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Les rockstars se cachent pour mourir

Les rockstars se cachent pour mourir

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Les récents suicides de Chris Cornell et Chester Bennington ont fortement ébranlé les fans de leur formation respective, Soundgarden et Linkin Park, mais aussi l’ensemble du monde artistique.

Au chapitre des similitudes, ces deux suicides impliquent des musiciens en tournée amis dans la vraie vie.

La mort des deux rockstars soulève une question: les artistes en tournée ont-ils les moyens de ne pas feeler?

On s’attend à ce qu’un artiste en concert donne son 110 % chaque soir. Et pas question d’avoir d’avoir une performance «ordinaire», au risque d’en entendre parler longtemps.

Beaucoup de vedettes rock ont avoué être des êtres sensibles, torturés même, et trop près de leurs émotions. Plusieurs d’entre eux ont par ailleurs abordé la difficulté de revisiter soir après soir les moments plus difficiles de leur existence, dans lesquels ils ont puisé l’inspiration de plusieurs chansons.

Personne n’insinue que les suicides de Cornell et de Bennington sont exclusivement liés à la vie de tournée. Mais leurs problèmes de santé mentale pré-existants, connus du grand public, additionnés à la pression écrasante de «livrer la marchandise» ont sans doute pu contribuer à créer un cocktail mortel.

Ce phénomène ne date pas d’hier. À travers les époques, plusieurs rockstars sont tombées au combat : Kurt Cobain, Ian Curtis (Joy Division), Nick Drake, Elliott Smith et, plus près de nous, Dédé Fortin. Et c’est sans compter tous ceux qui ne se sont pas à proprement parler enlevé la vie, mais qui sont décédés des suites de leurs problèmes de consommation. Amy Winehouse en est un triste exemple. 

Tous ces décès prématurés pourraient nous porter à croire que la maladie mentale est très répandue chez les musiciens.

Une étude publiée l’an dernier avance même que les gens oeuvrant dans l’industrie de la musique ont trois fois plus de chance de souffrir de dépression ou d’un trouble anxieux que le reste de la population.

Durant sa tournée Life of Pablo, le rappeur Kanye West s’est mis à faire de longs monologues incongrus durant ses prestations. Éventuellement, les derniers spectacles de la tournée ont été annulés et le rappeur a été admis au UCLA Medical Center, où il a passé une semaine. La cause officielle de son séjour à l’hôpital serait l’épuisement.

Plus tôt cette semaine, Michael Angelakos, le chanteur de Passion Pit, annonçait qu’il allait s’éloigner de l’aspect commercial de la musique en précisant que l’industrie l’avait «presque tué». Pour lui, être un artiste, devoir produire, en plus de devoir gérer un trouble bipolaire est un défi trop grand.

Ce type de déclaration contribue certainement à briser le tabou entourant les problèmes de santé mentale chez les artistes. Ceux-ci doivent pouvoir demander de l’aide, témoigner de leur détresse et revendiquer des moments d’arrêt. Mais souvent, leurs contrats de tournée rendent l’annulation de spectacles très difficile et les conséquences financières pour les musiciens sont importantes.

La pression de créer sans cesse, combinée à celle de constamment se renouveler font aussi en sorte qu’il est parfois ardu pour les artistes, toute discipline confondue, de prendre du recul.

C’est assez paradoxal et triste, quand on y pense, de constater que ce que ces artistes créent avec leurs tripes, et qui apporte tellement de bonheur à leurs fans, est ce qui finit dans plusieurs cas par les achever.

- Avec la participation d'Hugo Meunier