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Dunkerque et la bête noire des créateurs

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Le film de Christopher Nolan fait un malheur. Déjà plus de 300 millions $ au box-office. Au Québec comme ailleurs, Dunkerque, c’est la saveur de l’été. Le film fait même l’unanimité des critiques. À une autre époque, rien n’aurait assombri ce concert d’éloges, mais les temps ont changé.

Aujourd’hui, créer un spectacle, un film, une série, ou une comédie musicale, c’est la croix et la bannière. Il faut surtout s’abstenir de tout chauvinisme. On doit même ignorer ses propres origines pour créer une œuvre qui ne froissera personne. Les créateurs ne peuvent plus concevoir sans se plier aux diktats de la plus stricte rectitude.

C’est ainsi que Dunkerque reçoit des volées de bois vert. Les Français sont furieux parce qu’ils sont quasiment invisibles dans le film. Pourtant, des 360 000 soldats rapatriés en Angleterre à partir des plages de Dunkerque, il y avait 120 000 Français. Ce sont eux qui ont contenu les attaques allemandes jusqu’à la dernière minute durant l’évacuation.

MÉCONTENTEMENT GÉNÉRAL

En Inde, ancienne colonie anglaise, on est en maudit. Même s’il n’y avait à Dunkerque que 1800 soldats indiens, les critiques de Delhi et Bombay n’en reviennent pas que le film ne montre aucun des braves qui ont traversé les mers pour défendre la Couronne. Des centaines de Canadiens ont fait de même et Nolan les ignore aussi. Si nous ne rouspétons pas, c’est que nous avons la mémoire courte et que notre connaissance de l’histoire est sommaire.

Au Maroc, en Algérie et en Tunisie, des colonies dont les ressortissants se battaient au sein de l’armée française, on pourfend aussi Nolan qui a oublié d’en montrer.

En juin, à Londres, malgré les conseils du concierge de mon hôtel, je suis allé voir Aladdin, la comédie musicale de Disney. Même si le spectacle tiré du film est ordinaire, il a beaucoup fait parler. À Broadway, on avait eu la mauvaise idée de choisir Adam Jacobs et Courtney Reed, des Blancs « pure laine », pour jouer Aladdin et Jasmine. On n’a pas fait mieux à Londres, donnant le rôle d’Aladdin à Dean John-Wilson, un Britannique, qu’on a remplacé le 5 juin dernier par un autre Britannique, Matthew Croke. Incidemment, le concierge de mon hôtel était d’origine arabe...

LE MÉCHANT HOLLYWOOD

Ces choix de Disney avaient fait sortir de ses gonds l’auteur américain d’origine arabe Jack Shaheen, mort le 9 juillet dernier. Dans son livre Reel Bad Arabs, Shaheen accuse Hollywood d’avoir propagé avec plus de 1000 films l’idée que les Arabes sont des terroristes, des sadiques et des pervers sexuels.

Dans le remake d’Aladdin, un film d’animation et d’action­­­ réelle en préparation à Hollywood, Disney s’est prémuni, cette fois, contre toute critique éventuelle. On a choisi trois acteurs principaux qui ne sont pas blancs : Naomi Scott (Jasmine), dont la mère est indienne, l’Égyptien Mena Massoud (Aladdin) et l’Afro-américain Will Smith (le génie).

Dorénavant, producteurs, auteurs et réalisateurs devront­­­ tenir compte qu’on ne donne pas un rôle d’un Autochtone à un Blanc ou celui d’un Asiatique à un Québécois, que les femmes doivent jouer d’aussi beaux personnages que les hommes, que les grands courants de l’histoire doivent être respectés, etc., etc.

Le succès des spectacles de demain est à ce prix, qu’on aime ça ou non.

TÉLÉPENSÉE DU JOUR

Va falloir que les Chinois en mangent de la poutine pour équilibrer notre balance commerciale avec leur pays.