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Exaspérés par les ratés de la SAQ

Ses problèmes informatiques font que des restaurateurs doivent aller chercher eux-mêmes l'alcool en magasin

Adam Harvey
Photo Dominique Scali Adam Harvey est propriétaire du O’Quai Bistro, dans le Vieux-Port de Montréal. Il s’attend à ce que les ratés de livraison durent tout l’été, alors que son établissement n’est ouvert que pendant la saison estivale.

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Des propriétaires de bars et restaurants montréalais n’en peuvent plus des ratés de livraison de la SAQ qui les obligent à aller chercher eux-mêmes des caisses d’alcool en succursale depuis près d’un mois, en pleine saison des terrasses.

« C’est le pire moment de l’année pour un tel cafouillage », dit Adam Harvey, propriétaire du O’Quai Bistro, situé dans le Vieux-Montréal.

Il fait partie des centaines de restaurateurs affectés par les pépins informatiques de la SAQ. De nombreuses livraisons ne peuvent être effectuées par les camions de la société, ce qui force les commerçants à aller faire la file dans une succursale et à transporter eux-mêmes leurs commandes.

« Tout ce que j’ai, c’est une voiture à quatre portes. Je ne peux pas entrer 20 caisses d’alcool là-dedans », explique M. Harvey, qui perd également « énormément de temps » chaque semaine à renflouer ses stocks.

Il doit d’ailleurs souvent quitter le bistro pour aller acheter les bouteilles manquantes et ainsi délaisser son personnel.

« S’il y a un achalandage supplémentaire, je ne suis pas là. On a déjà quelques avis défavorables sur Google sur la rapidité du service », dit-il.

Journée perdue

Au bar Le mal nécessaire, la direction perd chaque semaine une journée complète à gérer la situation.

« C’est une journée où habituellement on s’occupe des choses administratives, de faire du développement d’affaires. À la place, je dois m’occuper d’aller chercher de l’alcool », soupire le copropriétaire Graham Warner.

D’autant plus que le cafouillage entraîne des ruptures de stock. Plusieurs commerçants nous ont dit avoir dû changer leur menu parce que les tablettes de leur succursale étaient vides de produits pourtant classiques, comme du gin ou du whisky.

« En restauration, il faut que ça roule. Là c’est juste une perte de temps et du niaisage pour rien », dit Allan Barilla, qui achète pour environ 50 000 $ d’alcool par semaine pour les quatre établissements qu’il gère, dont le bar à tapas Santos.

Dans le noir

Pendant ce temps, les restaurateurs disent n’avoir aucune idée du moment où la situation sera réglée.

« La communication est pourrie », dit Fabien Lacaille, copropriétaire de plusieurs établissements. Il n’a aucune idée de la raison pour laquelle il reçoit toujours ses livraisons pour le bar Bily Kun, mais pas pour ses autres bars.

« Je m’attends à ce que ça reste comme ça tout l’été », se résigne Adam Harvey. Or, le O’Quai Bistro n’est ouvert que de mai à septembre.

La SAQ explique que les deux tiers des commerçants reçoivent actuellement le service de livraison et assure que tout sera rentré dans l’ordre « dans les prochaines semaines », indique Linda Bouchard. « La situation s’est déjà améliorée de 40 % par rapport à il y a deux semaines [...] On n’a jamais négligé cette clientèle-là et on comprend vraiment leurs impératifs. Il n’y a pas de mauvaise volonté. C’est une faille qu’on essaie de colmater » en raison du changement de système informatique, explique-t-elle.

Ce qu’ils ont dit

« [À la SAQ], ils s’en foutent. On n’a aucune aide. Le message, c’est : démerdez-vous. »
-Thomas Dubrana, Les Sœurs grises
 
«On paie assez cher de taxes par année. En plus, en tant que resto, on paie plus cher. »
-Allan Barilla, Santos
 
«Le directeur général doit se déplacer lui-même pour payer avec sa carte de crédit [en succursale]. L’autre jour, il disait : c’est quoi, je suis un livreur maintenant ? »
-Jacques Buchez, Hôtel Intercontinental
 
«Je ne comprends pas pourquoi les chefs de la SAQ ont décidé de faire le changement informatique en été plutôt qu’en février, quand c’est la saison basse. »
-Graham Warner, Le Mal nécessaire
 
«On essaie de substituer un produit à un autre, mais quand tu dois faire un steak aux champignons et que tout ce que tu as, c’est des oignons, c’est pas pareil. »
-Charles Landry, Taverne Midway
 
«On apprend qu’il n’y aura pas de commande parce que la commande ne rentre pas. Si ça tombe la fin de semaine, les gens sont pris sans vodka, sans gin. »
-Fabien Lacaille, Bily Kun