/news/society
Navigation

Ottawa coupe les vivres à des personnes âgées vulnérables

Deux Lavallois vivent dans l’angoisse depuis que le fédéral leur a coupé leur chèque

Chèques coupés
Photo Guillaume St-Pierre À gauche, Raymond St-Onge, 80 ans, et à droite, Gérald Courtemanche, 69 ans, se sont fait couper sans préavis leur supplément de revenu garanti. C’est grâce à un bénévole (au centre), Gérald Cholette, 82 ans, que leur dossier serait en voie d’être réglé.

Coup d'oeil sur cet article

Deux Lavallois âgés et cloués à leur marchette vivent dans l’angoisse de s’être récemment fait couper leur revenu de moitié par le gouvernement fédéral, sans préavis.

« Ça fait des jours que je ne dors presque plus », confie Raymond St-Onge, 80 ans, rencontré chez lui à son domicile de Laval.

M. St-Onge et son ami Gérald Courtemanche, 69 ans, reçoivent chaque mois depuis plusieurs années une prestation du fédéral pour les aider à joindre les deux bouts.

La moitié de leur argent

Ils comptent sur ce chèque non imposable — le supplément de revenu garanti — pour payer leur loyer, leurs médicaments et se nourrir. La somme représente pour eux environ la moitié du total de leur revenu.

Mais le 20 juillet dernier, les deux hommes gravement malades ont chacun reçu une inquiétante nouvelle par la poste.

Dans une lettre identique non datée, le gouvernement du Canada leur annonçait sèchement qu’ils n’avaient plus droit à ce chèque, et ce, jusqu’à l’année suivante.

Pas d’explication

Pour justifier sa décision, Ottawa évoque l’absence de « renseignements sur le revenu » nécessaires au traitement de leur dossier respectif. Aucune raison spécifique n’a été donnée aux Lavallois, selon les documents consultés par Le Journal.

Depuis l’annonce, M. Courtemanche, qui souffre de sclérose en plaques, dit vivre un stress énorme.

Une situation qui le force à prendre encore plus de médicaments, augmentant ainsi les effets indésirables des doses sur son corps.

« Je n’ai jamais eu autant de tremblements », lance-t-il.

Heureusement, les dossiers de MM. Courtemanche et St-Onge seraient en voie de se régler, grâce à l’aide d’un bénévole qui a fait les démarches auprès du fédéral à leur place.

Mais malgré tout, le bon samaritain en question n’en revient tout simplement pas qu’Ottawa puisse couper de moitié le revenu de personnes âgées vulnérables sans crier gare, peu importe la raison.

« C’est scandaleux, s’exclame Gérald Cholette, un policier de carrière à la retraite. Quel manque de jugement ! C’est dégueulasse. »

Chanceux

MM. St-Onge et Courtemanche, qui refusent encore de crier victoire, sont toutefois convaincus d’une chose : sans l’aide du bénévole, ils se seraient retrouvés complètement dépourvus.

Le directeur général du Réseau FADOQ, Danis Prud’homme, assure que le cas des Lavallois n’est pas isolé. Bien au contraire.

La situation est à ce point préoccupante que l’organisme siégera à un comité consultatif à l’automne dans le but de convaincre le fédéral de changer ses façons de faire.

Prestations: c’est de la « maltraitance », selon la FADOQ

La FADOQ accuse le fédéral d’avoir agi en « sauvage » en coupant sans avertissement le versement d’un chèque remis à deux aînés malades de Laval. Une situation qui est d’ailleurs loin d’être isolée, déplore son directeur général, Danis Prud’homme.

« De couper sauvagement des prestations, ça ne se fait pas, peste le patron de la Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ). C’est complètement ridicule. »

« De la part d’un gouvernement qui dit prendre soin des aînés et qu’il faut combattre la maltraitance, bien, c’en est de la maltraitance, ça ! » lâche M. Prud’homme.

<b>Danis Prud’homme</b><br /><i>FADOQ</i>
Photo d'archives, Camille Laurin-Desjardins
Danis Prud’homme
FADOQ

Le Supplément de revenu garanti est remis à près de deux millions de Canadiens âgés parmi les plus pauvres et vulnérables de la société.

« Chaque année, certains bénéficiaires ne reçoivent pas leurs versements s’il manque des renseignements sur leur revenu », explique un porte-parole, Josh Bueckert.

Souplesse

Mais selon Danis Prud’homme, le gouvernement fédéral a le devoir de faire preuve de « souplesse » pour accommoder « les personnes les plus démunies ».

« Ces gens-là ont besoin d’aide pour remplir des formulaires. Si on ne leur fournit pas d’aide, c’est comme si on se sacrait d’eux », laisse-t-il tomber.

Au bureau du ministre de la Famille, des Enfants, et du Développement social, Jean-Yves Duclos, on dit suivre « cette situation de très près ».

« Nous reconnaissons que ces prestations sont importantes pour assurer la sécurité financière de nos aînés », écrit dans un échange de courriels la porte-parole du ministre, Émilie Gauduchon.

« Ces derniers devraient recevoir les prestations auxquelles ils ont droit en temps opportun et avec des normes de service qui répondent à leurs attentes », dit-elle.

Mme Gauduchon rappelle que, dans son dernier budget, le gouvernement Trudeau a bonifié le Supplément de revenu garanti pour permettre à quelque 13 000 personnes, en majorité des femmes, de sortir de la pauvreté.