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Se dédoubler, rêve ou cauchemar?

Patrice Leconte
Photo courtoisie, Alize Lutran

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L’écrivain et réalisateur français Patrice Leconte a imaginé qu’un homme avait reçu en héritage l’usage d’un gadget pour se dédoubler dans son nouveau roman plein de finesse et d’humour, Louis et l’Ubiq. Louis, un homme oisif et très paisible, expérimente donc une double vie extraordinaire en se « téléportant » à gauche et à droite grâce à ce merveilleux petit accessoire. Mais finalement... est-ce un objet de rêve ou de cauchemar ?

Louis, un homme qui ne sait pas trop quoi faire de ses journées, reçoit en héritage un étrange boîtier lors du décès de son père. Le petit gadget, à porter sur l’avant-bras, vous transporte ailleurs quand on appuie sur un petit bouton. Louis, ravi, expérimente les possibilités de l’Ubiq en se dédoublant, d’abord prudemment, puis de manière de plus en plus audacieuse.

Après les petits vols dans les magasins et les soirées gratuites au théâtre, il recommence à s’ennuyer et décide de faire la fête, de tromper sa femme et de balancer sa vie « pépère » au profit d’un quotidien débridé. Mais jusqu’où peut-il aller, en devenant le contraire de lui-même ?

Divertissant

Patrice Leconte, en toute sincérité, s’est vraiment diverti en imaginant les péripéties de Louis et son double, un roman excellent, très divertissant, qui respire merveilleusement bien. « Je suis un peu actif, dans ma vie, et de temps en temps, je dis: comment je peux arriver à être ici et là à la fois. Je vais pas y arriver... il faut que je coure partout. Je suis un petit peu “speedé”, parfois. Cette possibilité d’ubiquité a toujours été dans un coin de mon crâne, de mon disque dur, en me disant : ce serait merveilleux si on pouvait être en deux endroits à la fois ! Et ça m’a fait rêver, depuis longtemps.

<i>Louis et l’Ubiq</i></br>
Éditions Arthaud, 160 pages.
Photo courtoisie, Editions Flammarion
Louis et l’Ubiq
Éditions Arthaud, 160 pages.

« C’est comme le rêve de pouvoir lire dans les pensées des gens, de pouvoir être invisible, de pouvoir voler... Tous ces machins qui n’existent pas dans notre vraie vie, mais dont on se dit: tiens, si ça m’arrivait, ça ne serait pas mal ! » ajoute-t-il.

Paradoxe

Il ne détesterait pas avoir ce don. Mais pour écrire le roman, il s’est dit que ça serait rigolo que cette possibilité d’ubiquité tombe sur les épaules d’un type qui n’est pas du tout actif et qui a du mal à occuper ses propres journées. « Ça tombe entre les mains de quelqu’un qui n’a rien à faire de l’ubiquité, un paradoxe assez marrant qui nous renvoyait à la petite morale de cette histoire, qui est : et si vous, moi, et nous tous, on arrivait à se satisfaire de la vie qu’on a sans essayer de penser qu’à côté, l’herbe est plus verte ? »

Et cela, il le pense vraiment. « De rêver en permanence qu’une autre vie serait meilleure n’est pas une chose positive. Je préfère l’idée que l’on se contente, avec plaisir et bonheur et gaîté, de la vie que l’on a. »

Et puis Patrice Leconte pose la « question à 100 piastres » : « Vous auriez cet appareil, vous en feriez quoi ? ». Il commente. « Vous pourriez vous amuser avec ce truc pour 10 ou 15 jours, et ensuite vous dire : mais qu’est-ce que je fais avec ce truc pour être à la fois au cinéma et avec mon compagnon ? Très vite, vous diriez : c’est tellement con, ce truc ! Je pense au fond de moi-même – heureusement il n’existe pas – qu’un tel objet est un cadeau empoisonné. »


►Patrice Leconte est réalisateur et écrivain.

►Il adore le Québec et apprécie l’amitié des Québécois. « Chaque fois que je vais à Montréal, je sens quelque chose de plus ouvert, de plus amical. Nous, les Parisiens, on vit avec les bras fermés et vous, les Québécois, vous vivez avec les bras ouverts ! » Alors dès qu’on l’invite, il saute dans le premier avion !

►Il réfléchit à l’idée d’en faire une adaptation cinématographique avec un acteur qu’il adore.

►Il prépare deux films (dont le dernier film d’Alain Delon), fait une mise en scène de théâtre et réfléchit à son prochain roman.

Extrait

« En fait, la seule péripétie qui, par son inattendue extravagance, lui avait paru être à la hauteur des possibilités de son appareil était l’enterrement connexe de son père et celui de la vie de garçon de son copain Benoît, situation qui l’avait poussé dans les bras de la jeune Hortense, dont il avait joui sans retenue ni mauvaise conscience. Autrement dit, puisque l’Ubiq ne lui était d’aucune utilité pour harmoniser un emploi du temps affligeant de platitude, qu’il avait fini par se lasser de ses vols dans les magasins, et qu’il ne voulait tuer personne, il ne lui restait qu’une seule perspective envisageable : forniquer. »

- Patrice Leconte, Louis et l’Ubiq, Éditions Arthaud