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Le français perd encore du terrain

Des experts s’inquiètent du fait qu’il y a de moins en moins de francophones partout à travers le pays

Le président de l’organisme de défense de la langue française Impératif français, Jean-Paul Perreault, exige que les gouvernements en fassent plus pour encourager l’utilisation du français au Canada.
PHOTO COURTOISIE, JEAN-PAUL PERREAULT Le président de l’organisme de défense de la langue française Impératif français, Jean-Paul Perreault, exige que les gouvernements en fassent plus pour encourager l’utilisation du français au Canada.

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NDLR: Statistique Canada a admis le vendredi 11 août en après-midi s'être trompé dans la langue de 61 000 personnes au Québec dans le dernier recensement, alors que de nombreux experts ont remis en question la conclusion que les anglophones étaient en hausse dans la Belle Province. On ne sait pas, pour le moment, si les données et conclusions de cet article sont concernées par cette erreur.

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OTTAWA | Le recul du français s’accélère partout au Canada, et même au Québec, à tel point que les allophones sont maintenant plus nombreux que les francophones. Un phénomène qui inquiète et qui nécessite une intervention rapide, soulignent des experts.

«Le bilan dévoilé hier est dramatique. Les résultats sont bouleversants pour les francophones, parce que non seulement on voit un nouveau recul du poids des francophones aux pays, mais ce déclin s’accélère encore plus», déplore le président de l’organisme Impératif français, Jean-Paul Perreault.

Celui-ci réagissait au rapport dévoilé mercredi par Statistique Canada détaillant les résultats linguistiques du dernier recensement de 2016.

«L’usage du français recule dans la sphère privée, et ce, tant dans l’ensemble du Canada qu’au Québec», tranche le rapport. En effet, la population de langue maternelle française est passée de 79,7 % en 2011 à 78,4 % en 2016 au Québec, et de 22,0 % en 2011 à 21,3 % en 2016 dans l’ensemble du Canada. Une petite diminution, mais qui confirme une tendance qui s’accélère depuis de nombreux recensements.

Or, la tranche de population ayant une langue maternelle immigrante a pour sa part bondi à 22,3 %. Selon ce recensement, c’est donc la première fois que les allophones sont plus nombreux que les francophones au pays.

«Il n’y a aucune des plus de 140 langues tierces parlées au Canada qui, individuellement, s’approche de l’importance du français. Mais c’est certainement un renversement qui frappe l’imaginaire, quoiqu’on s’y attendait», analyse Jean-François Lepage, sociologue et analyste chez Statistique Canada.

Plus d’anglais au Québec

Même l’anglais est en chute un peu partout au pays... sauf au Québec.

En effet, la Belle Province est le seul endroit où la population ayant l’anglais comme langue maternelle a augmenté entre 2011 (13,5 %) et 2016 (14,4 %).

«J’avoue que je suis complètement abasourdi par ce phénomène, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il y ait plus d’anglophones au Québec. Je crois que la province ne doit certainement pas baisser les bras dans le débat du rôle du français», indique le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada (FCFA), Jean Johnson.

Sans surprise, cette augmentation s’observe principalement dans la grande région de Montréal. Mais Statistique Canada souligne que le phénomène se produit aussi à plus petite échelle dans de nombreuses autres villes, comme Québec, Sherbrooke et même Saguenay.

Changements exigés

Or, tout n’est pas sombre pour le français au pays. En 2016, près d’un Canadien sur cinq (18 %) disait parler le français et l’anglais, soit un nouveau sommet historique.

Malgré cela, de nombreuses voix s’élèvent pour qu’Ottawa et les provinces en fassent plus pour protéger le français au Canada dans le cadre du nouveau plan d’action promis par le gouvernement Trudeau d’ici 2018.

Certains proposent que le gouvernement donne directement de l’argent aux communautés plutôt que de financer des programmes «inefficaces», tandis que d’autres exigent qu’Ottawa offre des services uniquement en français aux communautés principalement francophones.

