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Après la victoire à Mossoul, de gros défis attendent le pouvoir irakien

Après la victoire à Mossoul, de gros défis attendent le pouvoir irakien
AFP

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ERBIL | Après avoir défait les djihadistes à Mossoul, les forces irakiennes sont désormais confrontées à la tâche colossale de sécuriser, de reconstruire et d’assurer le retour des habitants dans la deuxième ville du pays ravagée par près de neuf mois de combats.

C’est surtout la partie occidentale de Mossoul et son coeur historique qui ont subi le plus grand lot de destructions, du fait des combats rapprochés, des raids aériens et des attaques et des explosions provoquées par les djihadistes.

Mardi, les troupes irakiennes ratissaient un petit réduit du Vieux Mossoul, où se cacheraient encore les derniers combattants du groupe État islamique (ÉI) qui a occupé pendant trois ans cette grande ville du Nord habitée par environ 2 millions de personnes en 2014.

Alors que des centaines de milliers d’habitants étaient pris au piège des combats avant de pouvoir s’enfuir, Amnesty International a accusé les forces irakiennes et la coalition internationale qui l’appuie d’avoir eu recours parfois à une utilisation inadaptée de la force dans des zones peuplées de civils.

Les organisations humanitaires ont d’ailleurs souligné que la grave crise humanitaire était loin d’être terminée, même si le pouvoir irakien a annoncé sa plus importante victoire face à l’ÉI, avec la fin de la mainmise djihadiste sur Mossoul.

Dans la vieille ville, les parties détruites de certains immeubles tombent en cascade vers la rue, comme si elles avaient fondu dans la chaleur écrasante de l’été irakien.

D’autres structures ont été réduites en ruines, brûlées par le feu ou criblées de trous, avec des véhicules calcinés et d’autres gravats barrant les rues.

Les racines

Le Vieux Mossoul est l’un des six secteurs de Mossoul-Ouest à avoir été «presque totalement détruit» dans la bataille, selon l’ONU.

D’autres régions ont subi moins de dégâts. L’ONU évalue à plus de 700 millions de dollars le montant de la facture pour les efforts initiaux de réhabilitation des services de base, du système éducatif et de la sécurité, ainsi que de la reconstruction.

Avec ce niveau de dévastation, il est très peu probable que les centaines de milliers de familles déplacées retournent chez eux dans un proche avenir, a souligné Arnaud Quemin, le directeur par intérim de Mercy Corps’ pour l’Irak.

Lui faisant écho, le Haut-commissariat pour les réfugiés a estimé «probable que des milliers de personnes vont devoir rester déplacées pendant des mois. Beaucoup n’ont de plus maison».

En près de neuf mois d’offensive pour la reprise de Mossoul, près d’un million de personnes ont fui leurs maisons et une fraction a réussi à regagner leurs foyers principalement dans l’est de la ville, selon l’ONU.

Outre les défis de la reconstruction et du retour des déplacés, le pouvoir irakien doit également traiter les causes des années de violences et d’insécurité dans le pays.

«Nous devons adresser les causes de la violence et du conflit à leur racine en traitant des violations des droits de l’homme subies par toutes les communautés du pays depuis plusieurs décennies. C’est le seul moyen d’assurer des fondations saines pour la paix durable que le peuple irakien mérite», dit le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein,

La colère de la minorité sunnite en Irak face à sa marginalisation par le pouvoir dominé par les chiites et les opérations menées dans l’impunité par les forces de sécurité dans ses régions a contribué à la montée en puissance du groupe djihadiste sunnite.

Crimes de guerre

Les groupes djihadistes ont profité de l’insécurité et de l’instabilité politique en Irak après l’invasion américaine du pays en 2003 qui avait abouti à la chute du régime du dictateur Saddam Hussein, un sunnite, qui avait maté la majorité chiite pendant ses décennies de règne.

Ces dernières années, les efforts en vue d’une réconciliation n’ont pas abouti.

Pour le moment les Irakiens savourent leur victoire même si elle a été obtenue au prix de milliers de victimes, civils et militaires, d’une crise humanitaire énorme et de destructions colossales.

D’après l’organisation de défense des droits de l’Homme Amnesty International, la dernière partie de la bataille de Mossoul a été lancée et gagnée «à n’importe quel prix», avec les civils payant un très lourd tribut.

Selon Amnesty, l’ÉI s’est rendu coupable de «crimes de guerre» en utilisant les civils comme «boucliers humains» et en tuant «sommairement des centaines, si ce n’est des milliers, d’hommes, de femmes et d’enfants qui tentaient de fuir».

Pour leur part, «les forces irakiennes et la coalition n’ont pas réussi à adapter leurs tactiques à la réalité (du terrain) et ont continué à utiliser des armes explosives manquant de précision» dans des zones peuplées de civils, souligne Amnesty.

Mossoul était un symbole pour l’ÉI: son chef Abou Bakr al-Baghdadi y avait fait en juillet 2014 son unique apparition publique après la proclamation d’un «califat» sur les territoires conquis en Irak et en Syrie, désormais en lambeaux.