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La «libération» de Mossoul, de juin 2014 à aujourd'hui

La «libération» de Mossoul, de juin 2014 à aujourd'hui
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Le premier ministre de l’Irak Haïdar al-Abadi a annoncé lundi la victoire des troupes irakiennes sur les djihadistes du groupe État islamique (ÉI) à Mossoul. Retour sur un conflit qui a ravagé la deuxième ville en importance du pays.

JUIN 2014

Des centaines de soldats djihadistes s’emparent de Mossoul en 2014, après une série de combats menés entre le 4 et le 10 juin. À la suite de cette offensive éclair, le leader de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghadi, proclame le 28 juin un «califat» sur les territoires conquis en Irak et en Syrie. Quelques jours plus tard, le 5 juillet, il fait sa seule apparition publique filmée dans la mosquée Al-Nouri, au cœur de la vieille ville.

Cette conquête de l’ÉI a soulagé une bonne partie de la population de Mossoul, qui est d’origine sunnite. «Ce n’est pas qu’ils étaient eux-mêmes islamistes. Ils souhaitaient qu’il y ait une gouvernance plus transparente et l’État islamique leur a offert ça», explique le sociologue et professeur à l’UQAM, Rachad Antonius. L’État islamique a su garder le contrôle de la ville durant deux ans, entre autres parce qu’il donnait le pouvoir aux notables locaux, selon certaines restrictions, par exemple afficher seulement le drapeau de l'ÉI.

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La population sunnite de Mossoul se sentait en plus maltraitée par l’armée irakienne qui est majoritairement chiite à l’heure actuelle. «Quand l’État islamique s’est pointé à Mossoul, l’armée sentait qu’elle n’était pas en terres amicales. La population n’allait pas l’appuyer. C’est pour ça que l’armée a disparu immédiatement, elle s’est retirée sans se battre et elle a laissé tout le terrain à l’État islamique», ajoute l’expert en conflits au Proche-Orient. La population locale n’a donc pas soutenu le groupe terroriste par idéologie, mais par alliance politique pour lutter contre l’armée irakienne «qui ne se comportait pas comme une armée nationale, mais comme une armée chiite».

Si l’État islamique a donc rassuré la population sunnite de Mossoul, ce fut tout le contraire pour la population minoritaire chiite de la ville qui a subi des atrocités de la part du groupe terroriste.

 

17 OCTOBRE 2016

Les forces irakiennes lancent une offensive pour reprendre la ville de Mossoul des mains de l’ÉI. Le premier ministre Haïder al-Abadi a annoncé la tenue d’une telle attaque lors d’une allocution officielle livrée en pleine nuit à la télévision. Cette stratégie se préparait déjà depuis des mois, avec le soutien d’une coalition internationale antidjihadite composée de 60 pays et menée par les États-Unis. «La raison pour laquelle ça a pris tellement de temps [avant le début de l’offensive], c’est qu’une partie de la population n’avait pas confiance en l’armée centrale irakienne, même s’il n’aimait pas l’État islamique», indique Rachad Antonius. 

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8 MARS 2017

Le chef de l’ÉI, Abou Bakr al-Baghdadi, aurait quitté Mossoul durant les premiers mois de l’année 2017 alors que les troupes irakiennes se rapprochaient de plus en plus. Un responsable américain en a fait l’annonce le 8 mars dernier. Quelques mois plus tôt, en novembre 2016, le chef djihadiste avait donné un premier signe de vie en plus d’un an. Dans un message audio qu’il lui ait attribué, Abou Bakr al-Baghdadi appelle ses troupes à tenir tête aux combattants de la coalition internationale et de l’armée irakienne à Mossoul. Un porte-parole militaire avait alors estimé qu’il était en train de perdre le contrôle de son armée dans la région.

Image prise d'Abou Bakr al-Baghdadi à partir d'une vidéo de propagande diffusée le 5 juin 2014.
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Image prise d'Abou Bakr al-Baghdadi à partir d'une vidéo de propagande diffusée le 5 juin 2014.

 

9 JUILLET 2017

Le premier ministre irakien Haïdar al-Abadi déclare le 9 juillet la «victoire majeure» de ses combattants contre les djihadistes de l’ÉI dans la ville de Mossoul, maintenant «libérée». Les affrontements se sont tout de même poursuivis dimanche et lundi alors que les forces irakiennes s’efforçaient d’éliminer l’ultime poche de résistance dans la vieille ville. Qu’à cela ne tienne, Haïdar al-Abadi réitère ses propos le lundi 10 juillet, en proclamant la victoire sur «la brutalité et le terrorisme».

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L’offensive a donc été concluante, même si quelques combattants de l’ÉI se cachent encore aujourd’hui dans le vieux Mossoul. Il s’agit selon le pouvoir irakien de la plus importante victoire face au groupe terroriste, mais selon Rachad Antonius, «ce n’est pas clair pour beaucoup d’habitants que c’est une libération parce qu’ils ont peur d’être écrasés de nouveau par l’armée irakienne».

«Est-ce que le gouvernement va avoir appris de ses erreurs passées et va se dire : “faisons attention, assurons-nous de traiter les sunnites correctement pour les rallier à nous plutôt qu’à l’État islamique?», se demande M. Antonius. Selon lui, l’armée irakienne ne va pas nécessairement se comporter en armée d’occupation, mais il mentionne quand même qu’il s’agit de l’enjeu principal dans les prochains mois, voire les prochaines années.

Un autre défi attend aussi les troupes irakiennes. Ils devront sécuriser la ville, reconstruire les infrastructures et assurer le retour des habitants. «Ça ne va pas être évident. La déchirure causée par l’État islamique est extrêmement profonde et elle va durer des années», conclut-il.