 

​Population ayant le français comme première langue officielle parlée dans chaque province

 

  2016 2011
Terre-Neuve-et-Labrador (en hausse) 0,5 % 0,4 %
Île-du-Prince-Édouard (en baisse) 3,3 % 3,5 %
Nouvelle-Écosse (en baisse) 3,2 % 3,3 %
Nouveau-Brunswick (en baisse) 31,6 % 31,9 %
Québec (en baisse) 84,7 % 85,5 %
Ontario (en baisse) 4,1 % 4,3 %
Manitoba (en baisse) 3,2 % 3,5 %
Saskatchewan (en baisse) 1,3 % 1,4 %
Alberta 2 % 2 %
Colombie-Britannique 1,4 % 1,4 %
Yukon (en hausse) 4,6 % 4,4 %
Territoires du Nord-Ouest (en hausse) 3 % 2,6 %
Nunavut (en hausse) 1,8 % 1,5 %

Source : recensement 2016 de Statistique Canada

 

Population langue maternelle française au Canada
2011 : 22 %
2016 : 21,4 %

Population langue maternelle française au Québec
2011 : 79,7 %
2016 : 78,4 %

 

Les cinq langues maternelles immigrantes les plus parlées à Montréal, selon Statistique Canada

Montréal

Langue

nombre 

pourcentage

Arabe

181 440

18,0

Espagnol

129 860

12,9

Italien

109 310

10,9

Langues créoles

65 665

6,5

Mandarin

41 835

4,2

Autres langues immigrantes

478 935

47,6

Total


 

1 007 040


 

100,0


 

 

Ce qu’ils ont dit

«Nos deux langues officielles sont au cœur de notre histoire et de notre identité [...] Nous travaillons à développer un nouveau plan d’action pour soutenir et promouvoir la vitalité de ces communautés. C’est un dossier que notre gouvernement prend très au sérieux.»

– Cabinet de la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly


«Nous continuons de croire que le français doit, en tant que langue officielle, avoir une place importante au Canada et que le gouvernement a un devoir en ce sens, en priorisant notamment l’éducation dans les communautés de langues officielles en situation minoritaires.»

– Sylvie Boucher, porte-parole du Parti conservateur du Canada pour la Francophonie


«Ces résultats démontrent l’échec des politiques de langues officielles du Canada. En dehors du Québec, non seulement les francophones n’intègrent pas les nouveaux arrivants. Mais même les anglophones au Québec ne s’intègrent pas, au contraire.»

– Mario Beaulieu, député du Bloc québécois


«On est conscients qu’il y a possiblement des enjeux à l’égard de la langue. Il faut être vigilant. En même temps, je ne porte pas des lunettes roses, mais je ne porte pas des lunettes fumées, comme le font les partis d’opposition pour assombrir la réalité.»

– Luc Fortin, ministre responsable de la Protection et de la Promotion de la langue française du Québec


«Je suis alarmé, mais peu surpris d’apprendre que le français est en déclin, et ce, même au Québec. Le gouvernement de Philippe Couillard a coupé de façon dramatique dans les services en francisation.»

– Stéphane Bergeron, porte-parole de l’opposition officielle en matière de francophonie d’Amérique

 

Plus de tagalog, moins d’italien

Parmi toutes les langues tierces, c’est le tagalog (langue des Philippines) qui a connu la plus importante croissance (35 %) des langues d’usage chez les Canadiens entre 2011 et 2016, suivi de près par l’arabe (30 %).

C’est d’ailleurs cette dernière qui siège au sommet du palmarès des langues maternelles immigrantes parlées dans la région métropolitaine de Montréal.

À l’inverse, le nombre de Canadiens qui parlent principalement l’italien à la maison a chuté de pas moins de 10,9 % en l’espace de cinq ans.

 

Le français en hausse dans les territoires

Nous sommes en 2016. Le français est en déclin partout au Canada... Partout? Non! Trois petits territoires se distinguent du reste du pays en affichant à nouveau une légère augmentation de leur population francophone depuis 2011.

Selon Statistique Canada, la minorité de langue française est passée de 4,4 % en 2011 à 4,6 % en 2016 au Yukon, de 2,6 % en 2011 à 3,0 % en 2016 aux Territoires du Nord-Ouest, et de 1,5 % en 2011 à 1,8 % en 2016 au Nunavut.

Selon Isabelle Salesse de l’Association franco-yukonnaise, ce phénomène s’explique par des «irréductibles» francophones qui se battent depuis des années pour améliorer l’offre de service en français dans les Territoires.

 

Les Canadiens davantage polyglottes

Il est maintenant de moins en moins rare de voir des ménages canadiens qui utilisent deux langues ou plus régulièrement à la maison, souligne Statistique Canada dans son rapport.

En effet, près d’une personne sur cinq (19,4 %) a déclaré parler deux langues régulièrement, une augmentation de près de 2 % comparativement à 2011.

«Le plurilinguisme est principalement dû à l’utilisation de plus en plus fréquente des langues officielles en combinaison avec une langue immigrante», peut-on lire dans le rapport.