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Des saucisses de dinde... sans dinde

Les autorités comptent intervenir auprès des fabricants pour s’assurer de la conformité des étiquettes

Alexandre Cusson espère que les gens feront encore confiance aux petits producteurs qui misent avant tout sur la qualité.
Photo Martin Alarie Alexandre Cusson espère que les gens feront encore confiance aux petits producteurs qui misent avant tout sur la qualité.

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Les autorités canadiennes comptent intervenir auprès des fabricants de saucisses et soutenir les consommateurs après qu’une entreprise a vendu des saucisses à la dinde... sans dinde.

​« C’est la première fois que nous faisons ces tests, alors nous serons en mesure par la suite de réfléchir sur la façon dont on peut intervenir auprès de l’industrie pour qu’elle fasse plus attention et sur la façon d’aider les consommateurs à poser les bonnes questions », explique Aline Dimitri, chef adjointe de la salubrité des aliments à l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA).

L’organisation fédérale est intervenue après avoir mandaté des chercheurs de l’Université de Guelph en Ontario à effectuer des tests sur 100 échantillons de saucisses, excluant les saucisses à hot-dog, vendues au Canada dont l’étiquette indiquait ne contenir qu’une seule viande.

Erreur humaine

Sur le lot analysé, 40 % de ces échantillons provenaient d’épiceries montréalaises. Le reste a été acheté à Toronto et Calgary. Une saucisse sur cinq contenait plus de 1 % d’une de ces viandes qui n’étaient pas déclarées sur l’étiquette.

« Je considère qu’on ne peut pas dire que c’est accidentel, un hachoir mal lavé par exemple. Il y a une erreur humaine, un problème dans la production, ou le produit a été délibérément ajouté », estime l’auteur du rapport, Robert Hanner.

Une entreprise canadienne, que l’ACIA n’a pas voulu nommer puisqu’elle souhaite que toute l’industrie se mobilise, avait vendu des saucisses à la dinde qui ne contenaient en fait que du poulet.

« Nos inspecteurs se sont rendu compte qu’il y avait une déficience dans le système de contrôle interne, ce qui avait permis une erreur humaine. Des correctifs ont maintenant été apportés », a certifié Mme Dimitri, qui ajoute que d’autres échantillons de cette compagnie seront de nouveau testés dans une seconde phase de l’étude.

Cheval

Une autre saucisse testée par l’équipe de l’Université Guelph a permis d’identifier de la viande de cheval, qui pouvait ne pas être destinée à la consommation humaine, selon M. Hanner.

« C’était une surprise, ça ne fait pas partie de nos mœurs et de ce que nous produisons chez nous. Ce n’est pas non plus quelque chose que l’on retrouve sur le marché canadien », insiste Mme Dimitri.

Lorsque l’ACIA a voulu intervenir auprès de l’entreprise qui a vendu ce produit, celle-ci avait déjà fermé ses portes. ll est donc impossible de savoir d’où provenait cette viande.

Le bison, le mouton, l’agneau et la chèvre sont aussi testés dans une seconde phase, et certaines de ces viandes ont été retrouvées dans des produits, a confirmé M. Hanner.

L’ACIA a mentionné qu’elle interviendra aussi dans ces cas, mais qu’elle souhaite concentrer les tests sur les quatre viandes les plus utilisées, ainsi que sur le cheval.

Malgré le 20 % de non-conformité, le Canada s’en sort tout de même bien mieux que l’Europe, par exemple, où des études révélaient qu’il y avait des produits non déclarés dans 70 % des échantillons.

 

Les viandes non déclarées trouvées

  • 7 saucisses de bœuf contenaient aussi du porc.
  • 4 saucisses de poulet contenaient aussi de la dinde, et une autre, du bœuf.
  • 5 saucisses de dinde ne contenaient pas de dinde, mais du poulet.
  • 2 saucisses de porc contenaient aussi du bœuf.
  • 1 saucisse de porc contenait du cheval.

 

Mauvais pour l’image de l’industrie et des producteurs

 

La « malhonnêteté dans l’étiquetage » nuit à l’image de la saucisse et à toutes les entreprises qui en confectionnent, déplore le propriétaire du saucissier William J. Walter.

« Mon père a passé 30 ans à travailler pour redonner ses lettres de noblesse à la saucisse et on revient un peu à la case départ avec des histoires comme celle-là. C’est vraiment dommage », laisse tomber Alexandre Cusson.

M. Cusson a fortement réagi aux résultats d’une étude menée par l’Université de Guelph qui rapporte qu’une saucisse sur cinq dans les épiceries canadiennes contiendrait une viande qui n’est pas inscrite sur l’étiquette. (voir autre texte)

« La malhonnêteté dans l’étiquetage donne un mauvais nom à la saucisse, ce qui affecte d’autant plus les petits producteurs qui essaient de se démarquer par la qualité », insiste M. Cusson, qui en a même discuté avec ses employés pour bien répondre aux questions des consommateurs.

Transparence

L’entrepreneur ne comprend pas comment des entreprises peuvent ne pas se rendre compte qu’ils intègrent d’autres ingrédients à leurs produits.

« Lorsqu’on reçoit une épaule de porc, on le voit que ce n’est pas du bœuf. J’ai beaucoup de difficulté à concevoir que l’on puisse ajouter une autre viande sans en être conscient », insiste M. Cusson.

Ce dernier croit également que, puisque les consommateurs veulent savoir ce qu’ils mangent et d’où l’aliment provient, les compagnies alimentaires se doivent donc d’être plus transparentes que jamais.

L’entreprise Olymel a quant à elle indiqué au Journal qu’elle s’assure de la traçabilité de tous ses produits, qu’elle en fait un point d’honneur et qu’elle prendra connaissance de l’ensemble de l’étude.

Lafleur et Maple Leaf n’ont pas rappelé Le Journal.