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Tuer un enfant dans le sein de sa mère n'est pas un crime

Tuer un enfant dans le sein de sa mère n'est pas un crime

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Le bébé, l'enfant, pardon le foetus de huit mois que portait le femme poignardée par son conjoint à Montréal Nord est mort. Elle va survivre.

Le suspect ne peut-être accusé du meurtre de l'enfant, seulement de tentative de meurtre sur la mère.

Pauvre femme, pauvre enfant. Pardon, foetus.

Je ne souhaite que des horreurs au suspect s'il est trouvé coupable.

Mais coupable de quoi au juste ?

Pas un crime

Tuer un bébé en gestation de 34 semaines - comme dans l'image ci-haut - n'est pas un crime.

Parce que ce n'est pas un bébé, un enfant ou une personne. C'est un foetus et il n'a aucun droit. C'est une chose au sens de la loi.

C'est insensé. Et c'est une femme pro-choix qui le pense.

Au Canada, tuer un enfant, pardon un foetus, à n'importe moment de la grossesse, même à 10 secondes de l'accouchement, n'est pas un meurtre. Pas plus qu'un avortement tardif sans raison médicale.

Si le foetus est mort après la césarienne d'urgence qui a été pratiquée, il est possible que des accusations soient portées. Tout dépend du moment exact de la mort. Mais il serait étonnant, à moins de prouver que le suspect voulait tuer l'enfant, pardon, le foetus, qu'il soit accusé de meurtre. On parlera probablement d'homicide involontaire.

Pourquoi ? Parce que le Canada refuse d'encadrer l'avortement d'aucune manière, comme le font les pays les plus progressifs au monde, comme la France et les pays scandinaves.

Quel lien avec l'avortement ?

Si la loi reconnait qu'un foetus est une personne, cela remettrait en question l'accès à l'avortement et pourrait même rendre criminellement responsables les femmes enceintes qui ont des comportements dangereux pour l'enfant à naître pendant leur grossesse. Toxicomanie, alcoolisme, etc.

Au Canada, une femme alcoolique qui boit pendant sa grossesse n'est pas tenue criminellement responsable si son enfant vient au monde avec le syndrome d'alcool foetal. Une vie dans bien des cas scrappée.

Ce non-sens absolu, obscène, qui découle de l'absence de législation sur l'avortement au Canada (ce qui nous place dans la même catégorie que la Corée du nord) sera défendu becs et ongles par les féministes au nom du droit des femmes de disposer de leur corps comme elles l'entendent.

Dans cette optique, le foetus n'est qu'une excroissance biologique du corps de la mère, rien de plus. Même s'il est viable hors du ventre de la mère.

Une verrue

J'ai déjà lu sur un site féministe pro-choix total de Toronto qu'un foetus se compare à une verrue ou à une tumeur.

Avec les avancées de la science, tout cela ne tient plus. Il faut revoir tout cela à tête reposée, sans tomber dans la démagogie pour ou contre l'avortement.

Je suis POUR. Mais je refuse que ce geste gravissime soit banalisé. Ou utilisé pour disculper des monstres.

Oui c'est compliqué. Mais la personne qui a poignardé cette mère, la blessant gravement et tuant ce qui pourrait être son propre enfant, ne peut s'en sortir aussi facilement.

Les Conservateurs ont essayé à plusieurs reprises de donner un statut légal au foetus viable en cas de crime mais ont échoué.

Les lobbies y voyaient une manière détournée d'interdire l'avortement.

Les femmes courageuses qui ont milité pour l'accès à l'avortement ou qui ont défendu les droit des femmes en ce sens, comme la Française Simone Weil et la juge Bertha Wilson de la Cour suprême du Canada, craignaient la pente savonneuse.

(La pense savonneuse existe tout autant de l'autre côté du débat: juste à voir les dérapages aux États-Unis.)

Question de courage

Madame la juge Wilson, dans le jugement Morgentaler, croyait que le Parlement devait légiférer pour encadrer les avortements au deuxième trimestre. Par interdire, encadrer.

Mais nos parlementaires n'ont jamais voulu affronter le lobby pro-choix

C'est pourquoi un père qui tue un enfant, y compris le sien, dans le sein de la mère, ne commet aucun crime.

Quiconque a porté un enfant à terme sait qu'à huit mois ce n'est pas une chose.

Bonne digestion.