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Punk Fu Zombie : l’excellence du douteux

Punk Fu Zombie : l’excellence du douteux
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

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Hochelaga est ravagée par une invasion de zombies en 2048, conséquence de la guerre thermo-nucléaire qui a suivi l’indépendance du Québec en 2028. Avec Punk Fu Zombie, Gabriel Claveau présente au festival Fantasia un film à faire rougir les plus rocambolesques des nanars.

Au cœur du quartier Centre-Sud se niche une singulière institution. En passant la porte à ressorts du Musée de l’Absurde, on pénètre dans un amoncellement innommable de figurines insolites, de pénis en tous genres, ou encore d’installations pour le moins surprenantes. Gageons que la mairesse de Québec Andrée Boucher n’aurait jamais pu deviner que son visage serait un jour collé sur une poupée gonflable d’homme nu.

Le réalisateur Gabriel Claveau s’est lové dans un divan qui trône au centre d’une pièce dont les murs et les plafonds ressemblent à un immense scrapbook fait d’un collage du contenu le plus étrange de toutes sortes de magazines québécois. Un environnement singulier qui sied à merveille à ce cinéaste tout aussi original, dont le film raconte l’histoire des invraisemblables perturbations ayant suivi l’indépendance du Québec en 2028.

Gabriel Claveau propose sans complexe un film qui met en scène des hommes-rats, des ninjas et des zombies, qu’affronte un héritier formé au kung fu qui se retrouve au centre d’une mystérieuse prophétie. «Notre film ne se veut pas un hommage au nanar en soi, c’est juste que le nanar a façonné notre background culturel», précise-t-il.

Punk Fu Zombie : l’excellence du douteux
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

 

Nanar quoi?

Avant de poursuivre notre incursion dans cette formidable sous-culture cinématographique, autant en comprendre les fondements. Si le nanar était Dr Jekyll., le navet serait son Mr Hyde : tous deux sont essentiellement de mauvais films, mais le premier réussit à faire rire, alors que le second est ennuyeux en plus d’être médiocre. Avec son faux doublage, ses plans chancelants et ses personnages loufoques, Punk Fu Zombie est le véritable héritier de la tradition du nanar.

«Ce sont des films qui ont été faits en toute sincérité, mais dont le résultat final n’est absolument pas à la hauteur. Ce sont souvent des films qui vieillissent comme un bon vin, et on finit par apprécier leurs effets spéciaux en caoutchouc et le mauvais jeu des acteurs», explique au bout du fil Ariel Esteban Cayer, programmateur du festival Fantasia. Ce dernier a d’ailleurs inclus un volet dédié aux films d’action turcs des années 1980 dans l’édition de cette année.

Ce sont justement les décennies du VHS qui ont mené à une véritable culture du nanar. Les amateurs de films fantastiques, d’action ou de science-fiction ont tous fini par se faire duper par une cassette à la couverture attrayante, pour tomber sur le genre d’œuvre faite de bouts de ficelle et de sang en ketchup dont les affiches tapissent le Musée de l’Absurde.

«Finalement, ces œuvres ont fini par plaire aux cinéphiles! Quand tu regardes beaucoup de films, les propositions excellentes te provoquent, mais il y a une immensité du cinéma qui est bonne à mesure égale. Une fois que la technique est bien reproduite, il y a un intérêt qui se perd, croit Ariel Esteban Cayer. Le nanar te sort de ta zone de confort et plaît beaucoup aux grands cinéphiles, parce qu’il est tellement mal fait, tellement inadéquat, qu’il te force à essayer de comprendre ce qui ne fonctionne pas, d’analyser le film dans son ensemble. La dissonance qui s’en dégage devient l’intérêt central.»

Aujourd’hui, ces nanars réunissent donc une fervente communauté d’amateurs du 7e art. «C’est le genre de films que tu dois absolument écouter en gang. C’est l’énergie du public qui crée le buzz. Douteux.org [l’organisme derrière le Musée de l’Absurde, ndlr] organise des projections de nanars et les gens crient et lancent des choses sur l’écran. C’est très festif!», relate Gabriel Claveau.

À travers ces excellents flops, comme The Room ou Birdemic : Shock and Terror, le cinéma retrouve donc de manière inattendue le rôle de convecteur social qu’il pouvait jouer dans la première moitié du XXe siècle, notamment lors des double bill américains où les gens entraient et sortaient à leur guise tout en riant et en participant à l’action présentée sur les écrans géants.

«Le nanar est le summum de l’interaction. Ces films-là te donnent la liberté de te lâcher lousse et de les écouter avec un enthousiasme qu’on garde généralement pour soi lorsqu’on est pris dans les conventions des salles traditionnelles», explique Ariel Esteban Cayer.

Avec son histoire centrée sur une indépendance future du Québec, construite de manière à ne laisser filtrer aucun temps mort et bonifiée de créatures fantastiques, Punk Fu Zombie a été taillé sur mesure pour Fantasia, et incidemment pour ce public nanardesque. «Il y a par contre des puristes du nanar, qui pensent qu’un vrai nanar ne peut être un film conçu pour le devenir, mais je pense qu’on trouve beaucoup de plaisir avec cette approche nostalgique du genre», nuance Ariel Esteban Cayer.

Punk Fu Zombie : l’excellence du douteux
Photo Agence QMI, Sébastien St-Jean

 

Nanar 2.0

Comble de l’ironie, c’est la technologie moderne qui a permis à cette génération branchée sur l’analogue de recréer son esthétique préférée.

«Notre film n’aurait pas pu se faire il y a 10 ans! Le faible coût des caméras, la puissance des ordis pour le montage HD et les réseaux sociaux nous ont permis de tout boucler avec seulement 5000$», relate Gabriel Claveau.

Le cinéaste espère d’ailleurs que son film réussira à amorcer une nouvelle vague de cinéma québécois alternatif, un véritable Hochelywood qui ramènerait au premier plan le cinéma d’exploitation, disparu selon lui au Québec depuis le marquant Valérie de Denis Héroux. «On veut créer quelque chose de fort, de culturel, qui pourrait donner envie aux amateurs de faire du cinéma et de s’épanouir en-dehors des réseaux de distribution traditionnels», explique Gabriel Claveau.

Comme aurait dit de Gaulle : vive le nanar libre!

  • Punk Fu Zombie sera présenté le 18 juillet au festival Fantasia.