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Le Québec est un paradis des centres de données

Déjà plus d’une quarantaine de ces installations ont été érigées

GEN-4 DEGRÉS CENTRES DE DONNÉES
Photo d’archives, Agence QMI, Sébastien St-Jean Vidéotron a investi près de 40 millions $ dans le centre 4Degrés de Montréal. L’édifice de 4000 m2 est une des plus grandes salles de serveurs au Québec.

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Jamais le Québec n’a été si séduisant pour les géants du web, qui se battent désormais pour avoir leur centre de données ici, une guerre de titans qui a des retombées économiques de plusieurs centaines de millions de dollars.

« Il y a un buzz autour de Montréal, une véritable effervescence », note Marc-Antoine Pouliot, porte-parole d’Hydro-Québec, qui a lancé, l’été dernier, une offensive pour attirer des entreprises américaines à venir s’installer ici.

Hydro-Québec ne s’en cache pas, elle veut mettre la main sur les 20 G$ d’investissements prévus en Amérique du Nord au cours des trois prochaines années. Aux États-Unis, les centres de données consomment 2 % de l’énergie totale.

D’ici 2020, Hydro-Québec prévoit que l’ensemble de la consommation des centres de données va exploser à 350 mégawatts, soit l’équivalent d’une petite aluminerie.

Pas question pour l’instant pour Hydro-Québec de concurrencer les centres de données existants avec leurs propres installations. La société d’État se contente de leur fournir de l’électricité, a précisé M. Pouliot d’Hydro-Québec.

Le principal centre de données informatiques d’Hydro-Québec, situé à Drummondville, devait être, au départ, un centre de relève en cas de panne.

Seulement l’État de la Virginie, avec ses agences gouvernementales et son immense réseau de télécommunications, détrône Montréal. La métropole québécoise vient en deuxième. Arrivent ensuite New York et New Jersey, Dallas, Phoenix, Chicago et Houston.

Géant européen

Le Québec pourrait toutefois bien rattraper sa sœur américaine bientôt. Pour preuve, au cours de la dernière année seulement, pas moins de cinq centres de données sont entrés en service (voir tableau) et trois autres majeurs ont été annoncés.

Mais certains n’attendent pas d’être courtisés par la société d’État pour s’installer au Québec.

C’est le cas d’OVH. Cédric Combey, vice-président Ventes OVH Canada, est fier d’avoir récemment investi plus de 40 M$ dans son centre de données ces cinq dernières années.

« En 2012, nous étions une seule personne. Aujourd’hui, nous sommes 200 ! Et nous cherchons désespérément des employés qualifiés. C’est l’enfer puisque nous courrons tous après la même ressource... », a-t-il partagé.

Le VP d’OVH trouve extrêmement compliqué de trouver la main-d’œuvre spécialisée, du fait de la redoutable concurrence. « J’ai 20 postes d’ouverts en ce moment, certains le sont depuis plus de six mois », a-t-il dit.

Du sang neuf

L’engouement pour les centres de données n’attire pas que des géants technologiques, certaines entreprises naissent de ce bouillonnement d’activité.

En juin dernier, la Caisse de dépôt et placement du Québec et le groupe immobilier Canderel ont investi plus de 80 M$ dans une nouvelle société appelée eStruxture offrant des solutions de centres de données infonuagiques.

Les 10 plus grands centres de données du Québec sur les 43 existants

  1. Ericsson
  2. 4Degrés
  3. Colo-D
  4. Root
  5. Inap (iWeb)
  6. Cogeco
  7. TATA Communications
  8. OVH
  9. IBM
  10. Hypertec

Centres de données entrés en service dans la dernière année

  • Root (Baie-D’Urfé) 25 M$ (2016)
  • 4Degrés (Montréal)  80 M$ (2016-2017)
  • Colo-D (Longueuil) 100 M$ (2015)
  • Urbacon (Montréal) 70 M$ (2015)
  • Cogeco (Kirkland, notamment) 100 M$ (2015)

L’hydroélectricité pour appâter les multinationales

Le Québec a un argument de taille pour attirer les multinationales technologiques énergivores chez lui : l’électricité verte à bas prix.

« L’accès à de l’énergie propre et renouvelable nous a fait pencher pour Montréal », a dit au Journal Eric Gales, le directeur d’Amazon Web Services.

Hydro-Québec sait bien que son produit est hautement recherché par les entreprises de plus en plus soucieuses de leur image environnementale.

« Les Américains ne nous croient pas quand on leur dit à quel point nos tarifs d’électricité sont bas. Ils sont si sceptiques qu’on doit même leur démontrer qu’on est sérieux ! » dit Marc-Antoine Pouliot, porte-parole d’Hydro-Québec.

M. Pouliot se réjouit du bilan de la dernière année, où Amazon et Google ont décidé d’adopter le Québec pour leur centre de données. Il constate que l’énergie propre d’ici a la cote auprès des gens d’affaires de la côte ouest des États-Unis. « Pourvu qu’ils nous connaissent », ajoute-t-il.

L’hiver québécois

Le climat québécois est aussi un énorme atout, rappelle Maxime Guévin, directeur général de 4Degrés, un centre de données de Québec.

« Les centres de données sont très énergivores. Or, le climat joue ici en notre faveur et nous aide à maintenir nos serveurs à 21º », explique-t-il.

M. Guévin cite aussi en exemple le bon climat économique qui règne ici, conférant un avantage sécuritaire. « Nous sommes plus à l’abri d’éventuelles attaques », a-t-il ajouté.

Sécurité des données

Mais les faibles coûts de l’électricité et le climat idéal ne sont pas les seuls éléments qui font pencher la balance en faveur du Québec, selon François Labrie, qui enseigne le Big Data à l’École des dirigeants des HEC.

« Aux États-Unis, l’existence du Patriot Act pousse les entrepri­ses canadiennes à ne pas oser y envoyer leurs données puisqu’elles deviennent la propriété du gouvernement américain », soutient le CEO et fondateur d’AI Outcome.

Pour M. Labrie, le talent québécois en intelligence artificielle a aussi son effet d’attraction sur les Google, Amazon et Microsoft. La réputation mondiale de Montréal ne cesse de créer un effet d’entraînement.

L’Institut de valorisation des données (IVADO), la présence du chercheur Yoshua Bengio, une sommité internationale dans le domaine, ou les Element AI piquent la curiosité des multinationales, qui savent maintenant que le Québec existe.