait.

Cette fois, Éric et sa fille sont revenus chez Valentine et la famille se construit lentement mais sûrement au fil des promenades quotidiennes, des dîners en famille, des journées scolaires. Mais rien n’est acquis.

L’écriture et les réflexions d’Agnès Ledig, qui a exercé la profession de sage-femme, font beaucoup de bien. En entrevue, elle explique que les personnages du roman On regrettera plus tard sont revenus frapper à sa porte pour lui dire qu’ils avaient encore des choses à dire, à vivre. « J’avais commencé autre chose, mais ils étaient toujours là, comme si je n’avais pas fini quelque chose avec eux. »

Le ton qu’elle emploie pour le roman fait penser à une réunion d’amis, comme si on entrait dans leur maison et s’attablait avec eux, pour suivre leurs conversations. « C’est ce qui m’arrive quand j’écris : ils sont au fond de moi et à chaque fois que j’écris une scène, je suis dans le personnage. J’essaie de sentir ce qu’ils peuvent ressentir. »

Agnès ne voulait pas que Valentine soit trop lisse et trop parfaite. Elle lui fait vivre une attirance physique chimique à l’endroit d’un autre homme, un forestier. « Je me disais que Valentine, maintenant qu’elle a réglé son problème de refaire sa vie et s’attacher à quelqu’un, qu’est-ce qui pourrait lui arriver pour que ce ne soit pas si simple ? Dans la vie, c’est pas si simple. Il y a plein de gens à qui ça peut arriver. »

Sans tabous ni jugements

Plusieurs lecteurs lui ont dit merci d’en parler sans tabous et sans jugements parce que ce sont des choses qui arrivent. « C’est de l’ordre du chimique, du corporel, et ça va au-delà de la raison. Valentine se raisonne quand même et arrive à prendre une décision... mais je pense que ce n’est pas réglé. Quand il y a eu quelque chose comme ça et qu’il y a un renoncement, au fond de soi, on se posera toujours la question : et si j’étais allé plus loin ? »

Agnès Ledig décrit également le quotidien d’une petite fille brillante, Anna-Nina, qui intègre pour la première fois le système scolaire après avoir été scolarisée à la maison (dans ce cas, sur la route) par son papa. « J’ai une petite fille qui est un peu comme ça, hypersensible et qui bouge tout le temps et qui est très riche. Je pense que nous sommes des êtres sociaux. On a besoin des autres pour se construire, pour se développer, pour s’ouvrir, pour vivre. »

L’hypersensibilité, un atout

Petite, Agnès Ledig avait cette hypersensibilité qui fait qu’elle voulait changer le monde, qu’elle prenait sur elle toutes les situations difficiles des autres. Les chagrins des autres lui faisaient comme un coup de poing dans le ventre, comme si elle était une petite tortue sans carapace.

Cette très grande sensibilité est aujourd’hui un atout comme romancière. « Je pense que c’est pour ça que mon roman a du succès : je touche directement la petite tortue qui est à l’intérieur de la carapace. Il y a un accès direct aux émotions des lecteurs. »

Agnès Ledig a aussi écrit les best-sellers Juste avant le bonheur (Prix Maison de La Presse 2013), Pars avec lui et On regrettera plus tard.

EXTRAIT

« Je la regarde courir pieds nus vers l’escalier en me demandant ce qu’elle va comprendre de l’amour, à son âge, toute pleine de l’innocence qui me manque désormais. Je ne suis plus un enfant, j’ai vécu l’amour, le grand, et puis le chagrin, terrible et dévastateur. Je la vois courir pieds nus vers des réponses, alors que j’ai envie de lui crier d’enfiler des grosses chaussures de sécurité, pour ne pas se blesser en s’attachant, pour ne pas souffrir comme moi. Mais je ne peux pas, je ne dois pas. Ma fille est en droit de s’ouvrir à aimer et à ce qu’il en coûte, parce que c’est la vie. C’est pieds nus qu’on devrait courir dans la vie. Pieds nus pour tout sentir, la douceur de l’herbe tendre et la violence des cailloux saillants. »

— Agnès Ledig, De tes nouvelles