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Il menait la grosse vie aux frais des contribuables

Un ex-cadre aurait détourné plus de 410 000 $, allègue l’hôpital de St. Mary

Magdi Kamel a démissionné de l’hôpital de St. Mary en février 2016, alors qu’il était suspendu le temps d’une enquête sur des irrégularités.
Photo Facebook Magdi Kamel a démissionné de l’hôpital de St. Mary en février 2016, alors qu’il était suspendu le temps d’une enquête sur des irrégularités.

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Un ex-cadre de l’hôpital de St. Mary se serait graissé la patte aux frais des contribuables en se faisant rembourser frauduleusement plus de 410 000 $, entre autres pour acheter des appareils électroniques et des certificats-cadeaux dans des magasins et des restaurants.

Magdi Kamel, qui a démissionné en février 2016 de son poste de directeur des ressources matérielles, a maquillé ses comptes de dépenses pendant au moins six ans, d’après les allégations d’une poursuite du centre hospitalier montréalais.

Selon l’hôpital :

Kamel s’est fait émettre des chèques totalisant plus de 225 000 $ en fonds publics, sans fournir les pièces justificatives. Pour parvenir à ses fins, il aurait exploité une faille dans le système d’approbation des dépenses.

En tout, « 97 % des chèques associés à ces dépenses ont été signés électroniquement, donc sans opportunité concrète pour les signataires autorisés de noter l’absence de justificatifs », note le centre hospitalier.

« Ces demandes sans justificatifs étaient présentées de façon récurrente et régulière, toutes les semaines ou deux semaines », ajoute l’hôpital.

Il s’est également fait rembourser plus de 180 000 $ avec pièces justificatives, mais pour des achats qui n’étaient pas reliés à son travail. On parle ici de matériel informatique comme des iPad, ainsi que des certificats-cadeaux.

Les vérificateurs de la firme PwC, mandatée par l’hôpital, ont trouvé particulièrement louches la « récurrence anormale » de ces achats et le fait que ceux-ci étaient souvent effectués les soirs et la fin de semaine, dans des commerces situés aux environs de la résidence personnelle de Kamel.

Démission

L’établissement de santé a même obtenu la saisie de sa maison de Kirkland dans l’ouest de l’île de Montréal, au mois d’octobre de la même année.
Photo courtoisie Remax-Québec
L’établissement de santé a même obtenu la saisie de sa maison de Kirkland dans l’ouest de l’île de Montréal, au mois d’octobre de la même année.

Ces révélations sont contenues dans une requête présentée par l’hôpital en Cour supérieure, en 2016, pour obtenir toutes les informations sur les comptes bancaires de Kamel. Sa luxueuse résidence située à Kirkland avait également été saisie.

Le CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal, qui chapeaute l’hôpital de St. Mary, estimait ne pas avoir le choix d’agir ainsi compte tenu du peu de collaboration de son ex-employé.

« Peu après que Kamel ait été avisé de sa suspension pour fins d’enquête, il a choisi de démissionner, et ensuite, via ses procureurs, refusé de collaborer à l’enquête ou de rencontrer PwC », alléguait en effet l’institution.

Transféré à l’UPAC

La requête vient de devenir publique à la suite d’une décision du juge Pierre-C. Gagnon, après des démarches judiciaires de longue haleine menées par notre Bureau d’enquête. Via ses avocats, Kamel voulait que les allégations à son endroit restent secrètes.

Entre-temps, en avril dernier, l’hôpital s’est désisté de sa poursuite, car il a conclu une entente hors cour avec Kamel, dont les détails sont gardés confidentiels.

Le dossier a toutefois été transféré à l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui pourrait ouvrir une enquête criminelle si elle le juge opportun.

À titre de directeur des ressources matérielles de St. Mary, Magdi Kamel était responsable de plusieurs contrats de rénovation et d’achat d’équipements.

Il siégeait également au comité de vérification des finances de l’hôpital et approuvait les rapports financiers.

- Avec la collaboration de Éric Yvan Lemay

 

Voici ce que l’hôpital lui reproche

« Kamel, de par la position qu’il occupait et la confiance qui lui était portée, s’est frauduleusement fait rembourser des dépenses personnelles non liées aux activités du CHSM, détournant ainsi des sommes totalisant 410 266 $. »

« Les demandes de remboursement sans justificatifs sont toutes pour des montants ronds et sous la barre des 2000 $ [évitant ainsi la nécessité d’une signature “manuelle” par les signataires autorisés, une procédure avec un contrôle plus serré]. »

« La nature des biens achetés ne présente aucun lien avec les activités du CHSM [on peut nommer à titre d’exemple plusieurs achats d’iPad, ordinateurs et autres appareils électroniques, des certificats-cadeaux de divers grands magasins ou restaurants, etc.]. »

Les actes reprochés à Magdi Kamel auraient été commis entre le 1er avril 2009 et le 31 mars 2015.


Source : Requête présentée par le CIUSSS de l’Ouest-de-l’île-de-Montréal en Cour supérieure