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Un hipster sikh au NPD

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On n’a pas fini d’en entendre parler. Il ne passe pas inaperçu avec sa barbe de hipster et ses couvre-chefs qui vont du bleu piscine au rose fluo. Il dessine ses costumes veston-cravate, qui sont ensuite confectionnés sur mesure.

Des magazines BCBG le classent parmi les hommes les mieux habillés au Canada.

On va aussi débattre de ce qu’il ne montre pas : son kirpan, ce poignard cérémonial sikh porté sous la veste et ses longs cheveux, jamais coupés, qu’il porte sous un turban de cinq mètres de tissu.

Jagmeet Singh, c’est son nom, est un sikh pratiquant. Il veut devenir chef du NPD.

Fiche signalétique

Il est né à Scarborough, dans la région de Toronto et il a grandi à Terre-Neuve.

Il a 38 ans, il est marié. Avocat, il représente le comté provincial de Brama­lea–Gore–Malton depuis 2011.

Son père est psychiatre et sa mère, professeure.

Jagmeet parle cinq langues, dont le français – très bien – et pratique les arts martiaux mixtes (sans turban).

Ses chances de devenir le prochain chef du NPD sont excellentes. Mais le Québec, où les membres du parti craignent que sa victoire n’anéantisse le rêve d’une nouvelle vague orange, pourrait lui barrer la route.

Selon un récent sondage Angus Reid, seulement 36 % des Québécois voteraient pour un parti dont le leader politique masculin se couvre la tête.

Transparence !

Je préfère un politicien qui affiche ses couleurs. Les électeurs savent exactement ce qu’ils achètent.

Et puis, être croyant ne veut pas dire vivre au Moyen-Âge. Jagmeet Singh est socialement progressif, contrairement au chef conservateur Andrew Scheer, un catholique intégriste.

Contrairement à Scheer, Singh s’affiche en faveur des droits LGBTQ, il est protoilettes transgenres, proavortement, etc.

Il augmenterait les impôts des riches et des entreprises pour redistribuer l’argent aux pauvres, ce qui devrait plaire aux Québécois.

On connaît peu le sikhisme, la cinquième religion au monde. Certains adhérents mènent un combat politique pour la création d’un État sikh indépendant, le Khalistan, au Pendjab. En 1985, des indépendantistes sikhs extrémistes ont fait exploser un 747 d’Air India près des côtes de l’Irlande. mais le sikhisme n’est pas une religion violente.

Étonnamment, le sikhisme repose sur l’égalité des sexes. Les femmes dirigent la prière et effectuent les rites comme les hommes. Rien n’est parfait, mais il n’y a pas de polygamie, de prosélytisme ou de jeûne. Pas de mutilations ou d’obsession maladive avec le corps. Pas de clergé.

Certains sikhs sont plus conservateurs que d’autres, voire fanatiques, un phénomène commun à toutes les religions.

Il va falloir un jour ou l’autre accepter qu’afficher sa foi n’est pas toujours un refus d’intégration. En ce qui me concerne, le débat sur le hijab (pas le niqab, une plaie sociale) est terminé. Je n’aime pas les signes qui officialisent un contrôle du corps des femmes, mais si elles le portent librement, c’est leur affaire.

Ce ne sont pas tant les symboles religieux ostentatoires qui m’interpellent, mais les messages qu’ils véhiculent en rapport avec nos valeurs.

S’opposer au multiculturalisme canadien ne signifie pas rejeter la composition multiethnique de la société.

À moins de vouloir vivre dans un Québec où tout le monde est Blanc, athée, unilingue français, de souche et mange du pain Gadouas avec de la margarine.