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Il a traversé la réserve faunique La Vérendrye plus de 8000 fois

arthur carrier
David Prince Arthur Carrier est toujours camionneur, même à l’âge de 87 ans. Aujourd’hui, son poids lourd a fait place à une fourgonnette.

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LA SARRE | La Deuxième Guerre mondiale n’était pas terminée lorsqu’Arthur Carrier a transporté son premier voyage de bois en Abitibi. Depuis, il n’a pratiquement plus cessé d’être camionneur.

Âgé de 87 ans, M. Carrier transporte encore chaque semaine des fruits et des légumes entre Montréal et La Sarre. Son poids lourd a fait place à une fourgonnette, mais ça ne l’empêche pas d’avoir un plaisir fou.

« C’est le plus beau métier du monde ! Tu parles à ton patron avant de partir, mais une fois que tu es assis dans le camion, c’est toi qui décides et tu fais ton travail du mieux que tu peux. Tant que je serai encore en forme, je ne vois pas pourquoi j’arrêterais. J’espère bien faire ça au moins jusqu’à 90 ans », a dit celui dont deux des cinq enfants ont pris leur retraite avant leur père.

Il triche sur son âge

En 1944, à l’âge de 14 ans, Arthur Carrier avait tellement le goût de conduire un camion qu’il s’est vieilli de trois ans pour avoir le droit de commencer. L’âge légal était alors de 20 ans, mais avec la signature de quelqu’un, on pouvait avoir son permis à 17 ans. À La Sarre, dans les années 1940, il y avait très peu de vérifications.

« Mon père ne voulait pas signer. Il disait que j’étais trop jeune. C’est le père de mon patron qui a accepté de le faire, trois ans avant que j’aie l’âge légal. Ça faisait déjà deux ans que j’étais helper et il avait besoin d’un chauffeur », se souvient M. Carrier.

8000 fois dans le parc

Arthur Carrier trouve les camionneurs d’aujourd’hui très gâtés avec l’air conditionné et l’automatisation du chargement des camions. Dans ses premières années de travail, il devait remplir à la main son camion de bois. « On dit qu’on était camionneur, mais c’était beaucoup plus long de charger le camion que de le conduire entre Beaucanton et La Sarre », se souvient-il.

À partir de 1955 et pour une trentaine d’années, il a fait l’aller-retour entre La Sarre et Montréal ou Toronto trois fois par semaine. Il a dû franchir la Réserve faunique La Vérendrye plus de 8000 fois.

« Au début, la route n’était pas asphaltée. On pouvait faire plusieurs crevaisons par voyage. Il fallait être débrouillard », raconte-t-il.

Lorsque son épouse a reçu un diagnostic d’Alzheimer, il a cessé de faire du transport longue distance pour être auprès d’elle. Il travaillait de nuit en Abitibi et prenait soin de sa femme le jour. Celle-ci est décédée en 2015 et habitait toujours la maison familiale.

Malgré tout, M. Carrier a travaillé à plein temps jusqu’à l’âge de 79 ans. Depuis, il fait des petits contrats.

Carole Filiatreault ne voudrait confier le transport de ses fruits et légumes à personne d’autre que M. Carrier. « Il est tellement consciencieux. Des fraises ou des bleuets, c’est très fragile, mais avec lui, j’ai vraiment confiance », a-t-elle dit.

Depuis le décès de son épouse, il voit son travail comme une façon de passer le temps.

« Je suis vraiment mieux derrière un volant qu’assis devant ma télévision. Je connais tout le monde le long du trajet. Je ne serais pas capable de jaser au Tim Hortons pendant des heures comme d’autres le font », a-t-il dit.

D’ailleurs, ses plus beaux souvenirs demeurent les gens qu’il a rencontrés dans le cadre de son travail.

Testé chaque année

Depuis qu’il a 75 ans, M. Carrier doit passer un examen de conduite chaque année pour avoir le droit de conduire des poids lourds. Il n’a jamais eu de difficulté à le passer, selon lui.

« Pour moi, un camion, c’est la plus belle aventure de ma vie. Je ne serais pas capable de ne plus conduire », dit-il.

Ses réflexes ont sauvé trois vies

Arthur Carrier pose fièrement devant un camion de bois en longueur dans les années 1970, quelque part en Abitibi.
Photo courtoisie
Arthur Carrier pose fièrement devant un camion de bois en longueur dans les années 1970, quelque part en Abitibi.

LA SARRE | En 73 ans de carrière comme camionneur, Arthur Carrier n’a jamais été impliqué dans un accident grave.

Il se souvient cependant d’avoir versé une fois avec son camion sur un chemin au nord de La Sarre, mais il a sans doute ainsi sauvé trois vies.

« C’était dans une courbe et une camionnette s’en venait dans ma voie. J’ai donné un coup de volant pour l’éviter. Le policier m’a dit que si je n’avais pas fait ça, les trois personnes ne seraient sans doute plus de ce monde », a dit celui qui a repris le volant dès le lendemain.

Selon lui, le fait qu’il n’ait jamais blessé un autre automobiliste est une des raisons pour lesquelles il fait encore ce métier. « J’ai des collègues qui ont été impliqués dans des accidents et c’est très difficile à oublier. Moi, je n’ai jamais connu ça et je suis bien chanceux », a-t-il dit.

Concentration

Le chauffeur émérite est très critique envers certains conducteurs d’aujourd’hui qui manquent de concentration. Il a toujours considéré son volant et son camion comme une arme qui peut tuer si on ne fait pas attention.

Selon lui, la route n’est pas plus dangereuse aujourd’hui que dans les années 1970 ou 1980, à l’exception des jeunes qui utilisent leur cellulaire au volant.

Arthur Carrier affirme n’avoir jamais pensé à prendre sa retraite. Pour lui, le travail est une façon de se sentir utile à la société.

« J’ai pris des vacances et on s’est amusé. Mais il n’y a rien comme le sentiment de faire quelque chose d’utile. »