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Autre tuile pour l’enquête jugée «colonialiste»

Une commissaire démissionne de l’Enquête nationale sur les femmes autochtones disparues et assassinées

La ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett a réitéré sa pleine confiance quant à la suite de l’enquête au Parlement d’Ottawa, mardi.
PHOTO BORIS PROULX La ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett a réitéré sa pleine confiance quant à la suite de l’enquête au Parlement d’Ottawa, mardi.

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OTTAWA | La vaste enquête sur la violence faite aux femmes autochtones serait trop «colonialiste» pour la commissaire qui a démissionné mardi.

La Saskatchewanaise Marilyn Poitras a annoncé mardi qu’elle démissionne de son rôle de commissaire dans l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées (ENFFADA), insatisfaite de l’organisation créée par le gouvernement Trudeau au coût de près de 54 M$.

« Elle trouvait la structure [de l’Enquête] trop colonialiste», comprend la commissaire du Québec Michèle Audette, qui assure que le travail continuera comme prévu.

« C’est une loi fédérale qui crée la commission d’enquête, on savait que ce n’était pas un grand rassemblement où ce sont les lois autochtones qui priment », ajoute Mme Audette.

L’ex-présidente de Femmes autochtones du Canada comprend toutefois sa collègue d’avoir quitté ses fonctions étant donné le processus « intense et politisé » qui consiste à rencontrer des familles de victimes partout au Canada.

« Il y a beaucoup de pression. C’est normal que des gens préfèrent quitter le bateau », explique-t-elle.

Dans sa lettre de démission, Mme Poitras a écrit au premier ministre qu’elle n’est « pas capable d’accomplir [ses] tâches dans cette structure », laissant entendre que des problèmes rongent l’organisation.

Cette année, cinq autres employées ont quitté l’enquête, dont la directrice générale Michèle Moreau « pour des raisons personnelles » en juillet.

Inquiétude

« Il y a des raisons de s’inquiéter quand on voit [le nombre de] commissaires fondre au soleil », réagit Mélissa Mollen-Dupuis, cofondatrice du mouvement autochtone Idle No More Québec.

La militante autochtone indique toutefois qu’elle ne met pas en doute la capacité de l’Enquête à faire son travail sur le terrain.

« On ne voudrait pas perdre la commission sur des détails », ajoute Mme Mollen-Dupuis.

La ministre des Affaires autochtones et du Nord Carolyn Bennett a aussi réitéré sa confiance aux quatre commissaires restants mardi, et insisté sur le fait qu’il s’agit d’une « organisation indépendante » du gouvernement.

« Je pense que les inquiétudes [face à ces démissions] pourront améliorer [l’Enquête], j’espère, par une meilleure communication avec les victimes », a résumé la ministre.

Elle n’a pas l’intention pour l’instant de modifier son calendrier, et attend toujours un rapport préliminaire pour novembre. L’enquête doit toujours passer une semaine au Québec à partir du 27 novembre, à Maliotenam, près de Sept-Îles

Délais serrés

L’Enquête a officiellement pris forme en septembre dernier pour savoir pourquoi autant de femmes autochtones sont victimes de meurtre ou sont portées disparues au Canada.

Les responsables trouvent difficile d’accomplir cette mission d’ici à la date limite, prévue pour l’automne 2018.

Obtenir un local a pris presque six mois, alors que commander un simple ordinateur peut prendre jusqu’à quatre mois.

« Le système est tellement lourd », confie Michèle Audette, qui précise que le gouvernent a offert une « belle collaboration » lors du processus.

Les commissaires restants pourraient demander des délais supplémentaires au gouvernement pour effectuer leur mandat.