/lifestyle/books
Navigation

Qui sommes-nous?

<b><i>Les Québécois – Lignes de vie d’un peuple</i></b><br />
Laurence Pivot et Nathalie <br />
Schneider aux Éditions Ateliers Henry Dougier
Photo courtoisie Les Québécois – Lignes de vie d’un peuple
Laurence Pivot et Nathalie
Schneider aux Éditions Ateliers Henry Dougier

Coup d'oeil sur cet article

Il y avait eu la vidéo de Solange-te-parle, Québécois pour les nuls. Drôle et instructif sur notre façon de nous exprimer. Mais encore ? Nous, Québécois, aimons savoir qui nous sommes, puisque nous nous demandons souvent d’où nous venons. Surtout qu’une commission gouvernementale s’apprête à nous ausculter pour savoir si nous sommes atteints de racisme !

Voici un livre « politically incorrect », car les auteurs ont invité des Québécois à témoigner de leurs ancêtres et de leurs origines. De biens vilains mots en ce moment, selon les censeurs multiculturels. Voici comment se définit Gérard dont la main apparaît en couverture : « Ce que je sais, au plus profond de moi, c’est que le Québec est ma terre, mes racines. Le Québec, pas le Canada. Je suis francophone, d’origine catholique et non anglophone et protestant. Molière me parle, pas Shakespeare... » Dites-moi, M. Couillard, ne serait-il pas un peu raciste, ce Québécois pure laine, mais qui a sûrement, comme il dit, un peu de sang amérindien dans les veines ? Et qui nous ressemble tant... Dire que le poète Gaston Miron parlait d’un pays « chauve d’ancêtres », tellement il était louche de s’en réclamer.

D’emblée, on met en garde contre les nombreux clichés, style petits cousins français habitant de vastes contrées, fréquentées par des bataillons de bûcherons, avec un hiver qui n’en finit plus et des Indiens tout autour, etc.

Puis on trace peu à peu notre portrait. D’abord notre indéniable métissage, dont il faut être fier, contrairement à d’autres sociétés, dont l’anglo-saxonne, où la pureté de la race est célébrée. « Nous sommes donc les descendants d’un peuple tissé avec les communautés autochtones », écrit l’historien Georges Sioui. Et la première manifestation de ce métissage est certainement l’importance du collectif et du bien commun dans nos choix de société, où nous avons créé « une culture de la concertation et du dialogue social ».

Champions des divorces, nous nous sommes donné des outils comme la médiation familiale gratuite, pour minimiser les « chicanes dans la cabane ». Nous n’aimons pas la discorde. Et de citer PKP qui a démissionné de ses fonctions de député et de chef du Parti québécois pour pouvoir « voir grandir ses enfants ». Quelque chose d’unique dans nos annales politiques.

En matière de culture, nous réussissons très bien à nous imposer sur la scène internationale. Les exemples abondent. Nous aurions dépassé la question identitaire parce que nous aurions atteint « une maturité identitaire en tant que nation », de dire l’auteure Perrine Leblanc, tandis qu’un Fred Pellerin, lui, insiste pour rappeler d’où nous venons pour mieux voir où nous allons.

On parle de la rivalité légendaire entre Montréal et Québec. Mais il est éprouvant de lire que « le coin des rues Clark et Saint-Viateur, dans le Mile-End, c’est ce qu’il y a de mieux à Montréal [...] le multiculturalisme foisonnant... » dixit Alexandre Taillefer, qui affirme le plus sérieusement du monde qu’à Montréal, « le speak white, c’est terminé ». L’écrivain Akos Verboczy n’est pas d’accord. Il voit dans l’encouragement au bilinguisme pour les francophones « une façon déguisée de permettre l’unilinguisme des anglophones ».

On évoque l’état lamentable de l’urbanisme à Montréal, avec les portes d’entrée que sont l’autoroute 20 ou le débarcadère dans le port de Montréal, « une honte » selon le journaliste François Cardinal, mais on se rattrape avec le Montréal des quartiers, le technopôle Angus, le Quartier des spectacles, et les auteurs de souligner que « la culture de rue est bel et bien dans l’ADN de Montréal ». Ils soulignent avec raison l’effervescence que nous connaissons dans les domaines de l’audiovisuel, le multimédia, les jeux vidéo, le design, mais associent cette croissance à l’abandon « de la question de l’indépendance au Québec ». Les auteurs n’ont-ils pas appris que c’est un gouvernement péquiste, donc « séparatisse », qui a octroyé sa première subvention à Ubisoft, qui l’a acceptée avec plaisir ?

Bon, il y a du bon et du moins bon dans cet ouvrage un peu trop centré sur Montréal.