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Patrick Bauwen – Le jour du Chien: terreur dans le sous-sol parisien

Patrick Bauwen
Editions Albin Michel

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Le Français Patrick Bauwen a deux passions : pratiquer la médecine d’urgence et écrire des thrillers décapants. Ses lecteurs sont servis cet été avec la sortie d’un roman coup-de-poing qui expose sans détour les dérives des réseaux sociaux et les squats du sous-sol parisien : Le jour du Chien.

Son héros, Chris Kovak, est un médecin qui, en dépit de son charme et de son humour sarcastique, cache une blessure profonde : sa femme a été assassinée trois ans auparavant. Un soir, il prend le métro pour rentrer chez lui et se fait agresser. L’assaut, filmé par un cellulaire, se retrouve sur internet.

Vingt-quatre heures plus tard, Kovak sort du coma et découvre avec stupeur que sa femme se retrouve, bien vivante, sur cette fameuse vidéo. Pour comprendre, il se lance dans une enquête qui prend un tournant terrifiant : Kovak a affaire à un monstre qui l’entraîne dans les bas-fonds, les squats et les profondeurs du métro parisien.

Les jours qui rendent fou

Pour Le jour du Chien, le médecin-romancier avait envie de faire quelque chose qui se passe dans la ville où il a grandi et où il a fait ses études de médecine. « J’aime bien les grands espaces américains, pour essayer de donner du souffle à l’histoire, et là, je ne trouvais pas ça, alors que c’est ma ville d’origine. Je voulais quelque chose qui me permette de me dépayser. J’ai utilisé le sous-sol de Paris pour me dépayser : il a plein d’endroits que les gens ne connaissent pas. »

Il lui fallait aussi un méchant haut en couleur pour pouvoir incarner le mal dans les sous-sols de Paris : c’est comme ça qu’il a inventé le Chien. « C’est un personnage très spécial ! », dit-il.

Patrick Bauwen évoque aussi un étrange écrit analysant les jours du calendrier, le Clavis calendaria. « Les jours du Chien sont plus connus dans les pays anglo-saxons. Ce sont les jours les plus chauds de l’été, en gros, entre le 4 juillet et le 4 août. Et ce sont des jours qui ont toujours été réputés mauvais parce que la chaleur exacerbe les tensions, ça rend les gens fous... »

« On disait que ça propageait la maladie, que le lait tournait, et que le mal, d’une façon générale, était à son maximum pendant ces dog days. L’expression existe toujours aux États-Unis et le Clavis calendaria existe. Et toutes les anecdotes que je raconte sont vraies. »

Un héros différent

Il trouvait très intéressant d’intégrer les dérives des applis et des réseaux sociaux dans son thriller. « J’essaie toujours d’être en phase avec des évolutions. Je parle de phénomènes nouveaux. Plusieurs événements ont été choquants avec les réseaux sociaux. (...) J’aime parler de ces phénomènes, sans en faire le thème central du livre, parce que ça montre les changements de société et comment on peut se sentir, comme adulte, en décalage. Quand j’avais 20 ans, il n’y avait pas de communications instantanées comme aujourd’hui. »

Chris Kovak, son héros, ne lui ressemble pas, contrairement à Paul Becker, qui était médecin en Floride dans Monster. « Kovak a un côté noir, avec des origines difficiles. Il a fait des cambriolages quand il était petit, il a été quasiment toxicomane pendant un moment avec des antidouleurs. Ça lui donne un côté sombre que je n’ai pas... quoique, je suis opéré du dos, comme lui, et je sais qu’on peut facilement devenir accoutumé aux antidouleurs, mais je ne partage pas le côté sombre qu’il a. C’est un personnage un peu plus incertain dans ses réactions, un peu plus méchant, capable de plus de choses. C’est un personnage intéressant parce qu’il est ambigu. »

  • Patrick Bauwen dirige un service d’urgence dans un hôpital de la région parisienne.
  • L’Œil de Caine, publié en 2007, a obtenu le prix Polar des lecteurs du Livre de poche et le Prix Carrefour du 1er roman. Monster, publié en 2009, a obtenu le prix Maison de la Presse et Seul à savoir, publié en 2010, a reçu le prix Littré.
  • Il travaille sur son prochain roman.

EXTRAIT

« On était des petites teignes de la cité, c’est vrai, mais on n’avait pas de portable pour se regrouper en gang. Nos réseaux sociaux se limitaient à une discussion autour d’un Pac-Man, ou un message sur le Minitel des parents. On donnait surtout dans le combat de hip-hop, pas dans le commentaire assassin sur Twitter qui déclenche une guerre des gangs à coups de barre de fer. Aujourd’hui, les médias déversent la violence de la planète directement dans votre main. La brutalité en ligne est devenue banale. En rétrécissant ainsi, est-ce que le monde est devenu fou ? »

— Patrick Bauwen, Le jour du Chien, Éditions Albin Michel