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La science et les hommes enceints

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La science a beaucoup de choses à nous apprendre. Elle nous en dit beaucoup sur les personnes humaines.

Une des choses qu’elle nous apprend, c’est que la majorité des personnes humaines tombent sous une de deux grandes catégories. Une catégorie se distingue par les caractéristiques suivantes : pénis, testicules, distribution de gras particulière, chromosomes XY, profil hormonal dominé par la testostérone, etc. L’autre, par celles-ci : vulve et vagin, utérus, ovaires, distribution de gras différente, chromosomes XX, profil hormonal dominé par l’estrogène.

La science nous dit aussi que bien des personnes sortent de ces deux archétypes. Les personnes intersexes sont aussi communes que les personnes rousses, et se distinguent en ce qu’elles ne correspondent pas à une des deux listes de caractéristiques. Il est possible, par exemple, de naître avec une vulve et vagin tout en ayant des chromosomes XY, ou encore avec un pénis et des testicules tout en ayant des chromosomes XX. Si vous pouvez penser à une combinaison de caractéristiques, elle existe probablement. Ce fait est aussi vrai pour les personnes trans : celles-ci, à l’aide de technologies médicales et pharmaceutiques, sortent souvent du cadre de ces deux catégories.

Si un corps a été changé avec l’aide de la médecine, il ne demeure pas moins que la science doit en prendre compte, et elle le fait : dès lors tout le corpus médical portant sur les personnes trans.

Ce que la science ne nous dit pas, toutefois, c’est comment on doit appeler ces catégories. Ce sont les personnes humaines qui nomment celles-ci : la science pure et dure n’en a rien à faire. Elle se contente de dire que ces catégories existent. Là est la grande erreur de Richard Martineau selon moi, quand il nous dit qu’« [u]n homme ne peut pas être enceint ».

Qu’est-ce, alors, ce qu’on appelle « homme » et « femme »? Si on s’attarde à cette question, on remarque très vite que ces termes sont appliqués à toutes sauces. Parfois on parle d’une catégorisation anatomique, parfois on parle de chromosomes, parfois un parle de masculinité et de féminité, parfois on parle d’identité, et cetera... C’est à ne plus s’y retrouver!

Ce qui est certain, c’est que l’usage démontre que les hommes trans se voient appelés « hommes ». D’un point de vue descriptif, la question « est-ce que les hommes trans sont réellement des hommes » ne fait aucun sens. La seule question qui est pertinente est « est-ce que les gens disent que les hommes trans sont des hommes? » La réponse est claire : oui. Pas assez, mais oui.

L’usage ne ferme toutefois pas la question. À la question « comment utilisons-nous ce mot ? » on doit ajouter « comment devrions-nous utiliser ce mot ? » Sûrement que Richard Martineau nous dirait que nous devrions utiliser ce mot d’une manière qui concorde avec notre catégorisation, à la naissance, dans une des deux grandes catégories anatomiques humaines. Je ne vous surprendrai sûrement pas, non plus, en exprimant mon désaccord. La raison est simple : cette catégorisation anatomique, dans la vie de tous les jours, n’a que peu d’importance.

Dans la vie de tous les jours, on ne fait pas de tests de chromosomes pour savoir comment référer à une personne. On ne va pas non plus examiner leurs parties génitales. Imagineriez-vous un monde où ce serait le cas?!

Dans la vie de tous les jours, on utilise un langage qui reflète la position sociale de la personne, souvent dans le but de démontrer du respect. Quand on appelle un homme « madame » ou une femme « monsieur », c’est habituellement pour insulter.

Force est de constater que d’appeler un homme trans « femme » ne démontre aucun respect, et ne reflète pas sa position sociale. Regardez la photo précédant l’article de Martineau et demandez-vous : est-ce que la vie de tous les jours de cette personne ressemble plus à celle d’un homme ou d’une femme? Vous conclurez comme moi qu’il se positionne comme homme et que, se positionnant en homme, le monde lui répondra tel qu’il est : un homme.

La biologie n’a rien à y voir. Génétiquement, il n’est pas « femme », il est « XX ». C’est dans le social que se retrouve nos mots, et c’est dans le social que nous devons décider comment on appelle les autres. Si comme moi vous êtes préoccupés par le bien-être des autres, alors vous vous empresserez de dire d’un homme trans qu’il est un homme, d’une femme trans qu’elle est une femme, et d’une personne non-binaire qu’ille est non-binaire. C’est aussi simple que ça.