/entertainment/music
Navigation

Ex-participante à La Voix, Tamara Weber-Fillion joue dans la rue pour gagner sa vie

Tamara Weber-Fillion lors d’une séance de busking qui s’est déroulée dans le cadre de l’événement « La Sainte-Catherine célèbre ! » qui a eu lieu le 16 juillet dernier.
Photo agence qmi, joël lemay Tamara Weber-Fillion lors d’une séance de busking qui s’est déroulée dans le cadre de l’événement « La Sainte-Catherine célèbre ! » qui a eu lieu le 16 juillet dernier.

Coup d'oeil sur cet article

Malgré une renommée sur deux continents et un talent évident, Tamara Weber-Fillion a dû faire de nombreux sacrifices pour arriver à vivre de sa passion. L’auteure-compositrice-interprète de 26 ans, révélée à La Voix en 2014, s’est entre autres résignée à se produire dans la rue et dans le métro « à temps plein », un exercice qu’elle juge aussi valorisant qu’éprouvant.

« Ça fait deux ans que je fais uniquement ça. Je joue dans la rue cinq jours par semaine, nous a dit la musicienne en entrevue. Il y en a qui vont s’enfermer dans des bureaux, eh bien, moi, je joue de la musique dehors ! »

L’artiste, qui aspire tout de même à se produire dans des salles le plus souvent possible, peut empocher de 100 $ à 200 $ en jouant deux heures dans la rue durant la période estivale.

« C’est comme ça que je paie les factures et que je réussis à voyager aussi », a-t-elle expliqué.

D’ailleurs, c’est en jouant pour les passants qu’elle a pu se payer le billet d’avion qui lui a permis d’auditionner pour la version française de The Voice à l’automne 2015. Son passage remarqué à l’émission, lors de l’hiver 2016, s’est révélé être une carte de visite exceptionnelle en Europe.

Au cours de la dernière année, Tamara Weber-Fillion a eu l’occasion de donner plusieurs concerts sur le Vieux-Continent. Chaque fois, elle a profité de ses voyages pour s’adonner à des séances de busking, comme elle les appelle, c’est-à-dire jouer dans la rue en échange de dons.

En Europe

« J’avais envie d’aller à Londres, alors j’y suis allée, même si je n’avais pas d’argent, a raconté celle qui a aussi joué en Espagne et en Belgique. C’est comme ça que j’ai eu le déclic. J’ai réalisé que c’était possible de vivre ainsi, sans filet de sécurité. C’est sûr, par contre, que j’ai la chance d’avoir un talent qui me permet de le faire. »

En raison de ses participations à La Voix et The Voice, la chanteuse se fait aborder par des passants « à tout coup » lorsqu’elle se produit dans la rue.

« Je me fais plus reconnaître pour The Voice, même ici (au Québec) », a-t-elle expliqué.

« On se souvient aussi de moi pour La Voix, mais The Voice a été plus marquant. Ce qu’on m’a fait faire, c’était plus moi et ça paraissait dans ce que je dégageais. »

Le métro l’hiver

Comme la plupart des musiciens ambulants, Tamara Weber-Fillion prend le chemin du métro à l’arrivée de la saison froide. Contrairement à la rue, elle n’a pas besoin de permis pour pouvoir s’y produire, mais elle doit se lever très tôt pour pouvoir réserver un « spot » sous l’une des lyres installées par la STM.

« Il n’y a pas tant de spots que ça. Je peux passer deux heures juste pour en trouver un », a dit la chanteuse.

Les séances, moins payantes, sont forcément plus longues. En général, elles peuvent durer cinq ou six heures et rapporter entre 50 $ et 100 $.

« Jouer dans le métro, je le fais seulement l’hiver, parce que ça peut être vraiment déprimant, a-t-elle souligné. On doit jouer plus longtemps, car les gens sont de moins bonne humeur. Souvent, ils n’ont pas envie d’être dans le métro eux non plus. »

La musicienne envisage de se rendre en Floride à l’arrivée de la prochaine saison froide, ce qui lui évitera de passer quelques mois sous terre cette année.

Libre

Malgré tout, la chanteuse n’échangerait sa vie pour rien au monde. Jamais elle n’a eu envie de se retrouver un emploi plus conventionnel pour gagner des sous.

« Parfois, c’est difficile durant des semaines, mais il suffit d’une journée où tu vois les gens se rassembler, où tu vois des enfants heureux, pour réaliser l’impact positif que tu peux avoir. »

En juin dernier, elle a même quitté son appartement et liquidé tous ses biens afin de pouvoir voyager comme bon lui semble.

« Je vais voir comment ça se passera en dormant chez des amis et en voyageant. Si j’ai un mois à passer au même endroit, je louerai quelque chose. On verra bien », a-t-elle déclaré, un sourire aux lèvres.

