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Travail saisonnier : une autre façon d’envisager sa carrière

Cropped hands of man and woman holding apple basket at vineyard
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Audrey Neveu - 37e AVENUE

 

Depuis cinq ans, Freda Pelletier vit une vie de « nomade ». Dès mai, elle s’envole vers l’Ouest canadien ou la Gaspésie pour y planter des arbres pendant l’été, et ensuite pour récolter les pommes, à l’automne. Comme bien d’autres travailleurs saisonniers, elle a choisi ce mode de vie particulier, exigeant, qui procure cependant beaucoup de liberté.

« On peut ramasser 15 000 $ en une saison, parfois 20 000 $. C’est assez paradisiaque. Le reste de l’année, je le vis en totale liberté. Suivre les saisons, c’était un mode de vie différent, avec un côté inconstant, qui m’attirait », explique la native de Montréal, qui réussit à mettre beaucoup d’argent de côté. Le reste de l’année, la jeune femme de 26 ans le passe à voyager et à vivre ses expériences : études en Inde, voyage en Amérique du Sud, hiver en Alaska pour s’occuper des traîneaux à chiens.

Ces hivers paradisiaques, Freda Pelletier les gagne à la sueur de son front l’été. Chaque jour, elle plante jusqu’à 3 000 arbres, un travail répétitif qui entraîne parfois des blessures. « C’est très physique, oui, mais très mental aussi. Je ne pensais pas que planter des arbres, c’était aussi technique... On n’est pas des robots à faire des trous et à se pencher : il faut beaucoup d’intelligence », nuance-t-elle.

Les travailleurs saisonniers ont tous ce point en commun : durant la saison haute, ils travaillent à plein régime. Les journées de 12, 15 voire 18 heures sont courantes, puisque le temps est compté. Pêcheurs, agriculteurs, guides touristiques, planteurs, cueilleurs, travailleurs de la construction, tous ces métiers sont non seulement durs physiquement, mais aussi exigeants mentalement. « Il y en a qui le font toute leur vie, mais il faut un grand respect de ses limites. Si tu pousses chaque jour pour te défoncer, tu ne seras pas capable de le faire à long terme », met en garde Freda Pelletier.

Le repos forcé... bien mérité

Plusieurs régions monoindustrielles n’offrent que peu d’emplois durant la basse saison, ce qui force bien des travailleurs saisonniers au chômage, bien qu’ils désireraient se remettre au boulot l’hiver venu. Les revenus irréguliers, beaucoup plus modestes en basse saison, exigent donc une discipline financière de fer, pour éviter les fins d’hiver pénibles.

Le printemps est cependant toujours une grande célébration. Freda Pelletier raconte qu’après un hiver d’ennui, en Gaspésie, lorsque les bateaux de pêche partent en avril, « c’est la fébrilité, enfin on fait quelque chose, on a hâte. Moi aussi, j’ai ce sentiment quand mai arrive : mon corps est conditionné, il a besoin de sortir, de bouger. C’est devenu une habitude. Une année, je ne suis pas allée planter, et pendant mai et juin, c’était dur. J’ai besoin d’être dans le bois, c’est mon moment de productivité de l’année », confie-t-elle.

Si elle sait qu’elle a encore la jeunesse pour pratiquer ce travail saisonnier, Freda Pelletier n’est pas prête de changer de voie au cours des prochaines années. « Certains ne comprennent pas pourquoi je fais ça, ils pensent que ce n’est que temporaire. Mais pour moi, c’est ça, la vie. »