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Bon moment pour un nouveau défi

À sa seule saison complète avec le Canadien, Pierre Turgeon avait amassé 96 points.
Photo d’archives À sa seule saison complète avec le Canadien, Pierre Turgeon avait amassé 96 points.

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Pierre Turgeon a été surpris lorsque Luc Robitaille et Rob Blake ont communiqué avec lui pour lui proposer un poste spécialement créé pour lui avec les Kings de Los Angeles. Les deux nouveaux dirigeants des opérations hockey des Kings estimaient que son expertise en matière d’offensive pourrait servir la cause de leur équipe.

Robitaille et Blake avaient un titre en tête, celui de coordonnateur à l’attaque.

Comme au football.

Turgeon a discuté de la question avec son épouse Élisabeth, qui lui a simplement dit : « Pourquoi pas ? »

Les enfants volent de leurs propres ailes. Dominic, fils unique de la famille, a d’ailleurs aidé les Griffins de Grand Rapids, club-école des Red Wings de Detroit, à remporter la coupe Calder en juin.

Attaquant à caractère défensif, il a la confiance de son entraîneur Todd Nelson, qui a auditionné pour le poste d’entraîneur en chef des Coyotes de l’Arizona.

Dans ses cordes

Tout était clair dans l’esprit de Turgeon.

La proposition arrivait à point nommé et il se sentirait dans son élément.

« L’attaque, ça a été toute ma vie ! » lance-t-il au téléphone, depuis son domicile du Colorado.

Et comment !

Ses statistiques parlent d’elles-mêmes.

Turgeon a connu neuf saisons de 30 buts ou plus, dont une de 58, au cours de sa belle carrière de 19 saisons dans la Ligue nationale. Il a franchi le cap des 100 points à deux reprises, atteignant un sommet de 132 points avec les Islanders de New York lors de la campagne 1992-1993.

Aucun joueur du Canadien ne s’est approché de son total de 96 points réalisé à sa seule saison complète à Montréal, en 1995-1996. Le plus près a été Vincent Damphousse avec 81 points la saison suivante.

Système de jeu plus structuré

Cela dit, Turgeon est conscient que le hockey a changé énormément par rapport à l’époque où il jouait.

« Le hockey des années 1980 des Oilers d’Edmonton où on voyait des attaques en surnombre à trois contre deux ou deux contre un, c’est terminé depuis longtemps, dit-il.

« Dans le temps, les défenses n’étaient pas aussi bien structurées qu’aujourd’hui. Les gardiens jouaient avec des jambières en cuir larges de huit pouces. On voyait beaucoup d’ouverture dans le filet.

« De nos jours, les gardiens sont plus gros et plus mobiles. Ce sont des athlètes. Les équipes ont des systèmes de jeu plus structurés. On parle de systèmes 1-2-2, 2-3, 1-3-1. Les joueurs connaissent leur rôle.

« De plus, la technologie a évolué. À mon époque, il fallait deux ou trois heures pour monter une vidéo avec des bandes magnétiques. Maintenant, c’est une affaire de quelques secondes avec le numérique. »

Toujours des points à travailler

Turgeon ne revient pas dans la LNH avec la prétention qu’il peut tout changer. Il est d’accord aussi pour dire que le talent ne se transmet pas.

« Tu l’as ou tu l’as pas », convient-il.

Mais il pense que l’enseignement et l’étude du jeu peuvent produire des effets positifs.

« Je regarderai les matchs de la passerelle de presse, indique-t-il.

« De cette position, tu vois les choses différemment que derrière le banc. Dans le feu de l’action, certaines choses peuvent échapper à ton attention. À moins que tu aies des yeux tout le tour de la tête comme Wayne Gretzky en avait ! Il y a des points sur lesquels tu peux travailler. Tu étudies l’adversaire, tu t’ajustes en cours de route.

« Quand je jouais à Saint Louis, il arrivait souvent que Chris Pronger, Al MacInnis, Brett Hull, Pavol Demitra et moi (quel quintette !) discutions sur le banc après une présence sur la glace. On le faisait en tant que joueurs, mais les entraîneurs étaient moins structurés qu’aujourd’hui. »

Turgeon est visiblement heureux. Il est enthousiaste à l’idée d’entreprendre un nouveau chapitre de sa vie à l’automne.

« J’ai eu beaucoup de plaisir à passer du temps en famille depuis que je me suis retiré de la compétition, continue-t-il.

« J’ai fait du coaching dans les catégories bantam et midget. C’est un beau défi qui m’attend. Je me sens très à l’aise avec ça. »

Faits pour s’entendre

Luc Robitaille et Pierre Turgeon n’ont pas joué ensemble dans la Ligue nationale, mais ils se connaissent depuis des lustres.

Les deux ont joué une saison après l’autre avec le Montréal Bourassa, de la Ligue midget AAA, dans les années 1980.

En 1985-1986, ils ont fait équipe avec la formation canadienne junior aux championnats du monde à Piestany, qui faisait alors partie de la Tchécoslovaquie du régime communiste.

C’est à cette occasion que les joueurs canadiens et soviétiques s’étaient livrés à une sanglante bagarre générale, qui s’était poursuivie dans la noirceur.

Turgeon n’avait que 16 ans tandis que Robitaille était âgé de 19 ans.

Au fil des années, Turgeon a prêté son concours à des œuvres caritatives parrainées par Robitaille.

Du même moule

Connaissant les deux, ils sont faits pour s’entendre.

Les deux sont fabriqués du même moule. Le succès ne les a pas changés. Ils sont toujours d’une grande gentillesse et accessibles.

La personnalité de Robitaille et des membres de son personnel hockey a pesé dans la décision de Turgeon de se joindre à l’organisation des Kings.

« Rob Blake et lui sont des gens de première classe, dit Turgeon.

« Luc est devenu un homme d’affaires, mais il reste proche des gens de son entourage. L’entraîneur en chef John Stevens et ses adjoints Dave Lowry et Bill Ranford sont aussi de commerce agréable. Ça m’a beaucoup influencé dans ma décision. »

Turgeon avait reçu des offres pour travailler au niveau junior ou professionnel avant que Robitaille ne sonde son intérêt.

Joe Sakic avec qui il a une bonne relation avait discuté avec lui, mais le moment ne s’y prêtait pas.

Turgeon se rendra à Los Angeles avec son épouse prochainement afin de trouver un logis. Mais le couple conserve sa maison du Colorado, qui demeure le lieu de rassemblement de la famille.