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Des Haïtiens des États-Unis préviennent ceux qui fuient

Le Canada pourrait s’avérer être bien moins accueillant qu’ils ne le croient

camp de réfugiés monté par l’armée et géré par la croix rouge
Photo Ben Pelosse Selon les autorités, de 1000 à 1200 personnes attendent d’être admises au Canada au poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, dont plusieurs femmes et enfants.

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Des leaders de la communauté haïtienne en Floride supplient leurs compatriotes de ne pas fuir les États-Unis pour entrer illégalement au Canada, d’où ils risquent d’être expulsés.

« Nous encourageons les Haïtiens installés ici à rester et à s’organiser pour trouver une solution à la politique de Donald Trump », lance Marleine Bastien, directrice de l’organisme Fanm Ayisyen Nan Miyami, inc.

Installée dans le quartier de La Petite Haïti à Miami, la militante dit comprendre la peur de ses concitoyens. « La menace est réelle et pourtant M. Trump avait dit durant la campagne qu’il était l’allié des Haïtiens », indique Mme Bastien.

Même son de cloche chez le propriétaire de radios Alex Saint-Surin qui anime la populaire émission Carrefour depuis plus de 20 ans en direct de Miami.

« Les gens appellent pour dire que c’est facile de traverser la frontière, mais moi je leur réponds qu’une fois là-bas ce n’est pas si évident », explique l’animateur chez Radio Méga.

Sans papiers

Entre 1000 et 1200 migrants étaient en attente d’être admis au Canada sur le site du poste frontalier de Saint-Bernard-de-Lacolle, a fait savoir l’Agence des services frontaliers du Canada vendredi.

Elles sont logées dans des tentes installées par l’armée canadienne et qui peuvent accueillir jusqu’à 700 personnes.
Photo Agence QMI, Joel Lemay
Elles sont logées dans des tentes installées par l’armée canadienne et qui peuvent accueillir jusqu’à 700 personnes.

Mme Bastien et M. Saint-Surin estiment que la raison principale du départ des Haïtiens est la recherche d’un endroit sûr où ils pourront élever leurs enfants sans crainte de l’expulsion.

« On ne vit pas bien quand on n’a pas de papiers en règle », soutient Mme Bastien.

Malgré tout, elle croit qu’il faut se battre parce qu’il y a une chance que le gouvernement américain accorde un délai aux Haïtiens, voire même qu’il leur donne des visas permanents.

« Beaucoup de ces gens-là sont des travailleurs qualifiés, des infirmières, des entrepreneurs, des enseignants. Ils sont parfaitement adaptés à la société américaine », ajoute Mme Bastien.

Pour Alex Saint-Surin qui a récemment invité deux avocats spécialisés en immigration pour discuter de ce sujet, partir au Canada ne vaut pas le coup.

« Il y a des bonnes chances qu’ils soient déportés en Haïti où tout serait à recommencer pour eux », explique-t-il.

L’Agence des services frontaliers a fait savoir vendredi qu’il n’y a aucun cas de contagion pour l’instant sur le site, même si la Croix-Rouge avait indiqué la veille que ses bénévoles soignaient plusieurs migrants pour des cas de gastro-entérites.
Photo Agence QMI, Joel Lemay
L’Agence des services frontaliers a fait savoir vendredi qu’il n’y a aucun cas de contagion pour l’instant sur le site, même si la Croix-Rouge avait indiqué la veille que ses bénévoles soignaient plusieurs migrants pour des cas de gastro-entérites.

Pas les seuls

Mme Bastien fait également remarquer que les Haïtiens ne sont pas les seuls à faire face à un risque de déportation.

Les Honduriens et les Salvadoriens sauront également début 2018 si leurs visas seront prolongés ou non.

Au total, 300 000 personnes sont donc concernées par de possibles expulsions. La militante haïtienne veut croire que la perte économique qu’entraînerait un tel départ dissuadera le gouvernement américain d’aller de l’avant.

Le général John Kelly, secrétaire à la Sécurité intérieure américaine, annoncera le 22 novembre si la suspension des visas temporaires des Haïtiens est confirmée.