« Je n’ai jamais été aussi heureuse de ma vie, a-t-elle ajouté. Je me sens zen. Je n’ai aucun poids sur les épaules, en ce moment. »

Pour toutes les informations concernant Tama­ra Weber-Fillion : tamarawf.com. Elle se produira sur la scène du parc Émilie-Gamelin, à Montréal, le 8 septembre.

Un deuxième album

Tamara Weber-Fillion en performan­ce à La Voix.
Photo d’archives
Tamara Weber-Fillion en performan­ce à La Voix.

 

Trois ans après nous avoir présenté son premier album Time, Wind & Fire (un disque autoproduit), Tamara Weber-Fillion sera bientôt de retour avec du nouveau matériel. En effet, la jeune femme s’est associée avec un producteur français pour la création de son deuxième opus, dont le premier extrait verra le jour en novembre.

« Ça fait quelques mois, déjà, que nous travaillons ensemble, a-t-elle expliqué. Normalement, si tout se passe bien, il devrait y avoir un nouvel album au printemps 2018. »

L’artiste, qui s’est associée à l’équipe de Wake Up Music, compte présenter son album à différentes maisons de disques une fois le processus de création terminé.

« On travaille vraiment fort. Ça me motive. Je suis vraiment sur une bonne lancée, a dit celle qui donnera une fois de plus dans le folk-pop anglophone. Ce sera un disque un peu plus actuel dans le son. On sentira l’évolution, mais ça demeurera très roots. »

Après avoir géré sa carrière elle-même durant plusieurs années, la chanteuse espère que ce deuxième album lui permettra de s’entourer d’une équipe.

« Quand je ne suis pas en train de jouer, j’envoie des courriels pour booker des shows », a-t-elle expliqué.

« C’est chiant, booker des trucs, gérer des trucs, demander des cachets. Je ne sais jamais combien demander, en plus. (...) Moi, j’ai juste envie de jouer. Je n’ai pas envie de négocier. »

Pas toujours facile

De nombreux défis attendent les musiciens qui désirent jouer dans la rue. Selon Tamara Weber-Fillion, il faut avoir les reins solides pour s’adonner à ce genre d’activité au centre-ville de Montréal.

« C’est difficile pour le moral, a expliqué la musicienne. Je ne crois pas que tout le monde puisse faire ce genre de chose là. Il faut être dans sa bulle, parce que, 90 % du temps, les gens passent et ne s’arrêtent pas. Tu as un peu l’impression de faire partie du décor. Tu es vraiment fière, justement, quand tu réussis à capter l’attention des gens. »

En plus de devoir respecter la réglementation de la ville (zones permises, horaires, etc.), l’artiste doit aussi composer avec ses confrères musiciens.

« C’est un peu la jungle, soutient la musicienne. La plupart du temps, ça se passe bien, mais il y en a qui s’inventent des règlements, simplement parce que ça fait longtemps qu’ils sont là. Personnellement, si quelqu’un joue et qu’il n’a pas son permis, ça ne me dérange pas, je vais simplement me trouver un autre spot, mais il y a des musiciens qui vont carrément appeler la police pour t’empêcher de jouer. C’est déplorable, selon moi. »

Et qu’en est-il des sans-abri ? « Si tu es en face d’un spot où il y a un itinérant, ça se peut que ça le dérange que tu t’installes pour demander de l’argent, a-t-elle expliqué. C’est ça, le monde de la rue. (...) Je me suis déjà solidement fait insulter par plusieurs itinérants. »

Permis

À Montréal, seul l’arrondissement Ville-Marie a une réglementation encadrant les musiciens qui exercent leurs activités sur le domaine public. Pour pouvoir s’y produire, les artistes doivent détenir un permis.

À moins de faire partie d’une association professionnelle telle que la Guilde des musiciennes et musiciens et l’Union des artistes, ils doivent également passer une audition devant un jury.

« Ce qui me dérange le plus, c’est que la Ville dit qu’elle veut encourager ses artistes, mais tout ce qu’elle fait, chaque année, c’est augmenter le prix des permis (...) »

En effet, le prix des permis a légèrement augmenté, au cours des dernières années, passant de 125 $ à 150 $, entre 2015 et 2017. Quant aux frais d’étude des dossiers, ils sont passés de 51 $ à 55 $ pendant la même période.

Amendes

Tamara se désole également du fait qu’un musicien ayant joué à l’extérieur des zones désignées par la ville, ou ayant pratiqué son art sans détenir de permis, puisse s’exposer à une amende de 100 $ à 300 $ pour une première infraction.

« Il y a des villes plus friendly envers les musiciens », a-t-elle souligné.

« Si je devais jouer uniquement ici, ça me rendrait agressive, a-t-elle ajouté. Je ne dois pas juste me battre pour faire des sous, mais je dois aussi me battre contre tous les gens qui ne veulent pas que j’en fasse. Mais ça, ce n’est pas la population. Ça paraît, chez les gens, qu’ils sont contents d’entendre de la musique en sortant du métro. »