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Les acheteurs de petites autos défavorisés par Québec

Une politique verte pourrait même favoriser les véhicules énergivores

En voulant encourager l’achat de voitures électriques comme la Leaf de Nissan, le gouvernement du Québec risque de stimuler indirectement les ventes de véhicules énergivores comme le Ford F-150, estime l’Institut économique de Montréal.
Photo d’ARCHIVES En voulant encourager l’achat de voitures électriques comme la Leaf de Nissan, le gouvernement du Québec risque de stimuler indirectement les ventes de véhicules énergivores comme le Ford F-150, estime l’Institut économique de Montréal.

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La politique pro-véhicules verts du gouvernement du Québec risque de coûter cher aux consommateurs de voitures à essence les moins fortunés, déplore l’Institut économique de Montréal.

Dès 2018, les fabricants automobiles seront obligés de respecter des quotas de ventes de véhicules hybrides et électriques. S’ils ne respectent pas le plancher imposé par Québec, ils devront acheter des crédits au gouvernement ou à leurs concurrents qui auront réussi à respecter les quotas.

Pour Germain Belzile, chercheur associé à l’Institut économique de Montréal et à HEC, il n’y a pas de doute que cette facture sera transmise aux consommateurs sous la forme d’une « taxe déguisée ». L’économiste calcule que le coût additionnel dû aux quotas sera en moyenne de 175 $ de plus à l’achat d’un véhicule à essence en 2018. La note grimpera à 1100 $ en 2025, à mesure que Québec augmentera les quotas.

Cette facture sera la même que l’on achète une petite sous-compacte à faible consommation ou un luxueux VUS énergivore. Résultat : « Les ménages plus pauvres qui achètent des voitures moins coûteuses feront face à des augmentations proportionnellement plus élevées que les ménages plus aisés, qui achètent des voitures plus luxueuses », explique M. Belzile.

Ford F-150
Photo d’ARCHIVES
Ford F-150

 

Pollueurs favorisés

Indirectement, Québec favorisera donc les acheteurs de VUS énergivores, déplore le chercheur.

« Si le prix d’un Ford F-150 augmente de 1000 $, ça ne fera pas une grande différence pour l’acheteur, qui est déjà prêt à payer 30 000 $. Mais pour l’acheteur d’une Yaris à 15 000 $, 1000 $ de plus, ça fait une différence », explique-t-il.

Patrick Bonin, de Greenpeace, est lui aussi critique de la politique pro-voiture électrique du gouvernement.

« Il n’y a pas assez de bâtons, dit l’écologiste. Il ne faut pas seulement encourager l’achat de véhicules écoénergétiques, mais aussi décourager l’achat des énergivores. »

M. Bonin souligne que ce système de bonus-malus a fait ses preuves en Norvège, où la moitié du parc automobile est déjà à faible émission.

Il est de plus fiscalement neutre pour l’État puisque les avantages consentis aux consommateurs écolos sont payés par la surtaxe imposée aux pollueurs.

Mais pour Bertrand Schepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’informations socio-économiques (IRIS), Québec fait fausse route en misant sur les véhicules électriques pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre.

« Ce qu’il faut, c’est réduire notre dépendance à la voiture, qu’elle soit à essence ou électrique », plaide-t-il.

Transport public

« Actuellement, on subventionne des gens qui ont les moyens, ceux qui s’achètent des voitures. Pendant ce temps, un trajet en autobus Montréal-Québec coûte plus cher qu’un trajet en voiture individuelle, c’est scandaleux », gronde M. Schepper.

Selon ce chercheur, au lieu de donner 8000 $ à chaque acheteur de voiture électrique, Québec devrait utiliser ces sommes pour subventionner massivement le transport en commun, comme le font déjà 75 villes européennes où le transport public est totalement gratuit.

Actuellement, 14 390 véhicules électriques circulent sur les routes du Québec. Le gouvernement veut faire grimper ce nombre à 100 000 d’ici 2020.