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Un tapis roulant pour guérir les commotions cérébrales

Des enfants se livrent à un traitement expérimental pour se remettre de coup à la tête

Charlotte Alarie souffre d’une commotion cérébrale depuis qu’elle a reçu un ballon de soccer sur la tête. Pour aider son cerveau à s’en remettre, elle utilise le programme d’entraînement cognitif Neurotracker dans le cadre d’un essai clinique.
Photo Anne Caroline Desplanques Charlotte Alarie souffre d’une commotion cérébrale depuis qu’elle a reçu un ballon de soccer sur la tête. Pour aider son cerveau à s’en remettre, elle utilise le programme d’entraînement cognitif Neurotracker dans le cadre d’un essai clinique.

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Un exercice conçu pour améliorer la vision du jeu chez les athlètes pourrait guérir les commotions cérébrales chez les enfants, selon des chercheurs qui testent ce traitement.

« C’est comme un tapis roulant pour le cerveau », sourit la Dre Isabelle Gagnon, chercheuse à l’Institut de recherche du CUSM et physiothérapeute à l’Hôpital de Montréal pour enfants.

La Dre Gagnon veut évaluer si un programme d’entraînement cognitif conçu pour améliorer les fonctions cérébrales peut aider le cerveau à guérir d’une commotion.

Surnommé Neurotracker, le programme inventé à l’Université de Montréal est utilisé pour améliorer les compétences sportives chez les Canucks de Vancouver et le FC Barcelone, notamment.

« Chez les athlètes, ça change les connexions dans le cerveau, explique la Dre Gagnon. On veut savoir si on peut utiliser cette capacité de reconfiguration du cerveau pour l’aider à se régénérer après une commotion. »

Charlotte Alarie, 14 ans, se soumet au traitement depuis un mois dans l’espoir qu’il l’aidera à se remettre de sa troisième commotion cérébrale en à peine 14 mois. Pour la troisième fois, elle a été frappée en pleine tête par un ballon dans le gymnase de son école.

Signes

Ceinture noire de karaté, l’adolescente ne s’est jamais blessée sur le tatami, mais le gymnase de son école est devenu son pire ennemi. À cause de ses multiples commotions, elle n’a pas pu faire ses examens finaux et a dû cesser la pratique de son sport.

Sa mère, Mélanie Duff, a donc appris à reconnaître les signes d’une commotion. « Quand j’ai été la chercher à l’école, j’ai tout de suite vu qu’elle avait les symptômes d’une commotion. Elle prenait du temps à me répondre, elle était somnolente, elle avait mal à la tête. Alors on est tout de suite allé à l’urgence », relate-t-elle.

Quand l’Hôpital de Montréal pour enfants lui a proposé d’inviter sa fille à participer à l’expérience, elle n’a pas hésité.

« Un cerveau, on en a juste un alors autant mettre toutes les chances de son côté », dit-elle.

Deux fois par semaine, Charlotte s’installe donc dans le noir dans une petite pièce de l’hôpital, devant un écran avec des lunettes 3D sur le nez. Huit balles de tennis y bougent rapidement dans tous les sens. L’ordinateur lui désigne quatre balles qu’elle ne doit pas quitter des yeux.

Guérir plus vite

Pour le moment, Charlotte est perplexe. « Je ne sens pas de différence », souffle-t-elle. Mais sa mère est confiante. « Comme parent, on voit qu’elle a récupéré », dit Mme Duff. Il a fallu trois mois à Charlotte pour se remettre des deux précédents coups à la tête.

« Trente pour cent des enfants ont encore des symptômes un mois après le choc, explique la Dre Gagnon. C’est plus long de s’en remettre pour eux que pour les adultes parce que leur cerveau n’est pas complet. Pendant qu’il se régénère suite au choc, il doit continuer de se générer. »

« Notre objectif est de réduire le nombre d’enfants qui ont encore des symptômes au bout d’un mois », poursuit la médecin.

  • 155 000

Nombre de Canadiens qui ont subi une commotion cérébrale en 2014.

  • 39%
Proportion de jeunes de 10 à 18 ans qui visitent un service d’urgence à cause d’un traumatisme crânien subi en pratiquant un sport et qui ont reçu un diagnostic de commotion cérébrale.
  • 25%
Pourcentage des joueurs de hockey junior canadiens âgés de 16 à 21 ans qui ont subi au moins une commotion cérébrale lors d’une seule saison.
 
Sources : gouvernement du Québec, gouvernement du Canada.
 
 

À 60 km/h dans le mur

« Des athlètes peuvent subir des coups qui produisent une accélération allant de 80 à 140 g, ce qui équivaut à l’accélération causée lorsqu’une voiture entre en collision avec un mur de briques à une vitesse de 60 à 80 km/h », indique un rapport du Groupe de travail sur les commotions cérébrales du gouvernement du Québec.

Graves séquelles

Des commotions cérébrales mal soignées ou répétées peuvent en effet engendrer des séquelles graves et permanentes, même des années plus tard. La probabilité de souffrir d’une maladie neurodégénérative, comme la maladie d’Alzheimer, est multipliée par 10 après trois commotions cérébrales.

Comment participer

L’Hôpital de Montréal pour enfants invite les jeunes victimes d’une commotion cérébrale à participer à son expérience en contactant la coordonnatrice en recherche clinique Joanna Mazza au 514 412-4400 poste 25248 ou par courriel à joanna.mazza@muhc.mcgill.ca