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Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée

Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée
Canada C3

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«Pour cette nuit et demain, c’est vrai qu’ils annoncent un peu de vent, ça va bouger un peu. Pas beaucoup. Juste un peu.»

Sur ces paroles rassurantes lancées par le capitaine du bateau sur lequel je navigue dans les eaux froides de l’Arctique, je suis allée me coucher.

Mais quand l’alarme du réveil a sonné au petit matin, j’ai compris que je m’étais fait avoir. Un rapide coup d’œil à mon écran de téléphone a provoqué une nausée comme je n’en avais pas ressenti depuis mon passage dans l’Ovni à la Ronde, en 1997.

Ouais, ce que je craignais avant même de m’embarquer dans cette belle aventure était donc arrivé. On venait de pogner les vagues.

Pour vous situer un peu, je me suis jointe pour une dizaine de jours à l’expédition Canada C3, qui fait le tour du pays en brise-glace, en plus de nous présenter quelques merveilles locales d’un océan à l’autre à l’occasion du 150e

Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée
Caroline G. Murphy

Nous étions donc quelque part entre Iqaluit et Qikiqtarjuaq, au Nunavut, et j’étais en quête d’histoires à rapporter au bureau.

Après cinq jours, tout était beau. 25 passagers partis au large pour 10 jours à peine et personne ne s’entretuait. Au contraire même. Des ours polaires, de la glace, des levers de soleil incroyables; on voyait des belles affaires. Mais mercredi, comme la glace sur notre chemin était trop épaisse pour qu’on puisse passer à travers, le navire a dû s’éloigner pas mal de la côte du Nunavut jusqu’à se rapprocher du Groenland.

Et en mer, il y a un peu de vent. «Juste un peu.»

Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée
Capture d'écran

Pas ben le choix, on a donc pris le large. Ce n’est pas comme si je pouvais partir sur le pouce. Et le bateau s’est mis à se balancer comme une twerkeuse sur le speed.

Résultat: J’ai eu mal au cœur. Pas mal.

Quiconque a déjà expérimenté le mal de mer sera d’accord avec moi, il n’y a rien de pire. C’est-à-dire que oui, il y a énormément de choses pires que ça dans le monde; techniquement, on le sait. Mais pas quand on a le mal de mer. Quand tout monte et redescend autour de toi et que tu cherches ou poser ton regard pour te calmer, mais que tout fuit devant tes yeux, plus rien n’existe que ta nausée. 

J’entendais les portes du garde-robe claquer et mon stupide stylo rouler d’un bord à l’autre de la chambre. Mais il n’y avait aucune chance que je me remette en position verticale pour le ramasser. Je tentais de respecter les règles de base pour quiconque affronte le mal de mer: s’allonger dans l’endroit le plus stable du bateau et si possible, fixer l’horizon.

Car en gros, le mal de mer, c’est comme n’importe quel mal des transports. Il est provoqué par le décalage entre les informations de mouvement fournies par le système vestibulaire (l’équilibre assuré par l’oreille interne) et les informations visuelles (c’est-à-dire tout ce qui bouge autour de nous).

Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée
Garry Tutte | Canada C3

On peut s’aider un peu, mais on estime que 30% des gens en souffriront inévitablement. «Même les marins peuvent en souffrir lors de grosses journées en mer, même s’ils ne l’avoueront jamais», me confiera plus tard le capitaine.

Bref, moi et mes deux pieds pas du tout marins ne sommes pas sortis de notre petit lit à deux étages de la journée. À part pour nous rendre à la toilette. Et au lavabo. Et maudit que je me demandais ce que je faisais là.

Je n’avais aucune idée de ce qui se passait dehors. Comme je suis du genre à avoir mal au cœur en marchant rapidement dans une flaque d’eau, je m’imaginais être la seule drama queen enfermée à avaler des Gravols et des biscuits des biscuits des biscuits soda en pleurant.

Mal de mer: j’ai été payée pour vomir toute une journée
Caroline G. Murphy

Puis, vers 18h, j’ai constaté en émergeant de mon état léthargique que mon dernier voyage au lavabo commençait à dater. Timidement, je suis sortie de ma chambre et j’ai vite compris que non, je n’étais pas la seule qui avait passé une très mauvaise journée.

Voyez-vous la différence entre les deux clichés?

Les corridors du Polar prince, le brise-glace utilisé pour l'expédition Canada C3.
Caroline G. Murphy
Les corridors du Polar prince, le brise-glace utilisé pour l'expédition Canada C3.

Ouais, les petits sacs de vomi n’étaient plus là.

J’ai rejoint la gang qui respirait le grand air sur le pont. Apparemment, Jason s’est fendu le front en tentant de se brosser les dents. Marie a choisi d’essayer de déjeuner, ce n’était pas une bonne idée. Phil a écrit un haïku sur un sac à vomi. Benoit s’est étendu sur les planchers des toilettes quelques heures. Anne a dormi tout l’après-midi. Mark a laissé un peu de lui-même dans l’océan Arctique. Beaucoup ont simplement somnolé, assomés par les médicaments anti-nausée.

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Caroline G. Murphy

On a ri toute la soirée à se raconter notre journée.

Les explications du Capitaine

Quand je suis allée trouver le capitaine Stéphan Guy en poste au tableau des commandes le lendemain, il m’a souri gentiment: «Ç’a été une journée difficile pour certaines personnes à bord», a commencé le Québécois originaire de Drummondville.

Le capitaine Stéphan Guy
Caroline G. Murphy
Le capitaine Stéphan Guy

Pour ceux qui se demandent, on était encore bien loin de la tempête. Pour le capitaine, 35 ans d'expérience en mer derrière la cravate, des vents de plus de 25 nœuds, c’est le quotidien. Dans le cas de notre mercredi, on parle de vagues de quatre ou cinq mètres qui frappaient le navire de côté. 

Absolument rien d’effrayant. Sauf que pour une embarcation de 70 mètres, disons que ça brasse et M. Guy ne veut en rien banaliser nos petits malaises. «Les vents arrivaient du large. Ça bouge toujours un peu plus, car la mer a eu le temps de se construire», admet-il, bon joueur. Voici le mouvement du bateau lors de vagues de deux mètres. 

Pour vous donner une idée de notre journée, il faut donc doubler le balancement du navire. Au moins.

«Mais je n’aime pas ça parler de mal de mer. Les gens se font toujours des idées dramatiques exagérées de la réalité», ajoute celui qui a travaillé 19 ans pour la Garde côtière canadienne, principalement dans l'Arctique.

Dans notre cas, pas de drame. Juste ben des rires. Et du vomi.

Une belle journée au bureau.