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«Inapproprié et non sécuritaire» pour les patients en dialyse

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont est sommé de rénover ses vieilles roulottes

Maria Di Paolo, âgée de 44 ans, reçoit trois traitements de dialyse par semaine à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis sept ans.
Photo Hugo Duchaine Maria Di Paolo, âgée de 44 ans, reçoit trois traitements de dialyse par semaine à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis sept ans.

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Les patients en dialyse de l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont dénoncent devoir porter des tuques pour recevoir leurs traitements dans des roulottes glaciales avec des moisissures, un constat qu’a aussi fait le Protecteur du citoyen.

« Les gens sont en dialyse avec des tuques et des foulards [...] il y a de la moisissure sur les plafonds et le bas des murs, ça nous inquiète pour la qualité de l’air », déplore Maria Di Paolo, une patiente qui veut déménager rapidement dans le nouveau pavillon.

Dans un rapport publié mercredi, le Protecteur du citoyen réclame d’importantes rénovations à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont, qui traite ses patients dialysés dans un lieu « inapproprié et non sécuritaire ».

Maria Di Paolo, âgée de 44 ans, reçoit trois traitements de dialyse par semaine à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis sept ans.
Photo Hugo Duchaine
Maria Di Paolo, âgée de 44 ans, reçoit trois traitements de dialyse par semaine à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont depuis sept ans.

Des mouches

Il est catégorique : les services en dialyse ne peuvent être maintenus dans des roulottes jusqu’en janvier 2019. C’est seulement à cette date que les patients dialysés doivent déménager dans un nouvel édifice, après la mise en place progressive de roulottes depuis 1999.

Maria Di Paolo, âgée de 44 ans, y reçoit trois traitements par semaine depuis sept ans, après avoir survécu à un cancer du cerveau l’ayant plongé dans plusieurs comas, qui ont à leur tour endommagé le fonctionnement de ses reins.

Récemment, elle s’est aussi plainte parce que des mouches volaient constamment autour d’elle pendant les trois heures qu’elle passe confinée à son fauteuil durant le traitement, où son sang sort de son corps pour être nettoyé.

« Je suis allée à Cuba, dans un pays tropical et il n’y avait pas de mouches en dialyse. Elles nous passaient devant le visage, donc on bougeait, mais c’est extrêmement dangereux », dit Mme Di Paolo, ajoutant que le problème s’est depuis résorbé.

D’autres patients rencontrés sur place mercredi par Le Journal ont aussi déploré l’état des lieux, mais n’ont pas voulu s’identifier par crainte de subir des répercussions.

Maria Di Paolo dénonce l’état des roulottes, adjacentes au bâtiment, qu’elle a observé se dégrader au fil des années.
Photo Hugo Duchaine
Maria Di Paolo dénonce l’état des roulottes, adjacentes au bâtiment, qu’elle a observé se dégrader au fil des années.

Clientèle vulnérable

C’est à la suite de plaintes que le Protecteur du citoyen a effectué une visite surprise à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont en février dernier. Il a observé la dégradation évidente des lieux. Il a constaté « que le plancher est usé et gondolé et que des débris traînent à plusieurs endroits ».

Puis, il a noté des lacunes dans le nettoyage des paravents, utilisés pour isoler les patients dialysés.

Le Protecteur du citoyen précise que la clientèle, dont plus de la moitié a plus de 65 ans et déjà atteinte d’autres maladies, est vulnérable aux infections.

Couvertures

Enfin, même si des couvertures sont distribuées à volonté aux patients qui gèlent, il juge que davantage doit être fait pour assurer le confort des patients. Il ajoute que les quelques chaufferettes portatives ajoutées ne suffisent pas.

Mercredi, Le Journal a constaté que toutes les personnes en traitement dans les roulottes avaient une couverture sur elles à cause de la climatisation.

« Il y a un dilemme entre la personne qui travaille, qui bouge et qui a chaud, et les patients immobiles dont le sang sort du corps, c’est normal qu’on gèle », remarque Mme Di Paolo.

Elle déplore voir des employés diminuer le chauffage ou augmenter la climatisation.

Pour le président du Conseil de la protection des malades, Paul Brunet, il est inexplicable et indéfendable que les soins de dialyse soient offerts depuis 20 ans dans des roulottes.

« Les bureaux de l’administration de l’hôpital ne sont pas dans des roulottes eux », dénonce-t-il.

L’Hôpital promet des correctifs aux patients

Yvan Gendron, CIUSSS de l’Est-de-l’Ïle-de-Montréal
Photo courtoisie
Yvan Gendron, CIUSSS de l’Est-de-l’Ïle-de-Montréal

 

L’Hôpital Maisonneuve-Rosemont assure que des correctifs sont mis en œuvre pour améliorer les roulottes où sont offerts les traitements de dialyse, jusqu’au déménagement prévu en janvier 2019.

Le président-directeur général du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Yvan Gendron, demande la compréhension des patients pour passer un autre hiver dans les roulottes, à qui il promet un tout « autre monde » une fois le nouveau pavillon construit.

Difficile

« C’est difficile, on ne se le cachera pas, c’est un défi de maintenir des roulottes qui n’étaient pas prévues pour ça », reconnaît-il.

Depuis 1999, l’hôpital accueille en partie dans des roulottes la plus grande clientèle de patients dialysés sur un seul site au Québec.

Néanmoins, il assure que plusieurs travaux ont été réalisés au fil des ans et que d’autres modifications ont été faites à la suite de la visite du Protecteur du citoyen en février dernier.

Des tuiles du plafond sont souvent remplacées, des parties du toit ont été refaites et des systèmes pour récupérer l’eau ont été installés, souligne-t-il.

Les paravents pour isoler les patients sont soit changés, soit lavés automatiquement et plus de chauffage d’appoint sera aussi mis à la disposition des patients.

Il compte aussi rappeler au personnel sur place que le confort du patient a la priorité quant au chauffage et à la climatisation des lieux.

« La qualité du travail n’est pas remise en question par le Protecteur du citoyen », tient aussi à souligner M. Gendron.

53 millions $

En mars, le gouvernement a annoncé un investissement de 53 M$ pour la construction d’un nouveau pavillon, qui sera entièrement consacré aux services de dialyse.

Il sera constitué de 74 stations de traitement réparties sur trois étages.

Les travaux, qui commenceront cet été, doivent être terminés en décembre 2018 et les patients pourront déménager dans le nouvel endroit en janvier 2019, assure le CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal.