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Il faut suivre Jeanne

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Photo courtoisie L’autre Jeanne
Marie Larocque
VLB éditeur 242 pages, 2017

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Jeanne, c’est tout un personnage : délurée, cinglante, allumée, attachante. Avec une famille à la Tremblay, faite d’excès et de limites, impossible à vivre et impossible à oublier.

Jeanne est l’alter ego de l’auteure Marie Larocque, qui lui consacre un deuxième roman. Il se déroule en 1988 – avant internet et les réseaux sociaux, avant la chute du mur de Berlin. Mais nul besoin d’avoir lu Jeanne chez les autres, qui racontait l’enfance de la jeune fille, pour s’y retrouver : dès les premières pages de L’autre Jeanne, on est embarqués !

Et on s’y retrouvera d’autant mieux que Jeanne, du haut de ses 18 ans tout neufs, fraîchement sortie du centre d’accueil, a décidé d’envoyer à un éditeur un manuscrit qui a pour titre Marie chez les autres : le livre dans le livre, comme des poupées russes !

Pour le moment, sa famille ignore tout de ce récit autobiographique. Élizabeth, la mère de Jeanne, est plutôt à préparer un souper de fête pour sa fille qui devient adulte. Cigarettes pas loin, elle cuisine devant son Jehane Benoît bien ouvert en chantonnant sur Le temps des fleurs et du Ginette Reno qui jouent à la radio. Ses autres filles débarquent, ma tante Georgette aussi..., mais toujours pas de Jeanne. Surprise oblige, maman n’avait pas prévenu sa fille ! Occasion de rencontre ratée, encore une fois.

Tout le roman balancera ainsi entre Jeanne qui veut vivre sa vie et sa drôle de famille qui en attend des nouvelles. Au sens premier, puisque Jeanne s’est finalement envolée : 159 $ aller simple pour Paris, disait l’annonce dans la vitrine d’une agence de voyages. Une condition : partir le lendemain.

Vingt-quatre heures plus tard, la voilà dans l’avion. L’Europe l’attend. Pour le retour, on verra bien. En attendant, « je vais être libre comme un petit moineau pis écrire un autre livre. Juste pour le kick, juste pour continuer à mélanger ma vraie vie avec celle que je m’invente ». Toujours les poupées russes !

Jeanne, évidemment, vivra bien des péripéties, décrites à sa manière dans le journal qu’elle tient, intercalé entre les chapitres du roman. On est donc à la fois dans la tête de Jeanne et à observer de l’extérieur cette drôle de fille qui se met dans des situations pas possibles, mais qui se fie à son instinct, de Paris à Amsterdam, en passant par San Sebastian, Lausanne, Berlin...

Parallèlement, la vie continue à Montréal. L’une de ses sœurs va avoir un bébé, son père, joueur pathologique, disparaîtra dans la nature, et sa mère recevra le manuscrit de Jeanne qu’un éditeur approché vient de retourner. Hein ? Qu’en faire ? Peut-elle même le lire ? Georgette, viens-t’en à l’Oratoire pour y voir plus clair !...

Quel roman truculent ! Quelle leçon de liberté aussi, celle à laquelle l’auteure Marie Larocque est farouchement attachée­­­, éternelle nomade, même en ayant cinq enfants. En mêlant un peu d’invention à beaucoup de vraie vie, c’est une œuvre jouissive que Larocque est à bâtir : il faut mordre dedans.