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Le retour des culs-bénits

Georges Brassens
Photo d'archives

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Je m’adresse aux lecteurs qui ont les cheveux gris comme moi: vous souvenez-vous de Madame Bec-Sec dans La Boîte à surprise?

Cette vieille dame aigrie, qui avait un balai enfoncé dans le derrière, poussait des cris d’indignation dès qu’elle voyait quelque chose qui la dérangeait.

Georges Brassens dirait: un cul-bénit.

Une pimbêche.

Une chipie, une mégère – bref, une vieille criss.

 

 

LES NOUVEAUX INQUISITEURS

 

 

Eh bien, la vieille fatigante qui grimpait aux rideaux dès que le pirate Maboule jouait un mauvais tour a gagné.

Il y a des milliers de mesdames et de messieurs Bec-Sec, maintenant. Assis devant leur ordinateur, ils passent leurs journées à patrouiller dans les médias sociaux, à la recherche d’un blasphémateur qu’ils pourront dénoncer et envoyer au bûcher.

Ce sont les héritiers des inquisiteurs du Moyen-Âge. Seule différence: au lieu de torturer physiquement leurs victimes, comme au bon vieux temps des garrots, du pilori et des chaises à clous, ils les torturent psychologiquement, en multipliant les injures, les mensonges et les procès d’intention jusqu’à ce que les hérétiques qui ont commis l’horrible crime de penser en dehors du dogme craquent sous la pression et demandent pardon...

Tu as dit que tu étais contre l’immigration illégale? Ils vont dire que tu es contre l’immigration.

Tu as écrit que tu ne vois pas de mal à ce qu’un homme regarde les jambes des passantes dans la rue ou complimente une femme sur son apparence? Ils vont dire que tu banalises le viol.

Tu as déjà affirmé que selon toi, il n’existe pas de racisme systémique au Québec? Ils vont dire que tu es raciste.

Tu t’es déjà prononcé contre la théorie du genre? Ils vont dire que tu détestes les transgenres.

N’importe quoi pour saloper ta réputation et te présenter comme un individu infréquentable qui devrait être mis au ban de la «bonne» société.

 

 

UN BANC DE POISSONS

 

 

Je parlais de Georges Brassens, plus haut.

Aujourd’hui, ce chanteur lubrique et diablement sympathique qui aimait les femmes et détestait les soldats de la pensée, quelle que soit la couleur de leur soutane, serait considéré par nos culs-bénits comme la pire des merdes – pornocrate, pervers, mononcle.

Idem pour Gainsbourg (macho), Brel (misogyne), Sardou (homophobe, pro-américain et de droite), Trenet (militariste et nationaliste), Montand (ex-gauchiste qui a retourné sa veste), Nino Ferrer et Jacques Dutronc (trop cyniques et pas assez engagés), etc.

Avant, être artiste voulait dire «nager à contre-courant, être anticonformiste».

Aujourd’hui, il n’y a pas plus conformiste qu’un artiste.

Ils disent tous la même chose, penchent tous du même bord, appuient tous les mêmes causes et s’agenouillent tous devant le même pape.

Par conviction? Même pas.

Juste par peur d’être boudés par leurs pairs.

Ils sont contre l’orthodoxie. Tout contre.

 

 

BRASSER LA CAGE

 

 

Moi, les artistes que j’aime sont ceux qui refusent de se fondre dans la meute et se foutent de ce que les bien-pensants peuvent penser.

Camus et Orwell qui conspuaient les stalinistes, David Lynch qui expose les recoins sombres de l’âme humaine, Michel Houellebecq qui déplore la lâcheté de la gauche pro-islamiste...

Et Coluche qui dénonçait la bêtise de droite et de gauche.

L’art a autant sa place dans une chapelle qu’un prêtre dans un bordel...