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Une astronaute dans l’orbite royale

brulotte
Photo courtoisie

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La nomination de Julie Payette au poste de gouverneure générale a généré son lot de commentaires qui démontrent que bien des gens sont mal renseignés sur le rôle de la royauté au Canada.

Or, avant de condamner ou d’approuver quelque chose, mieux vaut savoir pourquoi, non ?

Certains croient, par exemple, que la reine intervient dans nos affaires ou que nous envoyons de l’argent à Buckingham Palace pour contribuer à son train de vie. Faux.

Nous payons certaines dépenses liées aux visites royales, comme pour tous les chefs d’État étrangers, ainsi que les frais liés aux fonctions de lieutenant gouverneur et de gouverneur général. La famille royale coûte 25 % moins cher aux Canadiens que Téléfilm Canada.

Le problème n’est pas là.

Gifle historique

Plusieurs ressentent dans leurs tripes les douleurs de la Conquête chaque fois qu’est évoqué le lien royal entre le Canada et le Royaume-Uni qui les ramène à un statut colonial, aujourd’hui aboli, mais qui a fait si mal aux Canadiens français. Ils ont raison.

D’autres, tant au Québec qu’au Canada anglais, acceptent mal que le chef de l’État soit un monarque étranger non élu dont le seul mérite est d’avoir gagné à Loto-hérédité. Je les respecte.

Un jour, le Canada va s’en affranchir, mais pour y arriver, il devra abandonner un système en place depuis Samuel de Champlain, premier représentant royal en Amérique. Il devra oublier de se souvenir.

Les indépendantistes qui rêvent d’un Québec républicain calqué sur le modèle français oublient aussi qu’il nous est étranger.

En théorie, le républicanisme repose sur la souveraineté du peuple et la non-domination. Il prévaut dans le monde, mais s’appeler « république » ne garantit pas la démocratie. Pensons à la Chine.

Par contre, la plupart des 35 monarchies qui existent dans le monde règnent sur des États profondément démocratiques, ayant transféré leurs pouvoirs, devenus symboliques, à une assemblée élue. Elles ne gouvernent pas, mais apportent stabilité et continuité.

Le meilleur des mondes

Aucun système n’est parfait, mais quand on veut me convaincre de la désuétude de la monarchie, j’aime rappeler que 11 des 20 pays les plus avancés sont des monarchies constitutionnelles : l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Canada, la Suède, le Danemark, la Norvège, les Pays-Bas, la Belgique, l’Espagne, le Royaume-Uni et le Japon.

La Couronne, personnifiée par le monarque, se compare en ce sens au drapeau. Des symboles forts dont la puissance rassembleuse dépasse le pouvoir destructeur de l’extrémisme.

On ne dira jamais assez souvent que c’est l’ex-roi d’Espagne, Juan Carlos, qui, de par sa neutralité politique et son autorité morale, a sauvé son pays du retour de la dictature en 1981.

Excepté Elizabeth II, une femme admirable qui a consacré sa vie aux Britanniques qui l’adorent, « notre » famille royale a perdu beaucoup de son vernis. Le ver introduit dans la pomme par le prince Charles aura peut-être raison de l’arbre généalogique des Windsor, mais la monarchie constitutionnelle en sol britannique, du moins, a survécu à huit siècles et à deux révolutions.

Julie Payette va vivre une aventure singulière et elle nous fera honneur. Elle connaît les hautes sphères, mais elle saura garder les pieds sur terre. Bravo !