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Une forêt des Laurentides menacée

Québec donne des droits de coupes forestières dans une municipalité qui dépend du tourisme

Claude Samson
Photos courtoisie Claude Alexandre Carpentier, Robert Perron et Coalition Mont-Kaaikop Claude Samson, de la Coalition pour la préservation du Mont-Kaaikop, lance une pétition pour que le mont Kaaikop devienne une aire protégée.

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Québec permettra des coupes forestières massives dans l’une des dernières forêts intactes des Laurentides, dans une municipalité qui craint de ne plus pouvoir vivre de ses activités de plein air et de villégiature.

« Ça va être un désastre, gronde le maire de Sainte-Lucie-des-Laurentides, Serge Chénier. Le monde n’ira pas là. Qui voudrait venir dans une forêt rasée ? »

La forêt de Sainte-Lucie-des-Laurentides est juchée sur la deuxième plus haute montagne des Laurentides, le mont Kaaikop, non loin du Mont-Tremblant. La municipalité est parvenue à empêcher les coupes en s’adressant à la justice en 2014.

Mais le ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs (MFFP), qui attribue les droits de coupes forestières, a obtenu l’annulation de l’injonction et compte bien laisser entrer les bûcherons.

Consultations

Dans ce but, le MFFP a informé cette semaine le maire qu’il tiendra des consultations publiques cet hiver. Néanmoins, « ces consultations n’ont pas pour objectif de réviser les droits déjà consentis sur le territoire », indique au Journal la porte-parole du ministère, Caroline Bujold.

Elle précise d’emblée que « les travaux seront réalisés par une entreprise de la région possédant une garantie d’approvisionnement ».

« Ce que nous dit le MFFP, c’est “nous, on a donné des garanties d’approvisionnement en bois et on va les respecter que vous soyez contents ou pas” », traduit le maire Chénier.

« Le plan de coupes du ministère prévoit de couper plus de 50 % de la forêt, indique Claude Samson, de la Coalition pour la préservation du Mont-Kaaikop. On a la chance d’avoir une forêt mature non perturbée de plus de 90 ans. Si on la coupe, c’est cinq lacs qu’on met en danger. Il y a un risque d’érosion et de perturbations irréparables. »

Incompatibilité

Québec estime que les coupes ne sont pas incompatibles avec les activités de villégiature.

« Il est possible de concilier les usages », indique Mme Bujold. Impensable, réplique la coopérative de plein air l’Interval, le moteur économique local.

« Nous, on vit de la montagne. Si elle est rasée, on n’aura plus rien à offrir. On serait dévasté », dit Guillaume Chartrand, l’adjoint à la coordination de l’organisation.

« La bataille, c’est pas juste pour notre jolie vue, mais parce qu’il y a urgence environnementale. Si on ne fait rien, le territoire va être morcelé à la grandeur. Où va aller la faune ? » demande M. Samson.

Le mont Kaaikop est situé dans un secteur stratégique du réseau d’écocorridors et d’aires protégées, qui connecte le Parc national du Mont-Tremblant au Parc national d’Oka. Ce corridor est notamment fréquenté par les loups et les lynx. Longtemps disparu, le cougar y serait également présent.

« En 20 ans, on a déjà connu sept campagnes de coupe. Lâchez Sainte-Lucie », plaide le maire Chénier.

Mont-Kaaikop
Photo courtoisie
Mont-Kaaikop

Les coûts des coupes

  • 2,8G$ d’investissement public provincial entre 2006 et 2015
  • 675 M$ d’investissement public prévu entre 2016 et 2019

Les profits des coupes

  • 208 M$/an estimation des redevances versées à Québec entre 2012 et 2016

Source: Budget 2014-2015