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La communauté LGBT aimerait des excuses publiques

GayPride spectators carrying Rainbow gay flags during Montreal Pride March in 2015
Photo Fotolia

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La communauté LGBT aimerait que la Ville de Montréal et le SPVM présentent leurs excuses pour les arrestations massives faites dans les bars gais pendant les années 70 à 90.

Dès la fin des années 70, de multiples rafles policières ont été menées régulièrement dans les bars fréquentés par la communauté gaie de Montréal pendant lesquelles tous les clients trouvés sur place étaient brutalement arrêtés sur-le-champ.

Comme en octobre 1977, alors que des policiers de Montréal ont débarqué au bar TruXX, un bar gai situé à l'époque sur la rue Stanley.

Ce jour-là, Paul Keenan, qui était allé prendre un verre dans ce bar, a fait partie des 150 personnes qui ont été arrêtées.

«C’était un bar comme les autres. Tout d’un coup, les éclairages se sont allumés. Il y avait les policiers en habit de camouflage avec leur matraque et leur mitraillette. Ils nous ont tous mis dans le panier à salade, puis envoyés dans la même cellule. On a été accusés de s'être trouvés dans une maison de débauche», se rappelle M. Keenan.

Demande d’excuses

Alors que commencent les festivités entourant la fierté gaie, Projet Montréal a formellement demandé jeudi que des excuses soient présentées à la communauté LGBT par la Ville de Montréal et le service de police pour ces rafles qui ont perduré jusque dans les années 90,

Questionnés par le 24 Heures à ce sujet, le Conseil québécois LGBT et la Fondation Émergence appuient cette demande et estiment que le geste est nécessaire pour s’assurer que ces événements ne se reproduisent plus.

Jasmin Roy, qui lutte entre autres contre l'homophobie dans les écoles à travers sa fondation du même nom, va même plus loin et estime que ces excuses devraient venir du premier ministre canadien, Justin Trudeau.

«Si le premier ministre présente ses excuses, on n’a pas besoin que chaque chef de police le fasse aussi. C’est symbolique, mais si le premier ministre du Canada le fait, ça met de la pression sur le reste du monde, ça lance un message important et c’est porteur de changement», fait valoir Jasmin Roy.

Justin Trudeau avait mentionné en mai dernier qu’il était résolu à présenter d’ici la fin de l’année des excuses officielles du Canada à tous les citoyens qui ont été victimes d'injustice à cause de leur identité sexuelle ou de genre.

Allégations d’actes sexuels

Paul Keenan se rappelle que lors du procès des 150 arrêtés du bar TruXX, les policiers avaient prétendu avoir vu des actes sexuels sur la piste de danse. «Mais il n’y avait même pas de piste de danse. C’était comme si on accusait n’importe quel bar de la rue Saint-Denis d’être une maison de débauche. Ça se faisait régulièrement à Montréal», se rappelle-t-il.

Si lui vivait ouvertement son homosexualité, ce n’était pas le cas de tous, dit-il.

«C’était affreux, il y a eu des tragédies personnelles, des familles qui ont appris par ces événements qu’un de leurs proches était homosexuel», précise M. Keenan.

M. Keenan estime que plutôt que de se concentrer sur des excuses publiques, les politiciens et les organismes devraient «peut-être se concentrer sur les problèmes actuels», comme ceux vécus par les jeunes trans ou les immigrants de la communauté gaie.

Justin Trudeau avait présenté les excuses du gouvernement en 2015 aux autochtones victimes des pensionnats indiens, puis plus récemment à Omar Khadr, qui a passé plus de 10 ans à la prison de Guantanamo. Le premier ministre québécois, Philippe Couillard, a quant à lui présenté ses excuses aux familles des victimes de l’effondrement du viaduc de la Concorde en 2006, ainsi qu’aux victimes du cafouillage de l’autoroute 13 l’hiver dernier.

Le Cabinet du maire de Montréal n’a pas retourné nos demandes.