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Mourir de façon évidente ne m’intéresse pas

Mourir de façon évidente ne m’intéresse pas
JOEL LEMAY/AGENCE QMI

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Depuis quelques jours, les circonstances de la vie ont fait en sorte que mon itinéraire pour me rendre au travail en vélo a été modifié.

Dans un sens, ça m’arrange parce que je peux me lever plus tard, partir plus tard et arriver au boulot à la même heure.

Mais dans l’autre, je capote un peu parce que mon trajet n’a rien d’une balade bucolique. Je vous explique.

Si auparavant, j’empruntais la longue et paisible piste cyclable qui longe la rue Notre-Dame dans l’est de la ville, je dois maintenant affronter les automobilistes sur la rue Sherbrooke en direction ouest.

J’utilise le mot «affronter» et je ne l’ai pas choisi par hasard. Il s’agit bel et bien d’un duel.

Je roule au milieu de la voie de droite, et ce n’est pas pour rien.

Rouler sur le trottoir n’est même pas une option que j’envisage; c’est le royaume du piéton.

Je pourrais rouler à droite dans la voie de droite, tout juste à côté du trottoir, mais ce serait la pire idée au monde.

Trois choses pourraient survenir:

1- Je pourrais me planter dans un des nombreux obstacles qui bordent la chaussée. Les candidats sont nombreux, choisissez votre préféré: nids-de-poule, fissures, bouches d'égouts, ou flaques d’eau (qui peuvent cacher n’importe lequel des trois premiers choix).

2- Je pourrais me faire frapper par un des très nombreux automobilistes qui jugent que la voie de droite est une voie de contournement pour les chars qui roulent à une vitesse normale dans la voie centrale, et qui estiment qu’ils ont amplement de place pour circuler entre ceux-ci et moi.

3- Ce que j’appelle «le combo de la mort». C’est la combinaison des deux premières situations. Je roule. J’aperçois un trou dans la chaussée. Par réflexe, je l’évite vers la gauche...au même moment qu’un conducteur un peu pressé décide que lui, il passe.

Imaginer la suite me donne des frissons désagréables.
J’ai des enfants pis une blonde.

Lorsque les journaux rapportent qu’un cycliste s’est fait happer mortellement, on peut souvent lire dans les articles au sujet de la triste nouvelle que «la victime n’a été transportée à l’hôpital parce que la mort était évidente», ou quelque chose du genre.

Vous savez tous ce que ça veut dire.

Mourir de façon évidente ne m’intéresse pas.

Si je roule au milieu de la voie de droite, ce n’est pas parce que je suis un militant de go-gauche-environnementaliste-patchouli-non-à-la-mondialisation-libérez-nous-des-libéraux qui veut faire chier les chars en les ralentissant délibérément pour mettre un frein au joug du système capitaliste qui nous tyrannise.

Ben non!

C’est juste pour ma sécurité.

En roulant au centre de la voie, premièrement, je m’évite tous les obstacles qu’on retrouve en bordure de route, et deuxièmement, j’indique clairement aux automobilistes qui arrivent derrière moi que me doubler à toute allure dans la voie de droite n’est pas une option.

Chers automobilistes, la marche à suivre dans un tel cas serait de mettre vos clignotants à gauche dès que vous me voyez, changer de voie pour aller vers celle du milieu, me doubler paisiblement et revenir dans la voie de droite, si vous jugez que c’est nécessaire, une fois que je suis à bonne distance, toujours en clignotant.

Pourtant, ce matin, je me suis (encore) fait klaxonner, vociférer des insultes, et pire, frôler délibérément pour me montrer que je n’étais pas à ma place.

La rue Sherbrooke (dans Hochelaga-Maisonneuve, du moins) est dotée de trois voies dans chaque sens.

Dans 99% des cas, les automobilistes peuvent en profiter à toute allure. Quand le 1% de vélo circule, ayez donc la gentillesse de vous comporter en adultes et de partager la route.

Ai-je réellement besoin de vous rappeler que vous êtes dans des cabanes en métal qui se déplacent à 60 km/h, tandis que nous sommes sur des drôles de montures en tuyaux qui roulent à 20 km/h.

J’ai l’air arrogant en catégorisant cela en vous et en nous. Pourtant, je me suis acheté un char neuf le mois passé. Je connais les deux côtés de la médaille. Je suis aussi dans le vous des fois...

On s’en va tous à la même place. Faisons donc attention aux autres sur notre chemin.

Personne ne sera en retard, de toute façon.