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Le tourisme idiot

Mother with daughter taking selfie selfie musée
Photo Fotolia

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Si vous avez récemment visité un de ces musées européens qui abritent des œuvres d’art mondialement connues, vous avez vu ce phénomène.

Un groupe de touristes, très souvent asiatiques, se presse devant un tableau célèbre et se prend en photo avec un selfie-stick.

Le temps passé à contempler la toile est minimal.

Le temps passé à se renseigner sur son histoire et sa signification est inexistant.

Disneyland

Ces gens veulent pouvoir montrer « qu’ils étaient là », qu’ils ont vu la Vénus de Botticelli à Florence.

C’est comme s’ils cochaient la case « been there, done that ».

C’est un tourisme idiot, un véritable « hit and run » pseudo-culturel.

Ils ne viennent pas pour découvrir et apprécier l’œuvre, mais pour faire de celle-ci un élément d’un décor dont ils veulent être les vedettes.

Ils viennent aussi sans doute parce qu’ils ne s’imaginent pas en train d’expliquer, une fois rentrés chez eux, qu’ils étaient à Florence ...et n’ont pas vu la Vénus de Botticelli.

Il y a comme un étrange sentiment d’obligation, d’où le fait qu’ils parcourent les lieux à toute vitesse ou comme s’ils étaient dans un parc d’attractions.

Leur attitude est aussi déplacée que celle de quelqu’un qui crierait dans une église, mais ils ne le réalisent pas.

Je serais curieux d’entendre leur réponse si on leur demandait : vous avez vu quoi, compris quoi, ressenti quoi ?

Si vous leur disiez que l’appréciation de certaines œuvres d’art nécessite du temps, du silence, du recueillement, ils vous regarderaient avec incompréhension et diraient que vous êtes « méprisant » et « élitiste ».

Ne me comprenez pas de travers : si quelqu’un préfère se dorer sur une plage dans un tout-inclus et n’a aucun intérêt pour l’art, pas de problème.

Mon problème est avec cette tendance, issue du tourisme de masse à rabais, à transformer la visite des grands musées en visite à La Ronde, nuisant à tous ceux qui veulent apprécier les œuvres avec le respect qu’elles méritent.

L’an dernier, à Florence, une ville de moins de 400 000 habitants, 2,5 millions de personnes ont visité la Galerie des Offices, où se trouve justement La Naissance de Vénus de Botticelli.

Il faut avoir vécu le phénomène pour le comprendre. Au Québec, nous n’avons aucun musée et aucune œuvre déplaçant des foules aussi immenses.

Triste

Le mouvement du slow-food est né en réaction au fast-food : on choisit des ingrédients de première qualité et on prend tout le temps requis pour les préparer et les apprécier.

Pour contrer ce « fast-art » décervelé, certains musées commencent à réagir : heures de visites précises, prix plus élevés en haute saison, rabais pour ceux qui retournent plusieurs fois, etc.

Évidemment, cela favorisera les locaux et ceux qui ont les moyens de revenir. Et pourquoi pas ?

Notre époque égocentrique perd le sens du recueillement et de l’admiration devant ce qui est plus grand que nous.

C’est infiniment regrettable.